SCÈNE VII
Les Mêmes , FATMÉ , ZULÉMA , Troupe d'odalisques qui
sortent de tous côtés , et qui entourent Nadir et Balachou ;
plusieurs gondoles dorées s'avancent sur les bords ducanalf
elles sont conduites par des Houris.
CHOEUR
Viens, cher Natlir, . .
Par le plaisir Et la folle, Que cette vie Soit embellie; Et que tes jours,
Exempts de peine, Forment une chaîne Dont les amours Charment le cours.
BALACHOU.
Mais quelle fête Ici s'apprête?
NADIR
Que voulez-vous ?
zulÉma.
Fartons... suis nous; Obéis au prophète...
fatmé.
Notre amour et nos vœux Te suivront en tous lieux.
CHOEUR
C'est l'heure de la fête.
NADIR , avec distraction:
Une fête. . . une fête. . .
Ici l'on ne voit que cela. . .
( à Balachou ) .
Il faut partir. . . attends-moi là, , , Mais je prévois que cette fête , Et les houris et le prophète , Ne pourront chasser de mon cœur £t Zéneyde et ma douleur.
CHOEUR
Fartons. . . c'est l'heure de la fête.
Nadir monte dans une gondole , avec plusieurs femmes ; Fatmé et Zuléma j suivies des Houris , l accompagnent sur les bords du canal , en chantant et en dansant ).
CHCœUR.
Vieni, cher Kadir,
Var le plaisir
Et la folie,
Que cette vie
Soit embellie,
£t quêtes joura,
ExempU de peine.
Forment une chaîo»
Dont les amours
Charmant le cours. ( lia disparaissent).
( ¥"> ) SGÈPvE \\U.
BALiiCnOU, seul.
Seigneur Nadir, ne soyez pas long-temps... je ne tonnais pas les êtres... il est déjà bien loin 3 ad!., me voilà doue en paradis... le diable m'emporte si je m'y attendais... quoique bon Musulman dans l'ame, je n'ai pas toujours suivi très-exactement tous les préceptes de l'Alcoran. ( A voix binse). Pour du vin... je ne ui'eu suis jamais fait faute... et même dans le temps que le seigneur Nadir mon maître avait des sequins , j'ai ide'e que nous partagions quelque tois à son ins<;u.. ( Se retournant et à voix haute ). Mais du reste... on le sait puisque me voilà... et la seule chose qui m't'tonne ici, c'est d'abord de m'y voir , et ensuite de n'y pas rencontrer certains dévots personnages de ma connaissance.
Premier Couplet.
Je n'y vois pas ce radi qu'on renomme j
Je n'y vois pas notre illustre visir;
Je n'y voi5 pas notre iinan , ce saint homme
Qui récemment s'était laissé mourir ,
Lui, dont les jours s'écoulaient à rien faire.
Lui qu'on citait dans notre ville entière
Et comme un juste et comme un bienheureux. . .'
Je vois enfin que tout est pour le mieux!
Puisqu'ils ont fait leur paradis sur terre ,
Ils ne pouvaient le trouver en ces leux!
Deuxième Couplet.
Et moi!. . grands dieux! qne les destins avares
En me créant avaient privé il e tout j
Dévalisé, battu par les tartar«s.
Jeûnant souvent et rarement par goût !
Traînant, obscur, ma pénible carrière;
Et pour sortir enfin de ma misère ,
Parfois coquin et pourtant toujours gueux!. .
Ah! le propUèie est juste et généreux l
N'ayant point eu de paradis sur terre ,
Je devais bien le trouver en ces lieux.
Ici au moins on est à Pabri des Tartares... on n'a pas à à craindre comme là bas , des rencontr^îs fâcheuses. ( // ap-
perçoit Sa-hah et Hours-han , qui passent leur tête à travers un buisson j et regardent de tous cotés ). Ah !... Mahomet... qu'est-ce que je vois h\... ( Tremblant et se cachant). C'est incroyable, voilà deux élus... qui ressemblent comme deux gouttes d'eau!., à mes coquins d'hier au soir...
SCÈINE IX.
BALACHOU, SA-IIAB, OURS-KAN, s avançant avec
précaution :, ils sont vêtus en Tartares ^ barbes épaisses,
turbans de couleur j larges cimeterres au coté.
SA-HAB , à Ours-han.
Ne l'avance pas trop... nous ne sommes pas en force...