SCENE PREMIÈRE
ADOLPHE, en uriSforme français ^ à dix)ile du théâtre ^ assis sur un sopha , INATHAiN-joar/e à ses conuiiisei à ses esolaves.
I]STROI>U€TIOK.
CHOEUP^.
Dès le-point du jour à l'ouvrage,.
Travaillons tous avec courage Et redoublons d'efforts.
NATHAN
Quel état plus digne d'envie ! . .
L'exactitude et l'industrie.
Voilà les vrais trésors,
ADOLPHE , les regardant.
Seigneur Nathan. . .
NATHAN , à ses commis^ désignant des hallots. Pour la R-ussî-e...
(^ à Adolphe). lé suis à vous, seigneur français... ^ à ses commis). Ceux-ci pour Vienne et l'Italie.... Là , pour l'Espague et les Anglais. . , Puis ces schalls brillans pour la France... ( à Adolphe \. Seigneur. . . un peu de patience. . .
ADOLPHE , s' étendant sur le sopha.
Oh! j'attends avec patiente!..
Oiii, tout en ces lieux
Vient rharmer les yeux,
On se croit en France !..
Pour un commerçant,
Quel séjour bnllaïul
CHOEUR
Dès le point du jour à l'ouvrage, Travrtiilons tous avec ''ourage
Ef redoubliin.-; d'efforts !..
Quel état plus digne d'envie!..
J^'exact'fude et l'industrie,
Voild les vrais trésors,
UN ESCLAVE NOIR, basa jiclolphe et lui donnant un rouleau
de papier.
C'est de la part de ma maîtresse...
ADOLPHE
L'aimable fille de Nathan?.,
l'esclave , bas.
Elle est dans la tristesse.
ADOLPHE
Dans la tristesse?.,
l'esclave.
Au destin fâcheux qui l'attend.
Que votre bonté s'intéresse...
ADOLPHE
Comment...
l'esclave.
Chut... chut... soyez discret tl gardez-nous bien le becret...
ADOLPHE
Mais...
l'esclave.
Lisez... et soyez discret...
( Il s'échappe).
ADOLPHE, à lui-même en souriant.
Oh! je devine son secret...
( // 'va pour décacheter le papier ).
NATHAN, venant yrès de lui.
Seigneur fiançais de l'indulgence, t'ucore un peu de patieiicp.. .
ADOLPHE , avec intention et regardant le billet en dessous.
J'ai de quoi prendre patieacej Tout en ces lieux Clidnne les yeux. . .
CHOEUR
De.« le point du jour à l'ouvrage, etc.
( A partir de ce moment Nathan ne quitte plus Adolphe ^ de manière qu'il ne peut lire le papier que l'esclave lui a remis ) .
ADOLPHE , se levant.
Eh! bien, mon cher, aurez-vous bientôt fini avec vos ballots et vos marchaudiscs.
ISATHAN.
Je suis à vous, seigneur Français... vous n'ignorez pas combien j'ai de respect pour vous et pour tous les officiers atlaclies -à lambassade... ( Aux esclaves ). Prenez donc garde de rien ^bimer... ( yl Adolphe ). Ce sont des tapis de notre pays que j'expédie pour la Poloi^ne et l'Allemagûe , et vous savez...
ADOLPHE
Oui, je sais que vous êtes négociant... cela suffit... mais comme je venais vous parler d'affaires...
NATHAN
Asseyez-vous donc... je vous en prie... Holà, quelqu'un... Vous prendrez bien des ralTraicliissemens.
ADOLPHE
Volontiers , si vous me tenez compagnie.
NATHAN
Que vousoffrirai-je?.. du cale., des sorbetsl... deropiuui?..
ADOf.PUE.
De Fopiuni... fi donc !.. C'est l'usage le plus extravai:.' nt . Vous autres Persans ou Turcs, necoiinaissez que voire opium., c'est ce qui vous rend lourds et pesans... c'est le tl;e des Anglais ! ( Prenant la bouteille d'opium ^ et. la niellant sur wt meuble à cuté ) I\elraut;he pour aujourdliai... !Naus mutons
ce qui inspire Fesprit et la gaîte'... Du vin de France... par exemple...
NATHAN
Je n'en ai pas une seule bouteille chez moi...
ADOLPHE
J'aurais dû m'en douter,.. Allons , je me contenterai de ce sorbet... Je vous disais donc , seigneur Nathan- ( Prenant dit sorbet). A propos... vos petites esclaves... à qui je donne des leçons de danse et de musique... comment vont-elles? Savezvous qu'elles ont des dispositions,., el que nous en ferons quelque chose...
NATHAN
Oui... mais vous disiez tout à l'heure... Est-ce que les Français se disposeraient à partir... C'est que voyez-vous , cela aurait fait hausser les cachemires... à cause des commaades.».
Allons donc ! . . . Est-ce que vous n'êtes pas content de nous par hasard... Depuis un mois que nous sommes à Ispahan... pour discipliner vos troupes et les exercer... ne nous en sommes nous pas acquittes en conscience... Droite... gauche... pas accélère... nous vous faisons manœuvrer l'infanterie Persanne... à la Française... Et avant qu'il soit deux mois., vous aurez appris gratis à vous battre... c'est quelque chose... il y en a à qui nous avons fait payer nos leçons plus cher...
NATHAN
Sans contredit... mais ne puis-je savoir... quel était le sujet important pour lequel vous venez aujourd'hui de si bonne heure...
ADOLPHE
Comment... est-ce que je ne l'ai pas dit...
NATHAN
Du tout... voilà une heure que nous causons sans que vous ayez abordé la question.
ADOLPHE , riant.
Vraiment... c'est impayable... et j'en rirai longtemps..; imagiuez-vous, mon cher, qu'il y a un très-grand danger qui vous menace... ils sont dans les environs une bande de Tartaresmaucboux... ou de baskir^j , ou de cosaques... tout cela
c'est de la même famille , qui depuis quelques jours se soni avisés de ravager le pays, et comme cette maison de campagne était un peu isole'e , je venais vous avertir. .. Eh ! bien, qu'est-ce que vous avez donc , vous changez de couleur.
NATHAN
Ce n'est pas pour moi...
ADOLPHE
J'entends bien... votre famille...
NATHAN
Non, mon ami., mais mes marchandises, mes tapis de Perse., et en outre, une caravanne que j'attends de Casan... deux cents chameaux richement chargés! des laines du Thihet... première qualité... si encore ces Tartares avaient les moindres notions du commerce... si en leur abandonnant un pour cent pour droit de commission. ., je vous en prie, seigneur Français, ne riez pas comme cela... là sérieusement, croyez-vous qu'il y ait du danger...
ADOLPHE
Eh! sans doute par votre faute .. vous avez l'imprudence de gagner tous les jours des sommes immenses... vous vous avisez d être plus riche à vous seul que tous les Nababs de l'Inde... Je ne vous parle pas de ce palais , de ce temple magnifique , de ces jardins enchantés , à voir le luxe qui brille ici , on ne sait si Ton est chez un marchand , ou chez un prince !...
Sous ces ombrages toujours frais , D'un charme heureux l'àrue est rjvie, Et tous les trésors (îe l'Asie Sont réunis en ce palais. . .
D'un œil d'envie on les regarde, Je connais plus d'un amateur.
Ah! prenez garde, prenez garde.
Il vous arrivera malheur.
Plus belle que le plus beau jour ; Plus fraîche que la fleur naissante; Votre fille, aimable et charmante, Fait un templ« de ce séjour.
D'un œil (l'amotir on la regarde.
Je connais plus d'un amateur...
Ah! prene?: garde, pi-enez garde, Il vous arrivera malheur.
Vous m'avouerez que tous ces trésors là peuvent tenter bien des gens... Moi j'en connais qui ne sont ni Tartares, ni cosaques , et qui s'en accommoderaient bien!...
NATHAN
Il me tarde de voir ma fdle établie, et si je connaissais seulement quelqu'un qui fut aimé d'elle.
ADOLPHE , souriant.
N'y a-t-il que cet obstacle là qui vous arrête... Tenez et lisez...
NATHAN
Que vois-je , le cachet de ma fille...
ADOLPHE
Je n'ai point lu encore ce billet , puisqu'on vient de me le remettre... Mais si vous voulez que \c vous le dise, je me doute dvi contenu... et voilà pourquoi je désire que ce cachet soit rompu par une main paternelle.. Soni-ce là des procédés.
NATHAN
En vérité je n'en reviens pas de ma surprise. ( Lisant ).
ADOLPHE
Allez... je vous écoute. .
NATHAN
Seigneur Français , a !Ma démarche va vouspnraître bien hardie , mais j'ai tou- 's jours entendu vanter votre g('nérosité. »
ADOLIHE.
C'est charmant...
NATHAX.
« Pendant le dernier vova^'^ cpie fit mon père vers les con- » lins de la Taviarie , moi et imcn j'emmes restâmes renfermées » dansCasan , et le jour où celle ville fut prise par les Russes; » ce fut un de mes compatriotes , un officier des gardes du » Sophy 5 qui nous sauva et flionueur et la vie. »
ADOLPHE
Hein!.. c{u'csl-cc que c'est (jue cela... un oÛlcier. NATHAN, lisant.
K Depuis , je ne l'ai pas revu... J'ignoi'e s'il n'a pas clé vic- » lime de son courage... vous seul pouvez vous informer de » sofisorr. .. vous ëies trop ge'uereux vous-même, pour Màmcr « rexc\sde ma reconnaissaiice... Mais d'autres peul-clrcpour- » raient 1 interpréter diiréremment, ainsi , je vous en supplie, » u en porltz ni a mon père, ni a j :.-;:iric au 7Konr^^^ ; je » uVcu rapporte là dessus à la prudence et à la discrclion bien » coiiuue des personnes de votre nation... »
ADOLPHE
Ali ! mou dieu... qu'est-ce qiie j'ai foit là.