LE LOGEUR DU BON DIEU
TRANQUILLE monuiTient, portail, tour de dentelle, Clocher à jour où chante un carillon joyeux, 0 marbre qu'ont usé les genoux des aïeux ; Quel effrayant esprit, cathédrale immortelle. Où la pensée humaine au ciel profond s'unit, Donna l'aile à la pierre et le souffle au granit ?
Ce fut un homme obscur. Dans nos bourgs de Bretagne, Il passait en chantant un cantique pieitx ; Quand on lui parlait d'art il regardait les cieux, Comme l'Hébreu pensif, descendant la montagne : Alors le feu sacré brillait dans son œil bleu ; Lui-même s'appelait le logeur du bon Dieu.
D'où venait-il? — Au bord des mers occidentales, Sa vagabonde enfance et ses jeunes désirs S'éveillèrent : il eut de sévères plaisirs. Il aimait la fureur des tempêtes natales, • Le vent qui répondit à ses premiers sanglots Lui laissa Tamertume et l'infini des flots.
Il aimait à rêver sur les landiers stériles,
Où, dans le sol de fer peuplé de souvenirs,
Veillaient de grands tombeaux et de sombres menhirs.
Quand le soleil couchant incendiait les îles,
L'immensité des eaux haletantes toujours,
Ses regards inspirés voyaient les anciens jours :
Les féroces chasseurs au seuil de la caverne. Fils aines de la terre et cachés dans ses flancs, Partageant leur butin avec leurs doigts sanglants. Race que le désir de l'infini gouverne ! Ils se sont élancés, dompteurs des océans, Dans de hardis vaisseaux sur les gouffres béants.
Pour temples ils ont pris les forêts frémissantes. Peuplant de dieux géants leur blême profondeur. Sans la chercher jamais, ils trouvaient la grandeur. Et lui, robuste enfant de ces races puissantes, Sur ce sol Apre et dur, devant les mers sans fin, C'est encore et toujours d'infini (pi'il a faim.
Un jour, il s'éloigna de la pauvre chaumière Où son père séchait ses filets de pêcheur : « Là-bas, à l'Orient, je vois une blancheur, Dit l'enfant, et je veux marcher vers la lumière. »