‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 85 sur 217 · LUDOVIC JAN · texte numérisé non relu

LUDOVIC JAN

Italie ! Italie ! — Et las de voyager,

Le jeune homme s'arrête au pied d'un orang-er.

Voici Rome et Florence et Venise ! Les maîtres Ont empourpré les cieux de leurs divins reflets : Ils ont sculpté des tours, des dûmes, des palais. Qu'ils sont loin les manoirs rustiques des ancêtres ! Voici l'art magnifique ! Et sous le clair soleil Le voyageur comprend qu'il sort d'un long sommeil.

Surprendra-t-il bientôt le secret du génie?

Oui, c'est ainsi qu'il faut , sous le marteau divin.

Exprimer l'idéal qui le torture en vain.

0 vous, qui possédez le don de l'harmonie,

Poètes qui pleurez en lisant de beaux vers,

Tous ces tourments féconds, vous les avez soufferts !

C'est pourquoi, revenu du saint pèlerinage, Quand, traversant les bourgs de son pays aimé. Il sculpta du granit le bloc inanimé, Esprit cherchant toujours l'infini sans rivage. Il crut qu'il n'était pas assez haut arrivé. Qu'il n'avait pas écrit le poème rêvé.

Les ducs sont endormis sous les pierres tombales ;

Aux Carmes, Montauban dort à l'ombre des croix,

Clisson à Josselin, à Ploërmel Jean Trois.

Mais, sous le porche obscur des hautes cathédrales,

Après avoir prié, longtemps prié ton Dieu,

Tu souhaitas revoir le pays du ciel bleu.

Avide du soleil qui brûlait ta paupière, Tu baisas humblement les marches de Faute), Et tu partis, laissant ton chef-d'œuvre immortel, 0 penseur inconnu des poèmes de pierre, Sans réserver un coin du monument vermeil, Pour y graver ton nom et dormir ton sommeil.

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