‹ Le parnasse hippocratiqueChapitre 42 sur 149 · LE CORYZA · texte numérisé non relu

LE CORYZA

Fantaisie d'Octave Gourgues, intitulée : Effet de rhume.

C'était un concert, œuvre charitable Où devait chanter l'un de mes amis.

11 gelait très ferme, un vent redoutable Sifflait au dehors avec parti pris.

On m'avait placé tout près de la porte. Où, malgré le gaz, le froid bleuissait Les lèvres des gens, d'une étrange sorte, Et d'où j'entendais qu'on applaudissait.

Je m'étais promis un plaisir sans borne, Des flots d'harmonie et surtout du feu ! — Et je maugréais, bâillant blême et morne Au nez des bourgeois divertis très peu.

— J'avais pour voisin un vieux monsieur chauve (Qui restait nu-tête en dépit du vent)

Ainsi qu'une fille, à la robe mauve, Qui semblait contente et riait souvent.

— Elle avait vingt ans, un joli visage Encadré de blonds et d'épais cheveux ; Une fleur lilas, teinte, à son corsage,

La taille assez fine et de grands yeux bleus.

— Le vieux paraissait peu s'occuper d'elle Et semblait goûter la voix du chanteur Qui barj'-tonnait. — Pour la demoiselle Elle souriait d'un air connaisseur,

— Moi, qui n'avais pas d'amis dans la salle, Qui m'ennuyais fort et qui de dormir

Me sentais l'envie au fond de ma stalle Très mortifié de ne pouvoir fuir, Je me dis soudain que j'étais bien bête Près d'un frais minois de bouder ainsi, Et qu'il valait mieux s'échauffer la tète Au feu de l'amour que dormir transi.

Et puis cette fille était provocante...

Elle avait un nez si coquet»., des dents ! De vraies perles... bref elle était charmante, Quand elle riait ; et de temps en temps, Lorsqu'elle tournait vers moi son visage

— Par coquetterie ou bien par hasard — J'avais trop de peine à me tenir sage. (On n'est pas de bois sous un tel regard.) Je devais dès lors préparer mes charmes, Lisser ma moustache, apprêter ma voix,

Et finalement mettre sous les armes Ma fatuité... d'avant les grands froids,

— Allons don Juan, allons Lovelace !

Montrons-nous Régence, ayons quelque chic, Pour la captiver il faut de Taudace !

— J'en avais un peu, ça tombait à pic. Déjà je sondais par certaine œillade Le cœur de la belle et déjà, vainqueur, Je formais tout bas un compliment fade Pour le débiter sans trouble et sans peur. Pendant que l'artiste et ses doubles croches Charmaient le bonhomme, au rare cheveu...

— Lorsque je la vis fouiller dans ses poches D'une main fébrile et tremblante un peu; Elle se leva, cherchant anxieuse

Autour de sa stalle et d'un œil Lagard Inspecta le soi. — Enfin soupçonneuse Sembla m'inculper dans un long regard,

— Je restai saisi, sans une parole, Me reculant même, un peu stupéfait, Pour ne pas gêner sa recherche folle Et me demandant ce qu'elle cherchait.

— Je la vis blêmir, puis rougir; sa bouche Se pinçait avec un terrible effort...

Quand soudain partit comme un jet de douche Un éternument qui sonna très fort.

On cria : Holà ! — Cette, toux sonore Avait aspergé quelques assistants ; Mais la pauvre enfant fut reprise encore Et ne put parler de quelques instants.

Enfla j'entendis sa voix pitoyable Sortir de son nez avec désespoir, S'adresser au vieux d'un ton lamentable Et crier tout haut : Papa ! ton mouchoir !

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