‹ Le parrain; comdie en un acte et en proseChapitre 117 sur 228 · Chapitre 4 îî · texte numérisé non relu

Chapitre 4 îî

Air : Vaudeville de Jadis et Aujourd'liui.

Oh 1 celui-ci , rien que le titre Doit eflrayer les écoliers :

Avant d'entamer ce chapitre, Il faut bien savoir les premiers.

GUSTAVE , souriant.

Autrefois, oui. . . c'était possible; JVlais aujourd'hui, ce n'est plus ça. . . Il est plus d'un amant sensible Qui débute par celui-là.

( On entend sonner une cloche).

■GUSTAVE

C'est le souper.

LÉON

C'est égal , continuons toujours... rien que le chapitre 4- •• je n'ai pas faim.

( Il ) .

GUSTAVE

Oui, mais moiT... L'ordre et l'exactitude, je ne connais que celaî... et je me ferais un scrupule de travailler, quand le souper a sonné. ( On entend ouvrir la porte ). Permis à vous de nous tenir compagnie., ù moins que vous ne profériez, par ce beau clair de lune , vous promener daas mou parc et mes jardius.

LÉON

Comment, vous aveaun jardin ?...

GUSTAVE

Oui... une terrasse où il m'est permis de prendre l'air. .. l'espace de dix pieds carrés.

LÉOîî f allant à gauche^ De ce coté.

GUSTAVE

Non... ce sont d'^autres prisons qui communiquent au logement du concierge. Tenez par ici , après ma cljambre à coucher , vous prenez un escalier tournant , qui conduit à la plate forme que TOUS voyez d'ici.

LÉON

C'est bon , je vais y réfléchir... mais vous ne serez pas longtemps , pour que nous puissions reprendre.

Soyez tranquille. .. en même temps , je commanderai le punch. ( Lui ouvrant la porte du fond). Tenez, voilà le chemin du parc, bien.,, vous descendez , c'est cela... prenez garde de vous casser le cou.

SCÈJNE ÎTI.

GUSTAVE, 5eu/.

Je suis très-content de mon élève... un joli sujet qui me fera cle l'honneur , et qui en attendant, m'aura fait passer gaiement mia dernière soirée.

LÉON , qiCon voit à travers la croisée passer sur la terrasse.

Oh! le beau clair de lunel... {A Gustave ). Vous ne serez pas longtemps.

GUSTAVE

Je vais boiie à votre santé , et à vos succès futurs.

Air : Dans un castel dame de haut lignage.

Que la folie à table m'nccompagne, Jp vais eufin quitter ce vieux dr»nion . Pour mes adieux. . . allon; force Champagne; Car je l'adore. . . et surtout en prison. . . Vin bienfaisant, par ta mousse légère.

Au prisonnier tu donnes la g.îté. . .

Tu viens encor lui fermer \h paupière; Et tu lui fais rêver la liberté.

( // sort en riant par la porte qui se referme sur lui), SCÈNE IV.

Za porte à gauche j s'ouvre j et Mathilde paraît. MATHILDE, à sa femme de chamhie qui ne parait pas.

N'avance pas , Anna , je t'en prie , mon mari n'aurait qu'à nous reconnaître, il n'y aurait plus de surprise; rentre, et prépare celte chambre. {La porte reste ouverte ). Pose là mes carions, ma guitare... (^e//e-wewe). Ce cher Gustave... oh! c'est que j'ai une tëie aussi , moi !... et je veux lai prouver que j'étais cligne d'être la femme d'un colonel de hussards!... si je l'avais su plutôt, je serais venue partager sa captivité... mais ne pas m'écrire... pas une seule lettre depuis huit jours... il devait bien se douter que je n'y tiendrais pas, que je prendrais la poste, que je viendrais moi-même savoir de ses nouvelles... et j'en ai appris de jolies... en prison depuis huit jours... voilà donc son appartement... ce n'est pas joli une prison... ça ce vaut pas noire petit salon de la rue du Helder!... c'est une horreur , une injustice d'y envoyer le plus aimable, le plus joli garçon de l'armée... et puis enfin, un homme marié... si j'étais à la place de Gustave , je sais bien ce que je ferais... jedemandei ais ma retraite , je quitterais le service , et je ne quitterais plus ma femme... (^écoutant) Hein I... ah! mon dieu , j'ai cru que celait lui... non... non personne... Anna, Anna, tenez , vous donnerez cette bourse à madame Doucet , la feoiujâ

du concierge!... Cette bonne Margueritte , mon excellenié nourrice! j'étais bien sûre qu'elle me donnerait les moyens de surprendre mon mari 3 cette porte dont j'ai seule la clef, c'est charmant... il me croit à 80 lieues de lui... aussitôt que tout le monde sera endormi , au milieu de l'obscurité , j'ouvre la porte secrète... et comme une fée bienfaisante qui prend pitié de sasoliivide... je viens le consoler de l'injustice du sort... et d'abord pour commencer , une musique mystérieuse.

Air : Celle quej 'aime tant.

Qu'une douce harmonie en cette erreur le plonge î

Peut-être de mon nom ces murs ont retenti :

11 levait à Malhilde, et je veux aujourd'hui

Qu il retrouve au réveil ce qu'il voyait en songe.

Ah! ah! j'oubliais cette fenêtre... si elle pouvait me servir. (^Elle s' approche) ; elle donne sur une terrasse... ah ! comme c'est triste... il y a quelqu'un... un officier... si c'était lui... ( Elle s'avance d'avantage) non... oh! Gustave est bien mieux... plus grand... eh ! mais, comme il me regarde.

Air: Vaudeville de Turenne.

Voj'ez donc quelle impertinence'.

Il se place encore plus près. . .

Quoi ! . . . des signes d'intelligence ! Eh! mais quels sont donc ses projets?

Il en conterait, j'imagine, A la femme d'un colonel .. • Un lieuteuant. . . mais juste ciel Que devient donc la discipline?

(Elle sort par la porte secrète. )

scÈrsE V.

LEON, accourant.

{Il arrive essoujfflé , s' arrête ^ et regarde de tous les côtés).

Elle était là... je l'ai vue., oh! oui, c'était bien elle... je l'ai parfaitement reconnue... par oiz s'est-elle échappée?... qui peut l'avoir inlioduiie dans la tour?... qui ramène ici?... si

c'était... oli! non : par exemple, il y aurait de quoi en perdre la tête de bonheur.

( On entend sur la guitare j accompagnée par l'orchestre, la

ritournelle de l'air suivant. )

Qu'entends-je? elle est là.

(^Montrant la prison à gauche. Il va écoutera la porte , et

témoigne la plus vive émotion.

SCÈINE VI.

LÉON, GUSTAVE, unjlambeau à lamain.

GUSTAVE , ayant l'air de saluer d'autres prisonniers. Bonsoir , messieurs , bonsoir!... il n'y a qu'en prison où l'on boit du bon vin de Champagne.

LÉON

Ah! c'est vous, colonel!

GUSTAVE

Oui 5 c'est pour vous que j'en suis resté à ma seconde bouteille.

LÉON , lui faisant signe de la main.

Silence! ne faites pas de bruit.

GUSTAVE

Qu'est-ce que c'est donc?

LEON

Imaginez-vous, colonel, imaginez- vous... une femme. GUSTAVE.

Une femme... eli ! bien, ne tremblez donc pas comme cela. ^

LÉON

C'est que je l'ai vue...

GUSTAVE

Où donc?

LEON

Ici... dans cette chambre... celle que j'aime.

GUSTAVE

C'est impossible... il croit voir des femmes partout.

( On entend un nouveau prélude ).

LÉON

Ecoutez.

( Même motif que le prélude de guitare ).

Air : Las ! j 'étais en si doux serua^e.

Ensemble.

Quelle aventure singulière! . .

Ce signal fait battre mon cœur. . .

Est-ce à J™?* qne l'on cherche à plaire? |hii

Et que l'on promet le bonheur?. .

( Ils se regardent l'un et Vautre ).

Hais il se trompe, je le voi ; 1 ,. Et l'inconnue esL là pour moi. J

Pour moi,

Pour moi.

LÉON

Comment , colonel , vous pensez que ce n'est pas pour moi qu elle est ici ?

GUSTAVE

Il y a de fortes raisons contre... mais enfin dans le doute , attaquons toujours... et nous verrons bien... au plus adroit.

LÉON

Auplus adroit... au plus adroit... cela n'est pas généreux... comment voulez-vous que moi qui commence.

Raison de plus... cette campagne-là vous formera bien mieux que tous les traités élémentaires... la théorie est trèsbonne... mais il n'y a rien comme la pratique... vous allez voir.

LÉON

A la boi^ne heure , mais vous devriez me laisser essayer seul , parce que vous qui avez une femme. .

GUSTAVE

Mon ami , ce sont des considérations en théorie . . . mais en pratique ça ne dit rien... ainsi attention! Chacun pour soi... la campagne est ouverte.

LÉON

Ah! mon dieu , mon dieu ! colonel ! encore un mot... qu'estce que vous me conseillez de faire?

GUSTAVE

Parbleu !... si je vous le dis , le beau mérite.

LÉON

Non , c'est seulement pour commencer... après j'irai tout seul.

GUSTAVE

Je croîs que dans les principes, il faut d'abord sommer la place de se rendre ; vous verrez cela au chapitre 3'"%

LÉON

Oui... au CHAPITRE 3""*. , des billets doux et des décla* rations.

GUSTAVE , s'asseyant.

Je suis déjà en train de composer mon manifeste.

LÉON , se mettant à la table.

Eh! vite, mettons-nous à l'ouvrage.

DUO

Air : Tigre femelle. ( d'un à Paris ).

LÉON

Belle inconnue.

Ta douce vue £st tout pour moi :

Mon âme émue Tremble, je croi.

D'amour, d'effroi.'

GUSTAVE

Beauté tigresse, Que ma tendresse Ke peut toucher :

Beauté tigresse.

Cœur de rocher.

LÉON

Sans espérance, J'aurai toujours Mêmes amours.

Même constance.

GUSTAVE

Vois un cœur tenflro Qui brûle hélas !

Mais qui n'a pas Le temps d'attendre.

Qu'entre nous deux Ton cœur prononce !

Que ta réponse Soit dans tes yeux.

GUSTAVE

Vas, ne crains rien, Vite prononce :

Mets ta réponse Dans mon colback. Oui, c'est fort bûu!

Ensemble.

LEON

Que ta réponse Soit dans tes yeux.

Belle inconnue, Ta douce vue Est tout pour mol :

Mon âme émue Tremble d'effroi :

Sans espérance, J'aurai toujours Mêmes amours , Même constance.

Qu'entre nous deux Ton cœur prononce ; Que ta réponse Soit dans tes yeux.

Fort bien , c'est admirable !

Quand elle me lira , Son cœur s'attend;-ira,

Palpitera.

Avec ce billet doux , J'aurai mon rendez-vous.

Ah! oui vraiment.

Oui, c'est charmaut.

Dans mon colback.

Dans mon colback.

Beauté tigresse Que ma tendresse Ne peut toucher :

Beauté tigresse.

Cœur de rocher.

Daigne ra'entendre; Vois un cœur tendre Qui brûle hélas !

Four tes appas ; Mais qui n'a pas Le temps d'attendre.

Oui , sans mic-mac.

Vite prononce.

Mets ta réponse Dans mon colback.

Fort bien, c'est impayable!

Quand elle me lira.

Sa porte s'ouvrira ; C'est comme si déjà J'avais mon rendez-vous.

Ah! c'est charmant !

Oui, c'est chùriiiant.

LÉON , qui a ployé sa lettre.

Maintenant comment faire parvenir... si je pouvais gagner le geôlier , et l'eftgager à remettre ce billet.

GUSTAVE , ployant sa lettre ^ et regardant en dessous. Il faut cependant tacher de m'en dcl);"rrasscr.

LÉON , à part.

Le plus lerril'.le , c'est qu'il est toujours là — s'il s'en allait !

GUSTAVE , se levant. Ah! ça, mon jeune ami, est-ce que nous ne nous couchons pas de bonne heixre au régiment?

LÉON , <"c mcme.

Si vraiment , et vous colonel ?

GUSTAVE

Ohî moi, non : je ne rentrerai pas encore.

( Il s'assied sur son fauteuil^ auprès de la table ).

LÉON

Ni moi , non plus.

{^11 s'assied aussi sur une chaise de l'autre côfe). GUSTAVE.

Il ne faut pas que ce soit par politesse, ne vous g^nez pas, mon lit de camp est là dedans.

LÉON

Non... non... je vous attendrai.

GUSTAVE

Je vois que vous êtes pour la guerre d'observation . . (à part) il ne'me quittera pas : si je pouvais l'endormir avec mes campagnes d'Allemagne.

LÉON, à part.

Ohî la bonne idée... une fois sur le lit de camp, le vin de Champagne qu'il a l)u... ce ne sera pas long... et pendant son sommeil., {haxtt, il se lève). Ma foi , mon général , j'ai beau regarder, reunetni ne se montre pas, et je crois qu'il n'y aura rien à faire ce soir...

GUSTAVE

Je le crois aussi , et nous ferons bien de battre en retraite* •• et de remettre l'attaque à demain matin.

LÉON

Ainsi donc . suspension d'armes.

GUSTAVE

Suspension d'armes 5 et allons nous coucher.

DUO

Air Nouveau de M. Gianicrt Ensemble.

A'Ions sans défiance Tm'ous livrer au sommeil ; Car la guerre commence Au levei du soleil.

etSTAVE , à partj apperce\^*atu de la lumière à la lucarne

à gauche.

Ciel! de la luniîèrc;

( Feignant d'écouter du coté de la fenêtre à droite ). Ecoutez:

LÉON, Quoi donc?

Gustave.

Taisons-nous.

Quelle voix doucje et le^jère., Une guitare, entendez-voui?

LÉON

Une guitare. . .

( Léon se précipite vers la fenêtre à droite ^ et pendant ec temps j Gustave jette son billet par la lucarne à gauche ).

Eh! non quelle chinièie, Je u'aÏBen, entendu.

Qiioi, vous n'avez rien entendu?

LÉON , revenant de la croisée.

Eli! non quelle chimère, etc.

Ensemble.

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