‹ Le parnasse hippocratiqueChapitre 21 sur 149 · LA GÉNÉRATION SPONTANÉE · texte numérisé non relu

LA GÉNÉRATION SPONTANÉE

Le banquet annuel de l'internat a donné lieu à une jolie composition de M. E. Tillot sur un sujet plein d'actualité : La génération spontanee.

D'où vous vient cet air tout grognon?

— J' n'entends parler que de sal's êtres.

Le microzjme et l'champignon

Du corps humain sont donc les maîties!

Les bactéries, le vibrion,

Trist' race après nous acharnée.

Au diabl' cett' génération

Qu'elle soit ou non spontanée.

Sur Ja terre rien de nouveau,

Dit un rhéteur académique.

Car Omne vivum ex ovo

Est un proverbe fort antique,

La viande, putréfaction !

Notre boisson est gangrenée !

Salut, ô génération,

Qui ne peut pas ètr' spontanée !

Ses adversaires non moins féconds

De l'insondabl' sond'nt le mystère

Et dans le vid' de leurs flacons,

Ils voient s'animer la matière.

Voici v'nir un jeun' champion.

La lanc' de pus tout imprégnée.

Vive not' génération, Génération spontanée !

Non licet inter nos tantas Componere lites (1), dit l' sage.

Aussi j' m'abstiens dans ce fracas Que chacun fait en son langage.

Mais j'crains que la discussion S' prolongeant d'année en année, N' dépass' not' génération, Qui n'est pas du tout spontanée.

Un client pour un suintement De l'urèthe, inquiet, vous consulte De la femme il se porf garant.

En douter même est une insulte.

— Monsieur votre observation Mérite d'être burinée, Comm' preuv' de génération, Génération spontanée.

Un' jeun' veuve depuis deux ans Voit tout à coup certaine enflure.

Bon Dieu ! qu' vont dir' les "médisants ? Eir dont la conscience est pure.

— C'est peut-êtr' l'imprégnation Fait' dans un' précédente année, Ou bien un' génération

Chez les veuves tout' spontanée.

(1) Nous ne pouvons pas accommoder nousmêmes dé si graves différends.

Pour terminer par un couplet Et qui soit bien de circonstance, Vive à jamais notre banquet, Pour l'internat sourc' de Jouvence, Et qu'un' doue' fermentation De ses mycrozj-^m's émanée Fass' naître un' génération D' joyeux internes spontanée !

HYDROLOGIE.

Le discours poétique qui suit, de M. E. Bourgarel, fera les délices des hydrologistes.

Chers collègues, s'il est un fait

Bien établi, c'est que nous sommes

Des plus discrets parmi les hommes.

Dans ce monde, où nul n'est parfait.

C'est une chose méritoire

Que d'avoir une qualité

Bien manifeste, bien notoire ;

Et nous devons nous faire gloire

De ce mérite incontesté.

No3 cabinets, vrais sanctuaires,

Sont des tombeaux pour les secrets.

Donc nous sommes gens très discrets.

Mais, tout en possédant, Confrères,

La vertu dont nous nous flattons,

De temps en temps nous commettons Des indiscrétions énormes, Assurément sans le vouloir.

Comment cela? — Vous allez voir.

Tous les ans, sous diverses formes, Nous publions de bons travaux ; Des volumes ou des brochures, Qui relatent les faits nouveaux, Les cas rares, les belles cures, Tout ce qui peut flatter nos Eaux.

Ce sont là de saines lectures Pour nos confrères. Mais (ceci Doit nous causer quelque souci) Le bon public les lit aussi.

Notice, brochure ou volume,

Tout ce qui sort de votre plume

Est lu, dévoré, commenté

Par vos charmants clients d'été.

Cette lecture leur est chère.

Comme ils n'ont pas grand'chose à faire,

On les excuse, en vérité.

Mais on a pu voir, d'aventure.

De regrettables incidents

Résulter de cette lecture;

Et, bien que nous soyons prudents ;

Que, suivant une règle sage,

Par l'initiale d'usage

Les noms propres sont remplacés,

Quelquefois ce n'est pas assez.

On devine le personnage

Sujet d'une Observation.

Les détails le font reconnaître.

Le nom est trahi par la lettre,

Inutile précaution.

Des situations gênantes

En peuvent résulter parfois.

Exemple : — On lit, à demi-voix,

Au salon : « Madame A***, de Nantes ;

« Quarante ans. — Teint couperosé. »

— Madame A*** ! J'y suis. — C'est, ma chère, Celle qui, la saison dernière,

Dans le salon a tant posé.

Lisons ça. — ce Teint couperosé, « Se ressent de Vâge critique. »

— Elle a menti ; ses quarante ans Sont bien dépassés. — ce Pas d'enfants. (c Elle porte depuis longtemps

ce Une ceinture hypogastrique, »

— Ah bien ! lorsque l'on en est là, Je ne comprends pas que l'on pose.

Et pendant qu'on dit tout cela.

Juste à ce même instant, voilà Que la dame à la couperose

Entre au salon. — Ça jette un froid.

Et la chose se renouvelle Assez fréquemment, croyez-moi, D'une façon assez cruelle.

Dans une brochure nouvelle Une dame trouve ceci :

ce Monsieur D***; trente ans j de Passy ;

« Blond, grande fort, V aspect d'un Hercule... »

— Monsieur D*** ; tiens ! c'est le grand blond,

Qui tous les soirs dans le salon

Conduit si bien le cotillon.

C'est intéressant. Voyons donc. —

a Blond, grand, fort., V aspect d'un Hercule,

« N'a jamais eu qu'un testicule.. . »

La lectrice s'arrête là,

Et mord ses doigts pour ne pas rire.

Je sais ce que vous allez dire.

Les dames ne devraient pas lire

Ces écrits médicaux. Holà !

Faites-leur entendre cela !

Et c'est très dangereux, vous dis-je.

Tout d'un coup ce coq du salon,

Ce conducteur de cotillon,

Perd la moitié de son prestige.

Ce n'est pas drôle ! — Mais comment

Eviter ce désagrément ?

Il peut arriver qu'on s'en plaigne.

L'initiale est, dans ce cas,

Un masque qui ne couvre pas ;

Et le nom du pays renseigne

Trop aisément les curieux.

11 faudrait donc prendre contre eux

Des précautions plus complètes,

Pour supprimer de notre mieux

Ces découvertes indiscrètes.

Mais je crois lire dans vos yeux

Que vous trouvez ma crainte vaine.

Surtout ne valant pas la peine Qu'on en parle si longuement.

Je m'empresse donc de me taire, Et m'excuserais humblement, Si j'avais prétendu vous faire Un discours qui dût être pris Au sérieux. Non, j'ai compris Que pour cette charmante fête La note grave n'est point faite, Que Is sévère est interdit.

Très bon décret sans contredit.

Auquel volontiers je me plie.

Prenez donc tout ce que j'ai dit Pour une simple fantaisie.

ÉPÏTAPHE D'UN CALCULEUX (1).

Ci-gît qui fuyoit le repos.

Qui fut nourri dès la mamelle De tributs, de tailles, d'impôts, De subsides et de gabelle ; Qui mêloit dans ses aliments Du jus de dédommagement.

(1) Faite en l'année 1637 sur le président de la Cour des comptes, Duret de Chevry, mort après avoir subi l'opération de la taille.

De l'essence de sol pour livre.

Passant, songe à te mieux nourrir, Car si la taille l'a fait vivre, La taille aussi l'a fait mourir.

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