LE MÉDECIN SÉVÈRE
Pour un mal très léger, le médecin Garus Ordonnait à Mélisse une diète austère : De l'eau, quelques bouillons, c'est assez, rien de
[plus.
« Jeûnez, pour vous guérir c'est le point nécesse ire. Gardez-vous des plaisirs; je vous les défends tous Ne vous y livrez pas, même avec votre époux, » Il dit, se lève, tousse, et, courbé sur sa canne, II sort, très bien payé par celle qu'il condamne
A se priver des trésors les plus doux, A vivre comme vit sur sa tige une plante Qu'on arrose avec soin et qu'un peu d'eau sustente Son élève lui dit, quand il fut retiré : « Ce jeune me surprend : une extrême abstinence
Une excessive continence Echauffe beaucoup plus le sang mal préparé, Qae ne fait des plaisirs l'usage modéré. Et ces enfants tondus de l'épaisse ignorance.
)ans leurs cloîtres cachés, les moines, les nonnains, >nt des maux quelquefois inconnus des humains. - Je le sais, dit Garus ; mais mon expérience l'apprend qu'on ne suit pas toujours notre ordon-
[nance.
i je défendais peu, l'on se permettrait tout.
Croyez que, malgré ma défense, e n'empêcherai pas qu'on n'en use, et beaucoup. »