SCÈNE V
Les PRi'cÉDENs, ALFRED DE CERNAY.
ALFRED , parlant à un domestique.
Retourne près du cl^eval , et prends garde qu'il ne s'emporte encore... ( Il acJièi'C de lui parler bas. )
piEp.r.E. C'est mon jeune homme ds ce m ;lin,
THÉi'.ÈsEj bas aux au très dam c%.
C'est lui-même.
ADELINE
Tant mieux... il ne nous connaît pas, et nous le connaissons... l'uciMsion est favorable .. aitai|nons. ALFRLD, tournant: le dos aux trois dames et regardant avec sa lorijnette.
Très-joli... très joli... surlout le petit pont où j'ai penso*me rompre le cou., ces di-ux planches brisées sont admirables pi.iir l'elfel. ( / Pierre. ) Lti bien, est-elle rentrée, cette farouolie ^Jeunière? {Apercevant les deux daines.) Miàia voilà «pii est (lu (lernitT yenre.. je ne m'allendais pas à trouver en ces lieux une |>aieille réunion... Mesdames, que j'ai d'exenses à vous demander de ne pas vous avoir aperçues... depuis cj,,'.)n est tddiijé d'avoir le vue basse, il n'y a rien d'incoininoile comme cefa.
JULIETTE
On ne nous a point irompées.
ADELINE
Oui... il est passabiemeni fal!
THiÎRÈSE.
Votre servante. Monsieur.
ALFRED
C'est elle... c'est Thérèse.
THÉRÈSE
Vous , si loin de la capitale !.. je ne me serais pas attendue à recevoir ici Monsieur Alfred...
Tais-toi donc!... je suis incognito.
ADtHKE.
La précaution est bonne.
ALFRED, bas à Thérèse, Qu'est-ce que c'est que ces provinciales ?
THtRÈSE.
Ce sont des daines de Paris.
ALFRED
Oui ?.. . ( d'un air galant ) en effet , ce sont des grâces parisiennes... Mais savez-vouj» que c'est perlide... moi, qui venais
ici de confiance... ce n'est pas du tout un endroit sûr que c« moulin.
D'honneur, nneéioile fdlale
De mon destin rèj;le 1»* cours;
Je fuis, Iniii <|p la Capilale, Et les belles ei les amours.
Au sein de* cliam|is , dan» un Immlile ermitage, Je me déiobe à lenis iiaiis fntuniis; Et tout d'un coup l'anioui m ifiic au village Plus de dangers qu'on n'en tiouvf a Pans.
JULIETTE ET ADELIKE.
Ah ! comn e il me regarde !
C'est de moi qu'il est enclianté;
Mni* |ilns je le regarde, Il n'est pas ruai en vérité.
THÉRÈSE
Ah! comme il vous regarde!
Il va perdre sa l.berté ;
Mesdames , prenez garde:
N'oublions pas notre traité.
Oui, plus je les regarde.
Plus mon cœur en est enchanté ;
Mais prenons garde De perdre ici ma l.berté.
ADELINE
Dans cette aimable solitude Nous venons passer le printemps ,• A la bienfaisance, à l'élude, Nous consacrons tous nos instaus.
Quels goûts toachans ! quel innocent langage .' Jf ne sais plus dans quel pays je suis : A Vus vertus, on se croit au villase: A vos attraits , ou se croit à Paris.
ty
JPLLIETTE ET ADILINE.
Ah! comme II me regarde .'etc.
THÉRÈSE
Ail ! comme il vous regarde ! elc,
ALFnKD.
Oui , plus je les regarde , elc.
ALFRED
Mais c'est cliampê/re... c'est délicieux, c'est une idylle... mais je suis connue vo is , Mesdames , je suis pastoral en diable , et je viens in'éliblir dans le pays. {A Thérèse. ) O.ii , c'est une affaire décidée... Je le raconterai cela... mais a\ant tout , )'ai voulu venir le voir j c'est bien hardi , après la manière dont tu m'as irailé... mais j'avais un service à te demander ; et je te crois assez généreuse...
THÉRÈSE
Ail! parlez. «
ALFRED
D'abord... je n'étais pas fâclié de le déclarer... et je suis venu en poste pour cela..,, le d 'clarer que je ne l'aime plus... ce n'est pas sans peine... voilà trois mois que je m'exerce... mais maintenant j'en suis sur... j'ai pris mes arrangemeus eu conséquence.
ADELINE
Vos arran^emens ?...
ALFBED.
Oui .. je ne sais pas ce que je n'aurais pas fait pour t'ou— blier... enfin, je me marie I... c'est à ce point-là...
JULIETTE
Gorament , Monsieur ?...
AEF£\ED.
Ou;, Madame ; c'est comme j'ai l'honneur de vous le dire...
il n'y a pas d'extravagances (pi'RJIe ne m'ait fait l'aire... et c'est
même à propos de cette dernière que je voulais lui demander...
( Il fait un (jeste de douleur en touchant sa niam.) Aye...
THÉRÈSE, virement,
O'.ravc/.-vous donc?... Vous avez l'air de souffrir.
ALFBKB.
Non, ce i>'e.sl rien... une cgratignurp... il y a ncjii quinze jours... el c'étail fini... mais, loul-à-l'lieure , en voulant relenir mon cheval... à peine si la peau est enlevée. thlrÈse.
Ah! mon Dieu I quelle imprudence! (£//e tire un mouchoir blanc. )
ADELINE
Attendez... de l'eau fraîche...
( Elles le font asseoir sur une chaise , et s'empressent toutes trois autour de lui. Thérèse se met a genoux , et panse son bras , tandis que les autres sont groupées diljéreniment. )
ALFRED
En vérité , je suis trop heureux... combien vous êtes bonnes... la Molinara surtout.
THbRÈSE.
Il y a quinze jours, dites-vous ?... ce qu'on m'écrivait était donc vrai !... vous vous êtes battu... et pour qui ?...
ALFRED
Comment!... lu savais?... la querelle la plus extravagante... le chevalier de Blinval qui s'avise de me soutenir que tu m'aimais... je te le demande.
THÉRÈSE , avec émotion.
Moi?..,,
ALFEED.
Moi 5 je soutenais que lu ne m'aimais pas : j'avais bien mes raisons pour cela; el tier de la bonté de ma cause... je me suis battu.
THÉRÈSE , avec intention.
Et vous avez été blessé,., ce qui prouve que votre cause n'était peut-être pas si bonne que vous le croyez.
ALFRED
Alt! coquette... mais je suis en garde maintenant , et je le délie bien de m'y reprendre...
THÉRÈSE
Mais tenez-vous donc...
ALFRED
Oui , revenons à l'objot de ni,i \i>-il'^ : pnlsque vous liabi'teï les piivironN, vous devez comuiiLie le cliùleau de Piéval.... n'y a-l-il pas une noce ?
JULIETTE
Sans doule.
ALFRED
Ah I ail ! et que dit-on ilu futur ?
AnrLiNE.
Mais,., on le rile comine un elievalier charmant : comme un homme galant , spirituel , modeste.
Il y a bien quelque chose comme cela,..
thÉkÈse, achevant iVmvanrjer son mouchoir qu'elle attache avec une épingle.
Laissez-donc... on assure .ui contraire que c'cbt un fat.
lihT Kl l> ., faisant un mou\ement'
Hein ! qu'est-ce qu'elle dit ?
THLl.ÈSE.
Ah ! mon dieu... esl-ce que je vous ai piqué?
ALFRED
Non , non... mais jeje connais, moi, leprt'tendu... il a beaucoup de défaut* , j'en conviens... mais pour ce «pii est d'être fat... non... je m'en défends... cerlainemenl , je ne suis pas fat, et je défie...
ADELiNE ET JULIETTE, en riant.
Gomment, vous êtes monsieur de Cernay?
ALFRED
Eh bien , oui, Mesdames, j'en conviens... d'ailleurs , celle friponne-Ià n'a voulu que plaisanier, parce que raisonnablement, on ne peut pas soutenir (|ue je sois... et la preuve, c'est que je suis enchanté de votre franchise à toutes... et si j'osais encore vous consulter... c'est peut-êire une erreur; mais , n7oi je crois aux jolies femmes ; et vous m'inspirez une confiance que je n'ai jamais éprouvée pour personne.
ADEUNE, à part.
Ils onl beau dire... ce jeune-homrne-lù a d'excellenles qualités...
Que pensez-vous de la faniilte où je vais entrer?... dos dames de l'révul 1... {A Thérèse. ) C"e&l là ce que je venais le demander...
THtRÈSE.
Mais , elle sont plusieurs dont on dit beaucoup de bien...
ALFRED
Oui , je sais... une petite cou'-ine... mais la fiîle de la maison, ma l'uliire nVvl-ce pas elle qui a des lal(Mis agréables, qui monte à cheval comme Franconi ?.... moi, j'aimerais assez cela...
ADELiNF., avec joie.
Non, Monsieur, non , ce n'est pas elle.
ALFRED
Ah! oui... je me rappelle... on m'a parlé d'une voix charmanie, un goût exquis, une élève de madame Mainvielle.
ADELINE
Non , Monsieur, non; ce n'est pas elle, non plus... c'est probablement une de ses parentes.
ALFr.ED.
Ah ! tant pis .. mais alors , quels sont donc les avantages de mademoiselle de Préval?
JULIETTE
J'ignore quel peut être son mérite , mais on assure d'abord qu'elle a reçu une excellente éducation...
ADELINE, bas à Juliette.
Tais-loi donc {Haut.) Oui, une éducation tellement soignée, qu'elle a Hui par devenir pédante et par faire des livres.
THÉRÈSE
Qui , sans doute n'ont pas le sens commun ?
ha Meunière, 3