SCENE PREMIERE
BROUNN , ALTRIR.
BROUNN.
Entre, repose-toi aujourd'hui, car demain il faudra reartir.
ALTRIK.
Déjà, monsieur Brounn!.. Je croyais que vous m'aviez fait venir d'Ecosse pour occuper une place dans ce château , dont vous êtes l'intendant.
BROUNN.
A toi , un emploi sédentaire... fi donc.
Air : Qu'il est flatteur d'épouser celle.
C'est une place trop commune, Tu mérites d'aller plus haut.
ALTRIK.
C'est vrai, car pour faire fortune.
Je possède tout ce qu'il faut. . .
J'ai du respect pour la puissance.
De l'esprit, des talens heureux.
Et surtout une conscience Dont je fais tout ce que je veux.
BROUNN. Je le sais... aossi j'ai parle' de loi à mon maître.
ALTRIK.
Quoi ! je serais au service de milord Sherbary , de ce riche
seigneur !
BROUNN.
Oui , c'est lui qui te paie , mais c'est moi que tu serviras»
ALTRIK,
Ah! diable ! ce n'est pas la même chose... parce qu'il y a plus d'honneur à obéir au maître.
BROUNN.
Imbécile.
Air : Vaudeville de l'homme vert.
L'honneur n'est rien en cette «ffaire... Dai'S un état tel que Ir tien , Il faut voir le pain qu'on espère , Et compter la gloire pour rien; Un valet qui sait s'y connaître, Prend sa part de gloire... en argent; Et)'' <ziB même pltis u'un maître Qui quelquefois eu fait autant.
ALTRIK.
Eh! bien soit... de quoi s'agii-il?
BROLNN.
D'emmener avec toi , dans le nord de l'Ecosse , une petite fille que je vais le confier , et de la garder pendant quelques mois.
ALTRIK.
Pas autre chose ?
Non.
BROUNN.
ALTRIK.
J'entends , et quelle sera dans cette affaire-là ma part de gloire ?
BROUNN.
Cinquante guinées ! comptées dans celte bourse , et que je te donne d'avance, de la part de milord Shcrbury.
ALTRIK.
Cinquante guinées!.. Pour emmener seulement avec moi une petite fille?..
BROUNN.
Oui... une orpheline de dix à douze ans... j'espère que c'est bien payé...
ALTRIK.
C'est selon... sic'est seulement pour les frais du voyage,
c'est trop , mais s'il y a des risques à courir , ce n'est pas assez, il me faut d'autres explications.
BROUNN.
Cela m'est défendu.
ALTRIK.
Alors , rien de fait ; moi , j'aime à raisonner , et à me rendre compte , et si jamais je suis pendu , je veux savoir pourquoi.
BROUNN.
Est-il curieux!.. Eh! bien , voyons, puisqu'il le faut absolument , qu'est ce que tu demandes?
ALTRIK.
D'abord , qu'elle est la famille , les parens de cette jeune fille?
BROUNN.
Elle n'en a plus , ou c'est tout comme. Son père et sa mère, qui avaient suivi le parti du prince Edouard, ont été exilés d'Angleterre , et ne peuvent y rentrer , sans s'exposer à être arrêtés.
ALTRIK.
C'est bien , de ce côté là , il n'y a rien à craindre... je suppose que selon l'usage, leurs biens ont élé confisqués.
BROIjNN.
Non , le Roi a voulu qu'ils fussent conservés à leur enfant, qui , par ce moyen , aura à sa majorité une très- grande fortune.
ALTRIK.
Ah! elle est riche!.. Elle doit avoir alors des amis , des prolecleurs...
BROUNN.
Pas d'autres que milord Sherbury, mon maître, qui est ù la fois son grand oncle et son tuteur.
ALTIWK.
Et qui veut la faire disparaître eu secret?.. Pourquoi ?
BKOL'NN.
Cela ne te regarde pas ! ce sont des affaires de famille dont il est inutile que tu sois instruit, et dès qu'il n'y a pas de danger , tu peux bien agir sans connaissance de cause.
ALTRIK.
A la bonne heure... mais alors je prendrai plus clier.
BROUNN.
Comment! tu n'es pas assez payé?
ALTRIK.
Non , sans doute.. . moi je tiens à l'estime et à la confiance , et si ou ne m'en accorde pas , il faut que ce soit comme pour la gloire, qu'on me donne ma part eu nature.
BROUNN.
Air : Ces postillons.
C'est étonnant et depuis que j'exerce, Je n'ai pas vu d'esprit plus exigeant.
On ne sait jias combien dans le commerce. Ces gaillards-là se vendent maintenant !
Oui celte hausse m'inquiète ,
Les consciences, sans mentir.
Sont hors cie prix...
ALTRIK.
Dam ! tant de monde achète, Cela fait renchérir.
BilOUNN.
\ iens donc ici!., puisqu'il faut tout te dire: milord Sherbury, mon maître, qui a été désigne par le Roi comme tuteur de miss Juliette , avait été autrefois partisan du prince Edouard... Après la défaite de celui-ci , il s'est trouvé , je ne sais comment, avoir été toujours dévoué au roi George ; et dans ce moment... ( à voix basse ). Cela , il m'est permis de le le confier , parce que miloid aura besoin de toi... Dans ce moment, je crois qu'il clierclie le moyen d'être fidèle à un iroisièmo , et il aiteudaii ii-auquillement l'issue de ce projet, lorsqu'il s'apperrut qu'il avait dans sa maison un espion, d'au'ant plus dangereux , qu'il était impossible de s'en défier... C'était miss Juliette, sa pupille, jeune personne de douze ans, (jui pour l'esprit et la curiosité, vaut à elle seule toutes les petites filles du royaume? et qui eu outre , déteste déjà son tuteur comme une personne raisonnable.
ALTRIK.
Qu'importe la haine d'un enfmt de cet âge?
BRODNN.
Elle peut-être fort nuisible à milord , car le prince qui fi'in.'iii (quelquefois amusé des réparties de cette peiite fille, deiiiHiidaii souvent de ses nouvelles, on fut obligé de lui répoudre qu'une fièvre dangereuse s était déclarée, que le moral même de 1 enfant s'en était ressenti , et que cette miss Juliette , jadis si aimable et si spirituelle, était dans un état de démence et de faiblesse... Le Roi semblait l'avoir oubliée, lorsqu'avaut liier , il dit à milord ; « nons chasserons après-de- » main dans les environs de votre terre de Binon , je veux 3» rendre visite à votre pupille, savoir combien elle est changée, » et voir surtout si votre pauvre petite folle me reconnaîtra.» Tu juges de f effroi de monseigneur.
ALTIUK.
Je comprends maintenant; il veut l'éloigner pour éviter la visite de sa majesté... Je m'en chargerai... bien entendu que milord m'assure de sa protection.
BROLNX.
Je suis sa caution. , du reste , nid danger j il n'y a dans ce château que moi et Mac-Derbie , le vieux concierge , à qui j'ai donné ordre de ne laisser entrer personne.
( On entend la fanfare qui sert de ritournelle au duo suivant ),
ALTRIK , regardant par la fenêtre.
Ecoutez... j'entends un bruit de chevaux... voilà le pont-levis qui s'abaisse.
DUO
( Fragment du premier duo d'Adolphe et Clara ).
BRODNN.
Bon! cVst ma jeune demoiselle, Je ne l'attendais pas si tôt.
ALTRIK , regardant par la fenêtre.
Non sur ma foi... ce n'est point elle...
BROUNN.
Que dis-tu?
ALTRIK..
Regardez plutôt.
BROUNN , regardant.
Une paysanne jolie.. .
ALTRIK.
Qu'un seigneur élégant conduit.
BROUNN , faisant le geste de refuser.
Pourvu du Dioins que Mac-Derbie Le. congédie.
ALTRIK.
L'autre commande. . . il cède. . . il obéit. . .
BROUNN , regardant.
C'est sir Arthur. . . je demeure interdit.
ALTRIK.
Quel est cet Arthur , je vous prie?
BROUNN , troublé.
Eh! mais, c'est le fils de roilord.
ALTRIK.
Bon !.. n'est-il pas de notre bord?
BROUNN.
Du tout, il n'en est pas encor.
Même il ignore de son père Les projets et les sentimens...
D'un chevalier de l'ancien temps Il a le noble caractère.
BROUNN ET ALTRIK.
Mais dans ces lieux que vient-il faire i* Pourquoi ce voyage soudain?
Cachons-lui bien notre dessein Et tous les projets de son père ; Que vient-il faire ?
BROUNN.
Il ne pouvait arriver plus mal à propo.s. Silence , le voici.