PAYSAGE BRETON
SOLS les bois frissonnants quand le vent des hivers Roule la feuille morte.
Les pins géants, drapés dans leurs ombrages verts, Disent : « Que nous importe?
<( Que nous importe à nous qui, durant le sommeil
« De la montagne sombre, « Garderons tout le jour sur nos fronts du soleil
« Et sous , nos pieds de Tombre ;
« A nous, rudes et hauts comme un barde rêvant
« Sur des tombes ouvertes, « Qui nous berçons au chant monotone du vent
« Dans nos aiguilles vertes ;
« A nous, sommets obscurs que le corbeau choisit
« Pour cacher sa demeure, « Que nous importe un peu de verdure qui vit
« Sa minute ou son heure ?
ALAIN KERNEWOT. 121
a Tout est fête pour nous, le printemps, gai matin.
« Ou l'hiver, nuit voilée, « Et l'on nous voit debout, comme un clocher lointain,
« Du fond de la vallée.
« A l'assaut du grand ciel nous sommes les premiers.
« Grondez, hurlez, tempêtes!
« Nous n'en prenons souci, pas plus que des ramiers
*( Tournoyant sur nos têtes.
« Allons, passez, passez, ruines de l'été, « Qu'un souffle met en poudre ! »
— Et vous, colosses nés pour la stérilité, Prenez garde à la foudre !