‹ Le parrain; comdie en un acte et en proseChapitre 112 sur 228 · SCÈNE XVÏ · texte numérisé non relu

SCÈNE XVÏ

Les Mêmes, CÉCILE, MARGUERITTE.

CECILE

Mon père qu'avez-vous donc ?

MARGUERITTE

Est-ce que monsieur se trouve mal.

GUSTAVE

Ce n'est rien... l'imagination frappëç... FiLERiN , 4 Bernard.

Tâte-moi le pouls... et dis -moi ce que j'ai. ( Tendant l'autre bras à Gustave. Docteur ne m'abandonnez pas. GUSTAVE j lui prenant le bras.

Soyez tranquille...

FILERIN.

Non , c'est que cela peut devenir sérieux , et je ne veux pas me traiter moi-même...

BERNARD, tâtaut le pouls de Filerin.

Moi, je dis... d'après les symptômes... ( à Gustave ). Qu'est-ce que monsieur pourrait bien avoir ! GUSTAVE , de même.

Un pouls excellent.

FILERIN.

Du tout, du tout. {Se tdtant le pouls). Je sens au contraire.

GUSTAVE

Un peu de pesanteur que le moindre exercice dissipera.

FILERIN , vivement.

Du tout... il y a irritation... il faut du repos... GUSTAVE.

De l'exercice...

FILERIN, à demi-voix soujjrante.

Du calme... du calme , au moment où je devrais... et quel est ce concurrent?

BERNARD

Je n'ai pas osé devant monsieur Gustave.

Pourquoi ?

Fir^ERIN.

BERNARD

Dame, monsieur.

FILERIN , avec humeur.

Dame, monsieur...

BERNARD

C'est que c'est lui-même.

GUSTAVE

Moi.

FILERIN.

Lui.

CÉCILE

Ah! que ce serait licurcux.

FILERIN.

C'est une horreur, une trahison !... mais ne nous laissons

pas trop emporter ra peut devenir dangereux, on a des

exemples...

Mais, monsieur Filcrin , je n'ai rien demandé.

FILERIN.

Laissez donc , monsieur... j'y vois clair maintenant... vous agissez en dessous... oh ! les amis, les amis... ayez en donc!

Air: Qu'il est Jlatteur d'épouser celle.

E^péiez une belle place,

Un ami vient et vous la prend. •

Un autr- ami vous débarrasse

Du supcrllude votre nrgent.

Dans ce monde, tVtux et volage,

A l'amitié tout est permis.

Enfin, jusques dyiis son ménage,

On rencontre encor des amis.

Jl IIP VOUS innntjiip ]>liis , monsieur que de me prendre mes malades et de les guérir pour moi!

scÈiNE xvn.

Les Mêmes, LE GEjNERAL, qui a efite?iclu les derniers

mots..

LF. GÉnf'ral.

Ma foi , mou cher docicur... C'est ce qu'il a fait...

FILKJ^IN,

Le gênerai Valrnon... ah ! il arrive q propos. GiiSTAYE , voulant se retirer.

Le général Valinpn,..

.,, , .,:, .,,■.,■.•,. ■legÉ>-Éral. Restez donc... restez donc , jeune homme.

- ' FILERIN.

Oui, monsieur, restez pour entendre les justes reproches.. . («M général). Vous savez déjà, général, que la place qui m'était promise...

LE GÉNÉRAL

Il n'y faut plus penser... elle est donnée...

FILERIN.

Donnée !.. et à monsieur Gustave...

LE GÉnÉî'AL.

Grondez-le docteur... grondez-le bien fort , je m'unis à vous de bon cœur. .

CÉCILE

Mais qu'a-t-il donc fait enfin ?

LE GÉNÉRAL, à GustaVC.

Ce qu'il a fait... Comment, monsieur... vous osez secourir un malade à la place de M. Filerin... vous quittez tout pour consoler une mère désespérée... Enfin, ce qui met le comble a vos torts, pour sauver toute espèce de reproche à votre confrère , vous gardez son nom et vous laissez croire à toute la famille que c'est à monsieur Filerin qu'elle doit le salut d'un enfant adoré.

GUSTAVE , vivement.

Monsieur , je me serais nommé si le sort avait trompé mon espoir...

Fir.EUIN,

Ah! ça... qu'est-ce que vous dites donc... si j'y comprends un mot...

LE GÉNÉRAL

Vous ne devinez pas... c'est lui... docteur c'est lui quia sauvé ma nièce...

FILERIN.

Là... j'étais bien sûr que je n'étais pour rien là dedans...

GUSTAVE , regardant Margueritle.

Mais, monsieur le général... qui a doue pu vous instruire...

MAKGUERITTE , vivement.

Ce n'est pas moi d'abord... je n'ai pas causé cinq minutes avec monsieur... il est là pour le dire...

LE GÉNÉRAL , souriant.

Non... non... j'ai tout appris sans le secours de personne... Jeune homme, je m'e'tais promis d'assurer une partie de ma fortune à celui qui avait sauvé ma nièce... Mais le ministre m'a prévenu... il admire votre conduite honorable en Espagne... Il connaît vos droits à la reconnaissance publique , et il a pensé que des services tels que les vôtres ne pouvaient être noblement récompensés que par la patrie et le souverain !

Air : Ces postillons sont d'une maladresse. Tant de courage. . .

GUSTAVE

Ah ! cesses, je tous pria. . .

Pourquoi vanter uu pareil «lévouemeat?

Nous avons fait pour une autre patrie Ce que pour nous vous fites constamment, La mort n'est rien dans le siècle où nous sommes » Dans les combats vous l'avez su prouver. . .

Nous la bravions pour détruire les hommes, £t vous pour les sauver.

FILERIN.

Tout cela est fort bien... mais cette place... vous avouerea^ qu'il est cruel pour moi , après vingt ans de démarches et un quart d heure d'espérance. . .

GUSTAVE

Rassurez- vous... je vais chez le ministre, et puisqu'il me témoigne ({iielqu'estime, j'obtiendrai pour vous le titre honorifique de la place... je ne garderai pour moi que le travail. FILERIN , serrant Gustave dans ses bras.

C'est trop juste. . . d'autant que j'avais déjà pensé à vous pour mon adjoint... Mais voilà uu trait... Eh ! bien, général , voilà comme nous sommes nous autres médecins... (à Gustave). Mon ami , à ton retour de chez son excellence nous signons le contrat. [u4ux autres personnages). Ahl ça... ne restons pas plus longtemps au jardin.... l'humidité me gagne et voilà comme on attrappe des rhumatismes.

LE GÉNÉRA r,-

Croyez-moi , docteur , n'exagérons pas les précautions.

(3. ) FAUDErlLLE.

Air : Vaudeville d'Athènes à Paria,

LE GÉNÉRAL

Le destin souvent trompeur Trahit notre prévoyance , Quand une heureuse imprudenc»

jPeut nous conduire au bonheur.

On reprend en chœur.

"Le destin souvent, etc.

LE GÉNÉRAL

Faut-il tenter un long voyage Pour conquérir d'autres climats?

Ou faire admirer un courage Que n'ont point lassé les combats ?

Agrandir l'industrie.

Le domaine des arts.

Ou loin de sa patrie

Planter ses étendards.

Dans ses projets le français Plein d'audace et de vaillance, Par une heureuse imprudenc» , Sait enchaîner le succès.

CHOETJR.

Dans ses projets, etc.

• MARGUERITTE

Lorsque]' dus entrer en ménage, Je pris du temps pour mieux choisir^ L'un était trop vif, l'aut' trop sage-, Mais quand je voulus en finir,

Précautions perfides !

Alors tous mes galan»

Avaient les invalides

Et moi mes cinquante ans. , .

Ainsi le destin trompeur A trahi ma prévoyance ; Mieux valait une imprudence Qui m'eut conduite au bonheuc»

CHOEUR

Ainsi le destin , etc.

GUSTAVE

Un des nobles enfans d'Hygie, Victime d'un sublime effort, A l'Eïpagne rendit lu vie Et lui même y trouva la inort.

Cher Mazet , si la France Pleure lou sort cruei ^ Pour la rtcoiuiai>sai)ce Ta tombe est un autel!

En sauvant riuunaaité, Si lu perdis l'existenctt, Ta généreuse imprudence Te vaut l'iinniortaliré.

CHOEUR

En sauvant, etc.

FILERIN , an Public.

Je suis, messieurs, je le confesse, Le médecin des deux auteurs, A lenr santé je m'intéresse ; Je soigne aussi l'un des acteurs.

Mais malgré ma science, Je sais ciù'ils ont compté Plus sur votre indulgence Que sur la faculté.

C'est traiter la faculté Avec quelqu'irrévérence; Voyons si cette imprudence Va leur rendre la santé !

CHOEUR

C'est traiter, etc.

FIN

MÉMOIRES

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