LÉON, GUSTAVE
GUSTAVE , se frottant les yeux.
Dieu me pardonne , en voulant l'endormir , je crois que j'ai fait un somme , et voilà que l'ennemi est déjà sur pied... dites donc , mou jeune ami , est-ce que vous êtes somnambule!
LÉON
Mon dieu non , c'est qu'il m'e'tait impossible de rester en place.
Je conrois ra... vm début.
Air : L'amour q{i,' Edmond a »u me taire.
Si le sommeil fuit sa paupière , C'est qu'une femme est ici près ; Voilà l'effet d'une première affaire, Ces conscrits ne dorment jamais :
Ils veillent par inquiétude, . .
Mais un vétéran, un mari, Depuis longtemps a l'habitude De dormir près de l'ennemi.
LEON
L'^ennemi, je n'y songe plus... oliî mon dieu, ce n'est pas; à un écolier à se mesurer avec son raaitre... mais puisque vous dormiez si bien , pourquoi donc étes-vous venu ici?
GUSTAVE. -
Ab ! c'est que... c'est que j'avais oublié mon colback,.. je né^ puis pas dormir sans lui.
LÉON , à part.
C'est bien cela... morbleu.
GUSTAVE
Hein?., il me semble que vous jurez.
LÉON
Moi ! colonel?..
GUSTAVE
A la bonne heure, au moins... vous vous formez... jV'tais sûr qu'on ferait quelque chose de vous, (^prenant le colbach ^ à part). Je liens la réponse, [haut). Encore une leçon comme celle ci , et votre éducation sera bien avancée... LÉON , auec malice.
Oui... je crois que je commence.
( Pendant ce temps j Gustave s'approche de la table ^ tourne le dos à Léon , et déroule le billet. GUSTAVE , lisant.
K u4 minuit j sur la terrasse. ■» ( A part ). A merveille, mais comment pourra-t-elle me rejoindre ?. .. Il y a sans doute quelqu'escalier secret... d'ailleurs, l'amour y pourvoira. ( Haut) Ah I ra , camarade, ( mettant son colback sur sa tête ). maintenant que j ai ce qu'il me faut , je retourne achever mon somme , quant à vous... je crois que vous serez bien
LÉON
Oui, moi qui ai vm sommeil agité... je vous empêcherais de dormir.
GUSTAVE
Et moi , donc... je ronfle quelque fois !!!
LÉON
Je conçois... nous nous ferions du ton , ainsi chacun pour soi.
Air ; Mais en amour , comme à la guerre . ( Fragment des Rendez-vous bourgeois )•
Il est dupe de ce mystère , Ne disons rien, laissons-le faire; Car en amour comme à la guerre Un peu de ruse est nécessaire.
( Léon s'étend dans un fauteuil).
GUSTAVE
Dormire?;-vous bien là?
Mon dieu , je dors déjà.
GUSTAVE
Surtout, mon cher élive,
Si quelque mauvais rêve Vient encor vous troubler, N'allez pas m'appeler.
LÉON , souriant.
Merci de ce zèle, Mais je Be crois pas que j'appelle.
LÉON
Il est dupe de ce mystère, Ne disons rien, laissons-le faire, Car en amour comme à la guerre Un peu de ruse est nécessaire.
Au revoir
Ensemble, \ onsoir.
GUSTAVE
Quoique je ne le craigne guère, Pour qu'il ne puisse me distraire, Enl'crmons-le, car à la guerre, Un peu de ruse est nécessaire.
Au revoir
Bonsoir.
( Gustave sort en emportant la bougie , et on l'entend fermer la porte à double tour).
SCÈINE X.
LÉON , seuL
Eh! bien , il me laisse sans lumière... il m'enferme... c'est égal , le champ de bataille me reste , je suis encore tout étonné d'avoir pu le mettre en défaut , j'ose à peine croire à mon triomphe 5 oui , il est là bas à se morfondre , et c'est ici qu'elle va venir!... Elle va venir... oh! j'ai une peur... et jamais mon cœur n'a battu ainsi... que vais-je dire? Comment justifier une pareille hardiesse?... Si elle se fâche... ah ! mou dieu! Pourquoi ai-je surpris ce rendez-vous? J'ai envie d'appeller le colonel, do lui tout avouer... mais c'est pour le coup, qu'il m'appellerait un écolier, qu'il rirait de ma faiblesse... ( Cherchant à s'enhardir ). Allons du courage... oui , tant-pjs , j'en aurai... voilà que j'en ai ! je crois entendre du bruit... non , non... ce n'est pas encore elle... c'est que c'est terrible... se
trouver ainsi t(5te-à-tete , et pour la premi(^re fois Je ma vie... oh! si elle pouvait ne pas venir... la porte s'ouvre. .. c est fini je suis perdu,