GUSTAVE , LÉON
LEON
Ail! colonel, que je suis aise tle vous voir; après toute» que je vous dois... on me permet d'habiter jusqu'à demain la même prison que vous !
GUSTAVE
Je n"ai qu'un regret : c'est que vous ne soyez pas venu huit jours plutck.
le'on.
Je vous remercie do votre obligeance... Comment, voilàliuit jours que vous êtes ici ?
GUSTAVE
Ah! mon dieu, oui... je ne suis jamais resté aussi longtemps dans le même endroit.
LÉON
Vous mettre en prison... après la conduite que vous avez tenue... lorsque de toute l'armée , votre re'giment s'est le plus distingué.
GUSTAVE
]N'est-ce pas?... Mes hussards allaient joliment... Il est vrai que nous avions reçu Tordre de rester en l'éscrve , et que nous nous sommes trouvés sur la cavalerie ennemie . je ne sais pas trop comment... Ils disent tous que j'ai crié*. « en avant? .. » Le diable m'emporte si je m'en souviens... je crois plutôt que ce sont eux., mais comme on ne pouvait pas mettre ici tout le régiment; c'est sur moi que cela est tombé... ea m'a valu la croix d'officier , et huit jours de prison.
LÉON
Quand serais-je aussi heuieux !
GUSTAVE
Eh! mais ça commence... vous avez déjà la moitié de mon bonheur... et le reste ne peut manquer de vous arriver, si jamais vous défendez votre drapeau.. . comme vos flacons d'eau de Cologne... Eh! bien, je vous fais rougir, et vous voilà tout déconcerté.
LÉON
Oui... colonel... c'est que... je vous prie de ne me plus parler de celte affaire là... c'est de'jà elle qui est cause que je suis ici.
GUSTAVE
Vraiment... eh ! bien , je n'aurais pas cru que le code mili- Uire eut prévu ce cas là,., je suis bien aise de le savoir.
LÉON
Vous n'y êtes pas... depuis ce jour là ou s'égaye à mes de'ponsj j'ai entendu hier deux officiers de la compagnie qui iaisaient sur moi des plaisanteries, et même des calcmbourgs..
Des calembourgs... Ah ! c'est trop fort î
LÉON
L'un disait que j'étais un militaire à Veau rose ^ et l'autre prétendait que cette action là, me mettrait en bonne odeur dans le régiment... Vous concevez comme c'est désagréable...
Air : J'en guette un petit de mon âge.
Jugez un peu quelle équipée !
A l'un d'enti'eux il a fallu d'abord Donner, monsieur, uu coup d'épée Qui, j'en suis sûr, l'jiura blessé bien fort, y.t puis, de peur de disputes nouvelles , Moi je voulais ensuite, voyez-vous, Pour en finir me battre avec eux tous, Car je n'aime pas les querelles.
Et voilà pourquoi je suis en prison .
GUSTAVE
Mais, c'est un diable que ce petit garron là... Allons, allons , il ira ])ien... Ma foi, mon jeune camarade, je vous avoue que je n'y tiens plus , et au risque de recevoir aussi un coup dépée qui me blesserait bien fort, il faut que je vous demande d'oii vient votre prédilection pour les flacons d'eau de Cologue?
LÉON
Oh! à vous, colonel , c'est différent ,... je puis vous confier cela... c'est qu'il venait d'une certaine personne...
GUSTAVE
Qui VOUS l'avait donné.
A peu près... C'est la seule faveur que j'aie reçue d'elle , et je voulais la conserver pour lui prouver ma constance.
GUSTAVE
De la constance !... qu'est-ce que c'est que ra?... oh ! je me suis trompe, il n'ira pas.
J'ai donc eu tort?...
GUSTAVE
Parbleu, voilà une question.,.. Ecoutez , voulez- vous me croire... ?
LÉON
Oh I oui , colonel , je vous croirai ; je ferai tout ce que vous me direz.
GUSTAVE
A la bonne heure... (^à part). Au fait, il peut aller... et ce serait dommage de lui laisser prendre une mauvaise route.... (^aiîf). Voyez-vous, mon garçon, tout de'pend du commencement... votre coup d'ëpée d'hier... c'est bien... ça promet... mais il faut vous défaire de vos mauvaises habitudes j moi je parle comme à mon fils.
LÉON
Je comprends bienj ce n'est pas la bonne volonté qui me manque... c'est que je n'ose pas.
GUSTAVE , d'un air de confidence.
Elle est donc bien johe?...
LÉON
Si vous l'aviez vue , comme moi . Un son de voix qui va là . . . j'ai passé trois soirées avec elle... il y a deux mois , lorsque j« nae rendais au régiment.
GUSTAVE, souriant.
Voilà donc à quoi se bornent toutes vos campagnes... trois soirées... ce n'est pas trop.
LÉON
Oui... mais Tune était un baL
GUSTAVE
C'est juste... <ji doit compter double... et vous avez bien avaucé vos affaires?
LÉON
Oh! oui : ce jour là j'ai été bicu hardi ; je ui'éiais empard de son flacon , de ses gants , de son mouchoir , et je les ai euibrasse's sans qu'elle le vît.
GL'SrAVE.
Diable!., et vous n'avez pas eu peur de la compromettre.
LÉON
Bicu plus. .. je ne lui ai rendu que les gants et le niouclioir,|
GUSTAVE
Je comprends... voilà l'origine de ce trésor si précieux... et pendant que vous étiez dans votre jour de hardiesse, vous ne lui avez pas dit que vous Taimiez?
LÉON
J'ai été bien près , mais je n'ai jamais pu... elle était si jolie, sa toilette était si brillante... tout cela iuiimide, et je ne conçois pas comment on peut venir à bout de faire une déclaration en face à une famme... est-ce que vous avez jamais osé vous, colonel?
GUSTAVE
Allons! allons!... c'est une éducation qui est entièrement à faire... voyez, pourtant, si j'avais terminé mes mémoires... ce serait là une belle occasion de les lui mettre entre les mains, .
Comment, vos Mémoires?
GUSTAVE
Oui... un ouvrage... qui manque à la jeunesse actuelle...
un ouvrage de mœurs, où je peins les miennes... c'est-à-dire^
où je mets toujours l'exemple à coté du précepte. H y a uii
siècle que j'ai le plan dans la tète... mais il faut commencer.
LÉON
EL ! bien , pendant que vous étiez en prison?...
GUSTAVE
Oh ! j'y ai bien pensé... j'avais même déjà écrit le litre... ( Mouvant la table ). vous pouvez vbir:...Xe Bleiiior de la
jeunesse j ou mémoires d'un colonel de hussards... Mais à chaque instant on est distrait... Eh! parbleu 3 une scjperbe occasion qui se présente... Pour combien de temps êtes- vous en prison?
LÉON
Jusqu'à demain au point du jour.
GUSTAVE
A merveille... vous resterez la nuit ici ^ après le souper, je fais monter du punch , et nous travaillerons à mes mémoires., je dicterai , et vous écrirez, c'est le moyen de vous instruire.
léo:j.
Mais, colonel...
GVSTAYE.
Lie punch vous fait peur... mais c'est égal , pour écrire un ouvrage de mœurs , -1 n'y a rien de tel que le punch... Castigat bibendo mores... et vous en boirez.
LÉON , se mettant à la table.
Eh ! bien , soii 3 je me risque... commençons... moi , j'ai le désir de m'mstruire.
GUSTAVE
Il faut avant tout , que je vous explique la division générale de l'ouvrage , et la division des chapitres... i". partie : aven^ turcs du Colonel lorsqu'il est garçon, a""". PARTIE : son mU' riage... 3""*. PARTIE : après son mariage.
LÉON
Permettez donc , colonel ; est-ce que vous êtes marié ?
GUSTAVE
Eh ! sans doute. .. à cause de mon ouvrage ! • .. Il fallait bien tin dénouement... et vous verrez celui que j'ai choisi... La plus jolie petite femme, qui m'aimait éperdûraent... que j'ai presqu'enlevée... mais nous verrons plus tard... dans la seconde partie... Il ne s'agit pas ici de ma femme! Chapitre I*'. : des fredaines du colonel j et de ses premières inclinations.
LÉOîf.
Vous voulez dire , sa première inch'nalionj car je suppose que vous avez d'abord commencé par une.
(lO)
GUSTAVE
Du lout... trois à la fois.
Ah ! mon dieu! qu'est-ce que vous me dites-là?
GLSTAVE.