SCÈNE IV
Les Mêmes , FILERIN , BERNARD , Filerin est en costume noir antique t Bernard costume simple de couleur ^ visage pale j il porte plusieurs gros volumes sous son bras.
FILERIN , à la cantonnade.
Que diable, Babet, fermez donc la fenêtre de votre cuisine, cela donne des courans d'air quand on passe dans le corridor., il n'y a rien de pernicieux comme cela. ( Appercevant Gustave). Ah! ah! bonjour , mon cher confrère, enchanté de vous voir... j'ai à vous parler.
GUSTAVE
Monsieur Filerin , je suis à vos ordres.
FILERIN , à Bernard.
Ah ! ça lu n'oublieras pas mes commissions.
BERNARD
Aller savoir des nouvelles de...
FILEHIN.
Il n'est pas question de malades j tu vas remettre ces dis exemplaires de mon traité sur la digestion , à leur adresse... surtout je te l'ecommaude celui du ministre.
BERNARD
Doré sur tranche.
FILERIN.
Avec ma demande de la place de médecin eu chef.
BERNARD
La voilà... après Vépitre dédicatoire.
FILERIN.
Tu connais l'hôtel du ministère.
BERNARD
Pardi, monsieur, depuis que j'étudie la médecine chez vous je ne sors pas des bureaux. ( // va pour sortir ).
FILERIN.
Ah! informe-toi chez monsieur le Marquis, si c'est bien la rougeole que ses enfans ont dans ce moment, parce que je n'y mettrais pas les pieds.
BERNARD
Oui , monsieur. ( // sort ).
SCÈjNE V.
FILERIN, GUSTAVE.
GISTAVE.
Comment, mou cher confrère, vous avez peur de la rougeole.
FILERIN.
C'est une faiblesse, si vous voulez... mais c'est avec ces précautions là que je suis arrivé à soixante - dix ans sans la plus légère indisposition.
GUSTAVE
Je conçois qu'à votre âge!...
FILERIN.
Non , non , mon cher ami , j'ai été comme cela toute ma vie... on n'est pas médecin pour rien... les précautions... les précautions!... vous autres jeunes gens... vous allez... vous idk'z , vous passez les nuits à, iravaillcr... vous sortez par toui
les temps, vous ne pensez pas que le brouillard est mal sain... que l'humidité amène des cathares... les clialcurs des pleurésies!... moi, voyez-vous, je sors aujourd'hui... je vais voir quelques malades, pourquoi?... parce qu'il fait beau... l'air est sec... cela ne peut que me faire du bien... mais aussi je ne m'amuse pas à en aller voir une douzaine... je rentre de bonne heure... je dîne légèrement... je me couche à dix heures, et il n'y a pas à venir me chercher une fois que je suis au lit... pour tout Tor du monde je ne me dérangerais pas. Quand on se doit au public , il faut se soigner.
GUSTAVE
C'est une manière de voir comme une autre.
( Filer in prend des pastilles ).
MAl.GUERITTE.
Mon dieu, monsieur Filerin, est-ce que vous êtes enrhumé?
FILERIN.
Non, ma chère Margueritte... mais ça peut venir... un rhume arrive... il vous tombe sur la poitrine: la péripneumonie se déclare , et puis votre serviteur de tout mon cœur... et un médecin qui meurt, ra fait toujours mauvais effet... ra décrédite la médecine... A propos de ça, jeune homme, je suis furieux contre vous...
GUSTAVE
Contre moi ! ^
FILËRIN.
A peine entré dans la carrière , vous vous avisez de publier un livre sur les moyens de traiter les maladies les plus simples, sans le secours des médecins.
GUSTA\TÎ.
Comment, me serais-je écarté des principes...
FILEKIN.
Je n'en sais rien , mais il est très-dangereux de mettre la science à la portée de tout le monde,- quand on fait de ces livres là , monsieur , on les garde pour soi.
MARGUERITTE
Comment , monsieur Gustave , c'est pour ra que vous avez passé tant de nuits ! ( à Filerin ). Mais après tout , monsieur , je ne vois pas le grand malheur que les pauvres gens puissiont se passer de médecins.
FILERIN.
C'est qu'on ne doit pas s'en passer.,. C'est qu'il ne faut pas qu'on puisse s'en passer ! . .
Air : Vaudeville des Gascons, Jadis il n'en fallait pas tant Pour faire interdire un confrère,
MARGUERITTE
L'interdir', peut-on à ptéicnt Faire interdire le talent !
GUSTAVE
Silence!
FILERIN.
£h ! mais quelle colère.
MARGUERITTE
Je sors. . . mais il faut qu' ça soit vous Pour je consente à me taire.
MARGUERITTE
Oui, je crois qu' plus d'un ignorant Faisait interdir' son confrère; Mais on ne peut plus à présent Faire interdire le talent.
(Elle sort).
FILERIN.
y, 11/ Jadis il n'en fallait pas tant
J^nsemble.i „ r • • * j- c«
Four iaire interdire un conrrere.
Jadis il n'en fallait pas tant Pour décréditer le talent.
GUSTAVE
Oui , jadis plus d'un ignorant Devait redouter la lumière ; Mais on ne craint plus maintenant D» voir succomber le talent.