PATER NOSTER DES VÉROLES
La pièce que nous reproduisons ici a été imprimée, pour la première fois, en 1540, sans nom d'auteur, à Berne, chez l'Orso, et publiée de nouveau par un savant bibliophile, M. Yeinant, en 1847, sous le titre de : la Patenostre des VeroUez avec ime complaincte contre Us médecins, et dans la Gazette des hô^ pitaux, n» 151, 883.
Pater noster, très glorieux, Nostre Saulveur, comme je croy, N'oublie pas les verolleux Qui dressent leur prière à toy,
Qui es m cœlis.
Sire, nous souffrons de grans maulx ; Et croy, si ne nous amendons De nos péchez et nos deffaulx, Fauldra par force que ton nom
Sanctificetur.
Les médecins ne voyent gouLte Et ne nous laissent ung denier, Et nous avons si fort la goutte Que presque nous fault regnier (1)
Nomen tuinn.
(1) Pour renier.
J'ay essayé maint inédecin, Autant que jamais jeune filz, Et si ay ulcères sans fin ; Encore me doubte que pis
Adveniat.
Nous te disons tout nostre cas; Donne-nous donc ce qui nous fault Non pas au ciel, mais ici-bas; Car tu gardes bien le très Iiault
Regnum tuum.
Mais tu t'en ris et nous escouttes ; Et nous souffrons en ce martyre Rognes, chancres, gales et gouttes, Tant qu'en la fin nous fauldra dire :
Fiat voluntas tua.
Si l'on avoit jamais la guerre,
Je croy que çà bas à la terre Feroit aussi bon habiter
Sicut in cœlo.
Ne sça^' si ce mal vient des femmes : Accolé en avons de belles, Charaberières, bourgeoises, dames, Sur les bancs et les escabelles
Et in terra.
Si bien nos plaisirs avons pris, Sans avoir crainte ne malheur; Maintenant mangeons, en mespris.
En povreté, honte et dolleur, Panem nostrum.
Et si c'estoit fièvre quartaine, Deux jours repos nous laisseroit, Pour reprendre ung peu notre halaine:
Mais cevillain mal cy nous hait
Quotidianum.
Si tu as point quelque oignement, Pour nous bien guérir et soubdain, Je te supplie très humblement Que n'actendes point à demain;
Da nohis hodie.
Sans faire à personne de tort, Donne-nous, par ta grant bonté, Ung beau saufconduit contre mort Avec force argent et santé
Dimitte nohis.
Des mises avons faict pour tien Si grandes qu'au vray ressa\'er, Si nous vendons tout nostre bien, A grand'peine pourrons payer
Débita nostra.
Si ceste infâme maladie Venoit à tous en gênerai, Point ne en porterions envie.
Quant ung chacun auroit du mal
Sicut et nos.
Nous voj^ons voluntiers les dames Et les faisons bien festoyer ; Mais, quant sont villes et infâmes, Je ne les osons pas toucher;
Dituittimus.
Nous empruntons aux Allemans, Ne nous en chault mais que en aje.
Argent pour avoir oignemens ; Nous faisons respondre de paye
Debitoribiis nostris.
Nous faisons veulx à sainctz et sainctes Pour garder nostre humanité, Et faisons à ton filz nos plainctes ^ Mais si ne veult qu'ayons santé
Et ne nos.
Il y a des femmes joyeuses Et des autres qui sont rebelles, Et la plupart sont amoureuses ; Mais nous te prions que les belles
Iiiducas in tentationem. 11 y en a des veroUeuses Ou bien goûteuses pour le moins ; Je te supplie, de ces rongneuses Ne nous metz pas entre leurs mains,
Sed libéra nos a malo.
Te supplions ainsi que soyons à délivre Et nous gard place en paradis, Et en ce monde nous délivre Et que ne soyons p'us icy.
Amen.