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LES PROPRIÉTÉS DU TABAC

Dame Alix, fringante et gentille, Très savante au jeu de l'amour, Pour lignée avait une lille, Riche, belle comme le jour, Ajoutons aussi : faite au tour.

^Le mari, bonasse, crédule, Et calme par tempérament, Comme un balancier de pendule, En toui allait tranquillement D'un uniforme mouvement.

Or, par une faveur insigne, Peu commune à certaines gens, Sur son front jamais aucun signe N'avait marqué de contretemps...

Dame Alix voulait pour sa fille Un mari jeune, vif, charmant, Qui sût porter dans la famille Cette gaieté qu'elle aimait tant Et dont elle usait rarement.

Ce fut le fils de son notaire Qu'elle distingua parmi "tous, Beau garçon, heureux caractère, De l'esprit et les mêmes goûts Que sa charmante belle-mère.

Le Toilà donc reçu, fêté, De sa future bien traité...

]Mais comme il n'est pas de médailles Qui soient faites sans un revers, Voilà que le jour des fiançailles Tout semble marcher de travers.

En le regardant on chuchote, Et la belle-mère rougit ;

Elle va, vient, s'arrête, trotte...

« Que diable a-t-elle dans l'esprit?

Se demande le futur gendre.

Voj'ons, il faut m'en informer...

En moi qu'avez-vous à reprendre, Dites, maman ?...

— Mais...

— Je puis tout en- — Eh bien!... [tendre...

— Quoi donc ?

— Pourquoi fumer?

Cette odeur m'est désagréable, Si j'osais... mais...

— Mon seul plaisir Sera de vous être agréable ; Votre bonheur, c'est mon désir...

(Ah ! puisse-t-elle aller au diable !

Dieu ! que je suis fort à mentir !) Vous êtes une mère aimée, Et je repousse, sans retour, Cigares, tabac et fumée, (Pour les reprendre au premier jour), Et je suis tout à mon amour. »

Le lendemain, le mariage Se célèbre en grand étalage, Et lorsque enfin sonne minuit Cliacun se retire sans bruit. Le jour suivant (c'est de l'histoire), Il paraît, on peut l'affirmer.

Que l'épouse, en toute sa gloire.

Pouvait briller sous la fleur d'oranger !

Cette existence singulière Menaçait de durer encor, Et dame Alix voulait être grand'mêre !... « A ma fille vous faites tort, Mon gendre ; il faut changer d'allure, Prouver que vous êtes mari...

— Ma belle-maman, je vous jure Que vous me voyez bien marri.

Bien chagrin de ce qui se passe ; Mais que voulez-vous que j'y fasse ?

Quel remède y puis-je apporter?

— Dame ! faut-il que je vous dise ?...

— Quoi donc, maman ?

— Quelque sottise

Non, je ne veux pas m'emporler, Mais vous comprenez, je suppose, Que cet état ne peut durer.

— Je le sens, maman, mais je n'ose Vous dire...

— Quoi?

— Vous avouer, Vous confesser certaine chose...

— Oh ! dites, je me sens trembler, Et tout est préférable au doute.

Oui, parlez vite, sans détour...

Seriez-vous... ce que je redoute...

Un déshérité de l'amour ?

— Hélas ! hélas ! dans ma famille, Je dois l'avouer humblement,

Un garçon n'est plus qu'une fille S'il ne fume... et voilà comment Je puis expliquer ma faiblesse, Ma défaillance et mon émoi...

Que je famé et de ma tendresse Les effets parleront pour moi...

Oh ! fiez-vous à ma parole...

— Votre franchise me console ; J j crois, et je vais, en secret.

Exécuter certain projet

Quoi que je dise ou que je fasse.

N'allez vous étonner de rien.

Pas un mot sur ce qui se passe, So3'ez discret, tout ira bien. »

Elle sort,., et bientôt son gendre.

A qui le cœur faisait tic-tac, Voit arriver coffrets de palissandre Garnis, bourres de pipe, de tabac.

Il veut tout recevoir.

Mais le commissionnaire, Discrètement se tenant à Técart, Lui dit : « Monsieur, prenez-en une part, Car la seconde est pour votre beau-père !... > De dame Alix, dites, que pensez-vous, Ami lecteur qui me fûtes fidèle ?...

Il me semble que notre belle D'une pierre fera deux coups !..,

(Les Contes gaulois.)

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