‹ Le parrain; comdie en un acte et en proseChapitre 104 sur 228 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FILERIN, GUSTAVE.

FILERIN.

Ce que j'en dis... c'est par intérêt pour vous, mon cliei ami... je vous aime du fond de lame.

GUSTAVE

Ali ! que vous me faites plaisir de me parler ainsi j vous m'enhardissez à vous ouvrir mon cceur.

FILERIN.

Ouvrez, mon ami... ouvrez, esl-ce une consultation?

GUSTAVE

Depuis longtemps Je vous ai fait connaître mes seniimcns pour l'aimable Cécile.

FILERIN.

Ail ! je vous en prie , mon cher confrère , ne touchons pas celte corde là , si vous voulez que nous restions amis...

GUSTAVE

Je suis jeune , j'ai une belle clientelle.

Oui , un moment de vogue !.. quelques cures lieureuses... votre voyage en Espagne qui a électrisé les esprits... Eli ! mon dieu, on sait ce que c'est!., j'ai eu aussi mou temps, l'année de la grippe a été heureuse pour moi... j'avais une vogue!., je n'y concevais rien... Trente malades par jour.... Eh!» bien, que sont devenus ces gens-là? je n'en ai plus entendu parler...

GUSTAVE

C'est un malheur !

Fir.ERIN.

Et puis , avec votre caractère , je suis sûr qu'il y en a les trois quarts qui ne vous payent pas.

GUSTAVE

Air : Ce Magistrat irréprochalle.

Mon cher docteur tout se compense;

Mes soîns , j'en conviens franchement,

Coûtent fort cher à l'opulence,

Et jamais rien à l'indigent.

Par ce calcul, avec adresse,

Ménageant les infortuné?,

Je fais payer à la richesse

Les soins qu'au pauvre j'ai donnés.

FILERIN.

Eh! bien , moi , monsieur, je fais payer tout le monde.... pas de partialité... voilà comme je suis... je vous le dis tout net , vous avez de très-mauvais principes 3 je ne vous parle pas de ceux que vous adoptez en médecine... vous donnez dans toutes les idées nouvelles.

Je m'éclaire des leçons de l'expérience , j'étudie la nature...

FILERIN.

Est-ce aussi par amour pour la nature , que vous appliquez à notre art des amuseraens frivoles.

GUSTAVE

J'égaye mes malade.

FILERIN.

Tous envoyez Tun au concert.

FUSTAVE.

La musique est un remède souverain.

FILERIN.

L'autre au bal , à l'Opëra...

GUSTAVE

Cela leur procure un sommeil agréable!

FILERIN.

Eh! monsieur, dix grains d'opium les feraient encore . dormir!... du moins cela ferait plaisir à l'apothicaire... car enfin monsieur , vous qui voulez que tout le monde vive... vous ne songez pas aux apothicaires !... j'ai toujours été leur providence, moi!... demandez-leur les mémoires qu'ils font avec moi ! ... comment voulez-vous qu'ils s'y retirent, ces pauvres apothicaires , avec un concerto , une gavotte et toutes ces drogues là !.. .

GUSTAVE

Air : Du vaudeville du Méléagre champenois. Oui , dans mon art ma seule boussole Est la nature et la saine raison.

Eh ! que m'importe un moyen frivole , Dès qu'avec lui j'obtiens la guérison.

FILERIN.

Quoi , snns frémir , je verrais à ma barbe L'art avili, le quina détrôné, Abandonner notre antique rhubarbe Et supplanter la ca=se et le séné.

Qu'ordonnez-vous à la jeune fille Dont chaque jour semble accroître l'ennui ? Je crois , monsieur, qu'un peu de camomille, De laudanum. . .

GUSTAVE

Moi, j'ordonne un mari.

FILERIN.

Aux vaporeux?

GUSTAVE

Il faut de la musique.

FILERIN.

Puis aux bilieux?

GUSTAVE

J'ordonne un peu d'amour.

FILERIN.

Mais aux nerveux?

GUSTAVE

Jamais de politique.

A l'bypocondre?

GUSTAVE

Une walse par jour.

FILERIN.

Vit- on jamais près de leurs malades.

Pour leur guérir la rate oulecerveuu,

Notre Hypocrate essayer des roulades

f, 11 J Et Galien danser le fandaneo,

*'nsemble.\ °

GUSTAVE

Mon premier soin , près de mes malades , Fut en tout temps d'égayer leur cerveau S'il le fallait j'essayerais des roulades Et danserais jusques au fandango.

FILERIN.

C'en est assez, monsieur... comment voulez-vous que moi, qui exerce depuis quarante-six ans , j'aille donner ma fille à un homme qui dédaigne la vieille école.

GUSTAVE

Monsieur Filerin!

FILERIN.

A un insouciant qui se contente de guérir ses malades, comme s'il y avait là de quoi se vanter ! à un homme qui fait des voyages sans en tirer parti.

GUSTAVE

Qu'est-ce que vous dites?

Je vous connais, je suis sûr que votre voyage d'Espagne luimême ne vous sera d'aucune utilité.

GUSTAVE

Air : Il me faudra quitterl'emj ire.

Si dans ce pénible voyage,

J'ai sauvé quelques malheureux, Ou si du mal maîtrisant le ravage ,

J'arrêtai ses progrès affreux; Enfin, monsieur, de notre belle Frante Si j'éloignai ce fléau destructeur,

Est-il donc une récompense

Qui puiîse valoir C6 bonheur.

FILERIN.

Il me paraît que vous vous en contentez , car je ne vous ai pas rencontre une seule fois chez les ministres.

GUSTAVE

J'y vais quand ils sont malades !

FILERIN.

Oui... eh! bien, voilà la différence, monsieur, c'est que je n'y vais pas quand ils sont malades , parce que quand ils sont malades , ils sont de mauvaise humeur ; ils refusent toujours...

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