SUR UNE VIEILLE PENDULE
A Araïaiid Silvestre.
DANS un réduit hospitalier J'ai revu la vieille pendule Qui, de son tic tac familier, Berça mon enfance crédule.
Elle est carrée, et toute en bois, Elle est un peu lourde et massive , Et vous la diriez, cluKjue fois Qu'elle sonne , ;\ moitié poussive.
OLIVIER BK GOUHCLFF. ^^
Son mouvement est rauque et fort , Il moud des sons comme une roue De moulin qui grince, ou l'effort D'un vieux coq qui chante et s'enroue.
Sonnant, marchant à pas comptés, L'utile et l'honnête servante Dédaigne les mondanités D'une musique trop savante.
A nos yeux seuls gardant son prix , Elle n'a, l'humble ménagère, Rien de l'article de Paris, Rien du bibelot d'étagère.
Et l'épais soudard allemand.
Le pillard aux longues oreilles , L'eût exilée obscurément; Il prisait pourtant ses pareilles
Construite avant quatre-vingt-neuf, Elle vit, ro])uste et valide , La liberté mourir dans l'œuf ; Tout croulait : elle était solide.
Elle ignora l'amour léger; La marquise, en poudre et dentelle, Ne lut pas l'heure du berger Sur son cadran. Cependant elle
Scanda d'un rythme cadencé Les contes de ma mère l'Oie, Les histoires du temps passé , Que, pleins de terreur ou de joie,
Yous écoutiez, les chers petits.
Elle sonna de bonnes heures A ceux de nous qui sont partis Vers des sphères supérieures.
Ce souvenir triste et discret, Elle en conserve quelque chose, Comme traîne au fond d'un coffret Le subtil parfum d'une rose.
Voilà pourquoi je l'aime bien.
Comme un gars sa douce jolie, Ce meuble d'honneur et de bien, La pendule, ma vieille amie.