SCÈNE XII
LE COMTE
Monsieur, je le vois, est le caissier de M. Godard?...
M. DURAND
Mais à peu près. ( Lui donnanl des hilletsde banque. )
Ybus voyez que c'est loul comme ou plutôt j'ignore ce
que je ne suis pas dans la maii^on car, dieu merci
c'est sur moi que tout retombe Tel que \ous me
voyez, Monsieur, je suis Parrain... et malgré moi encore... LE COMTE souriant.
Quoi, Monsieur, vous êtes Parrain?
M. DURAND
Eh ! oui. . . c'est madame Prudent. . . une maudite sagefemme qui est cause de tout cela.
LE COMTE
Ah ! la sage-femme : elle n'a pas perdu de temps. (Prefiant ta main de Durand. ) Je suis enchanté que ce soit
vous.
M. DURAND
Qu'est-ce qu'il a donc à présent?
LE COMTE
J'ose dire que vous ne vous en repentirez pas.... nous
nous reverrons un jour , et quoique je n'aie pas ThonneUr
de vous connaître, je prends la liberté de vous demander
une grâce. ... qui vous paraîtra de peu d'importance, et
qui en a beaucoup pour moi. . . . Quel nom comptez-vous
donner à l'enfant ?
M. DURAND
Quel nom!... Ma foi, ca m'est égal, qu'on l'Appelle
comme on voudra.
LE COMTE
A merveille. ... Eh bien ! Monsieur. . . . puisque cela ne vous fait rien, je vous prie de vouloir bien l'appeler Emilie- Ernesline-Hippolyte.
M. DURAND
Hippolyte-Émilie-Erncstine... "V pensez-voui- c'est uu garçon?. . =
LE COMTE
Du tout , Monsieur , on ne tous aura pas dit , ou l'on se sera (rompe.... mais qu'importe , fille ou garçon, -je vous prie de l'appeler Émilie-Ernestine-Hippolyte. M. DURAND. Ah! ra , Monsieur, que diable d'intérOt prenez-vous à tout cela , et qu'est-ce que ça vous fait ? LE COMTE.
.J'ai des raisons pour tenir à ces noms là , des raisons
particulières que vous êtes trop galant homme pour
me demander.
M. DUEAXD à haute voix.
Quel soupçon!... Comment.^ il seraitpossible?. . .
LE COMTE
Chût! chnt ! je vous en conjure, j'ai le plus grand intérêt à ce qut; l'on ne se doute de rien. I\]. DURAND.
Quoi ! Monsieur, vous seriez?...
LE COMTE
Silence { J voix basse. ) Eh bien î oui , Monsieur ,
c'est la vérité. cet enfant me touche de très-près ; mais
puisque madame Prudent s'est adressée à vous , je suppose que vous êtes homme d'honneur , et surtout discret. . . . J'ai de la naissance , quelque crédit, de la fortune , j'aurai peut-être un jour le pouvoir de reconnaître un service, et vous verrez , Monsieur , que vous n'avez point obligé un
ingrat.
( Il Sû;t en couiani. )
SCÉiNE> Xïlî.
M. DURAND seul.
Qu'est-ce que je viens d'apprendre ?... Quoi! madame liodard... . une simple bourgeoise. . . qui donne aussi dans les grandes manières. . . Le mari , qui ne se doute de rien... Il sage-lemrne quiesl conlidcnle. . . et moi qui me trouve