‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 50 sur 217 · AU LION DE BELFORT · texte numérisé non relu

AU LION DE BELFORT

(vers écrits a la nouvelle de l'échec de lang-son)

A. M. Auguste Bartholdi.

QUAND le soleil d'avril, luisant sur le grès rose, Dessine en plein relief tes musculeux contours ; Quand le sol qu'en flânant la Savoureuse arrose, Au souffle du printemps rajeunit ses atours ; Loin de prendre plaisir à ces apprêts de fête, Ton front parait plus sombre et ton corps plus raidi, Et tout semble rigide, ô lion, sur le faîte Où dans Tàpre rocher t'a rivé Bartholdi.

Mais, si les bruits du jour montaient à ton oreille,

Tu frémirais soudain de rage et de douleur.

Et ta voix, dans la nuit, retentirait, pareille

Au sinistre sanglot d'un oiseau de malheur :

— (( Hélas ! gémirais-tu, se peut-il qu'on oublie ?

« Revanche est un vain mot, Quand même un faux dicton !

c( Chez ce peuple léger la haine est affaiblie,

« Et rien ne vibre plus au cri du vieux Caton !

00 LK PARNASSK BRKTON COMTKMPORAIN,

« Delend'i CartJifigo ! (yost Berlin qu'il faut prendre !

u A quoi bon disperser vos forces au Tonkin?

<( L'Allemand qui vous guette est fatigué d'attendre :

u II regarde Paris quand vous fixez Pékin.

(< Delejida Carthagol Contemplez cette engeance

« Accroupie aux genoux du chancelier de fer!

« Avez-vous, dans le sang, éteint votre vengeance ?

(( Ou, damnés de la honte, aimez-vous votre enfer? »

— Arrête : c'en est trop, ta fureur est injuste. Reste, dans le repos, comme un sphinx^ allongé. Quand un canonnier pointe ou qu'un tireur ajuste, La pièce est en état, le fusil est chargé... Non! nous n'oublions rien! C'est toujours pour la France Qu'on vainquit à Tunis, qu'on tombe en Orient, Qu'on luttera partout, avec cette espérance Que Strasbourg et que Metz attendent en priant.

Nous ne l'acceptons point, ton farouche anathème ; Le sang qui coule au loin n'est pas un sang perdu. Qu'importe le Jourdain si, du rouge baptême Le flot, qui rend la force, est sur nous répandu ? Laisse tes lionceaux sortir de leur tanière ; Ils reviendront, grisés par l'horreur du sabbat, Et te diront : — (( Lion, hérisse ta crinière ! Debout ! rui^is à l'aise, et marchons au combat !

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