SCÈNE PREMIÈRE
GUSTAVE , en négligé de prison j afsis devant une table, et regardant sa montre.
La journée ne finira pas!... Cinq lieures viennent à peine de sonner à la grande tour, et moi , qui vais bien, j'ai cinq heures trente-cinq... ces horloges de prison, ra retarde toujours!.. ( Il se lèue ). Ma foi , c'est une chose assez ennuyeuse que d'être en prison... ra m'a amusé le premier jour, parce qu'un colonel en prison , c'est assez original... mais on se fait à tout... heureusement me voilà au huitième et dernier jour.. ce sera demain que je retournerai à Paris; que je reverrai ma femme î... Ma jolie petite Mathilde... il y a si long-temps que je ne lai embrassée... Allons, allons; encore un peu de patience... ( Se promenant ). Mais qu'est-ce que je vais faire d'ici là? Je me suis donné tous les divertissemens que comportait ma situation... Je me suis méthodiquement promené en long et en large 3 j'ai dessiné le plan de la dernière bataille j j'ai chanté tous mes airs d'Opéra-comique... j'ai pensé à ma femme... il fallait bien s'occuper!... Mais à présent à qui vais-je penser? ( S' approchant de la lucarne à gauche ). Qu'est-ce queje vois là, de mon belvédère? C'est un uniforme qui est à la croisée en face... Comment diable établir une ligne télégraphique. (^j4gitant son mouchoir par la croisée ). Il m'a vu, car il répond à mes signes... (^criant'). Bonjour, camarade!.. Ça vous va-t-il bien?.. ( Ecoutant comme si on lui répondait ). Ah! vous vous ennuyez !... Moi , c'est différent, je m'amuse beaucoup... ( Écoutant ). Qui je suis?.. Gustave de Montemart... colonel au sixième de hussards... Et vous?.. Hein!... A peine si on entend... Léon sous-lieutcnant,.. Mais il s'en va. .. ( Quittant la croisée ) , Tiens. . . Léon. . . eh ! nous
nous-sommes déjà vus... oui) lors de la dernière affaire... Un officier do dix-sept ans, qu'on prendrait pour une demoiselle., qui ne boit pas , ne jure jamais, et qui l'ougii en saliiaut une dame... Ali ! c'est lui qui est en prison... A la bonne heure... il commence à se lancer... ah! le voilà qui revient. ( Retournant à la fenêtre et écoutant ). Hein !... Vous voudriez me parler... et moi aussi... Attendez, j'apperrois M. Doucet, le geôlier , qui se promène dans la cour, la pipe à la bouche... ( Criant). Bonjour, M. Doucet... {^Ecoutant). Si j'ai été content ?.. Oui, le diner était bon , mais un peu cher... J'ai autr^ chose à vous demander... Voulez-vous que le prisonnier en face vienne me rendre visite?... [ Écoutant ^ Comment?... Si on m'entendait... ( Criant de toutes ses forces ). Eh! qui \'oulez-voiis qui m'entende?. Votre conscience?.. ( à part ). Oh ! bien alors , j'y suis... ( Tirant une bourse ).
Air : Du Bouffe et le Tableur.
Allons, la place va se rendre; Je sais comment il faut s'y prendre Pour la faire capituler .. .
Aussitôt qu'on entend parler Un tendion de son innocence; Un geôlier de sa conscience ; C'est qu'ils veulent nous indiquer Lies endroits qu'il faut attaquer.
( Lui jettant laJjourse ). A vous... c'est ça.,, la conscience ne dit plus rien... Je savais bien que je la ferais taire... ( à Léon ). Camarade , on va vous ouvrir... ( Bevenant sur le devant du théâtre ). Ma foi , je suis charmé de la rencontre j je ne passerai pas ma soirée tout seul... Et quant à notre sous-lieutenant!.. Je devine pourquoi il veut me parler., sans doute pour me remercier du service que je lui ai rendu dans la dernière affaire... je ris encore en y pensant.... je le vois pendant que les balles sifflaient autour de nonsj arrangeant sa cravatte et les boucles de ses cheveux !.. Un instant après , il était au milieu des ennemis... et au moment da plus grand danger, lorsqu'une vingtaine de sabres le menaçaient... ]Ne voilà-t-il pas qu'il se baisse pour ramasser un llacon d'eau de Cologne qu'il avait laissé tomber... Eh ! le voici.
( Un entend tirer les verroux de la porte à droite ).