‹ Le parnasse hippocratiqueChapitre 27 sur 149 · LE CLOU · texte numérisé non relu

LE CLOU

Aucune pièce ne mérite mieux les honneurs du Parnasse que la délicieuse composition de notre contrère Gapauset : Le Clou.

Un clou, c'est un volcan sous-cutané. — Le derme, Tissu d'un caractère à la fois souple et ferme A souvent des accès de colère et d'humeur. En un point mal placé l'indiscrète tumeur

Et Le Pu

Coi Le,

Vue l[\

Eclot presque toujours; tantôt, c'est au derrière, Et tantôt sur le chef, position altière. Pendant deux outrois jours, cela marche encor bien. On se dit à part soi : « C'est-z-une mouche, un rien!» Mais bientôt, par l'afflux du plasma qui chemine, Le petit clou s'étend, rougit et s'acumine. De sourds élancements révèlent ses progrès. On s'irrite, on voudrait s'en débarrasser. Mais L'art doit céder le pas aux lois de la nature, Et cette tendre mère exige qu'un clou dure Un septénaire au moins et deux au maximum, Malgré l'onguent Canot, malgré le diachjlum, Malgré la fleur de riz, malgré les cataplasmes. Tous les médicaments sont rêves et phantasmes. La douleur s'accentue et le derme est en feu. Le passif ganglion se met parfois du jeu. Cependant, au sommet de la tumeur cuisante. Le pus réuni forme une aire verdoyante Où le bourbillon gît sous les tissus gonflés, Triste et sordide amas de débris sphacélés ! L'humanité gémit que l'art lui vienne en aide. Entre deux doigts étreint, le clou pâlit ; il cède, Et soudain, s'échappant comme des écoliers, Le pus, le bourbillon jaillissent les premiers; Puis des vaisseaux rompus un sang vicié coule, Comme l'ardente lave aux flancs du volcan roule, Le cratère est béant; mais ses contours à pic Vont s'unir, protégés par l'emplâtre au mastic, Et l'inflammation, abandonnant la place, Reparaîtra bientôt sur l'humaine carcasse.

Page 1