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LA CONSULTATION MÉDICO-LÉGALE

Pièce imitée de François de Neufchâteau, lui fut membre du Directoire sous notre première P.épublique. P

Un médecin fut consulté

Par un tendron d'aimable mine,

Dont un gars avait abusé.

L'homme de l'art qui l'examine

Trouve sous sa simple étamÏDe

Deux grands yeux pleins de volupté,

Certain air de naïveté

Peint sur sa figure enfantine,

Un sein par l'amour agité,

Qui se soulève, se mutine',

Et semble en sa captivité

Appeler une main lutine

Qui lui rende la liberté.

Notre docteur est transporté :

Il lorgne une taille divine,

Des pieds mignons et délicats ;

Et ce qu'il voit de tant d'appas

Ne vaut pas ce qu'il en devine.

Avec ces titres de faveur

On peut compter sur la ferveur

Du médecin le plus austère.

Le nôtre, expert et docteur à la fois,

Avait, dit-on, plus d'une fois

Pris ses licences à Cythère.

Enfin, près de la belle assis,

Il veut, sans détours, sans m3^stère,

De son cas savoir le précis.

« Las! dit la belle désolée,

Je vais rappeler mon esprit,

Et vous compter comme s'y prit

Le fripon qui m'a violée :

Il avait un air tendre et doux,

La taille la mieux découplée

Et le regard... tout comme vous. »

Notre grave consultant,

Flatté d'avoir les mêmes traits,

En ressent une joie occulte,

Et, rajeuni par tant d'attraits,

S'approche encore un peu plus près

De la beauté qui le consulte.

« Poursuivez ce récit, dit-il,

Car votre affaire m'intéresse.

— Ah ! monsieur, qu'il était subtil

Que l'amour inspire d'adresse!

Ses yeux sur mes faibles attraits

Se promenaient avec ivresse... »

Le docteur, qu'un même feu presse,

N'a pas des regards plus discrets.

« Ce n'est pas tout, sa main hardie

Saisit la mienne au même instant. »

Vous sentez, sans que je le die,

Que le docteur en fit autant.

« Ce n'est pas tout, sa perfidie

Méditait un autre dessein,

Et toujours plus audacieuse.

Bientôt sa main licencieuse

Fourrage les lys de mon sein. »

Notre docteur, sur ce modèle,

Glissant une furtive main

A travers la gaze infidèle,

Enfile le même chemin.

« Ce n'est pas tout : d'un air farouche

A ses feux je veux m'opposer ;

Déterminée à tout oser.

Sa bouche se colle à ma bouche. »

Le docteur que l'exemple touche,

Ravit un semblable baiser.

Ravit? je faux j on le lui donne.

On feint de n'y pas consentir,

Mais c'est pour mieux faire sentir

Le prix de ce que l'on abandoDne.

Femmes, osez me démentir :

Celle qui jamais ne pardonne

Est trop sujette au repentir.

« Ce n'est pas tout : son feu redouble,

Il me transporte malgré moi ;

Les genoux tremblants et l'œil trouble...

Je ne sais plus ce que je vois... »

Le docteur, non moins troublé qu'elle,

Répète une leçon si belle ;

Tous deux bientôt perdent la voix :

Tous deux se plongent à la fois

Dans une extase mutuelle.

Notre docteur crut jusqu'au bout

Avoir imité son modèle.

« Ce n'est pas tout... dit la donzelle,

— Comment, diable ! ce n'est pas tout

Qu'avait-il de plus à vous faire?

Vous m'étonnez, dites, ma chère,

Comment la chose se passa ?

Eh ! mais voici tout le mystère.

Monsieur : c'est qu'il recommença ! »

Imité de François, de Neufchâteau.

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