‹ Le parrain; comdie en un acte et en proseChapitre 39 sur 228 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Précédées, PIERRE, apportant une jatte de lait, des tasses , des assiettes e t du pain.

PIERRE

Ça, il est toutchaud, car je venons de le traire moi-même...

ADELINE

Quel bonheur ! du lait chaud... moi qui l'aime à la folie.;..

THÉRÈSE

Ce que je vous offre là n'est pas trop bon.

ADELINE

Excellent!

THÉRÈSE

Et VOUS, Mademoiselle Juliette... vous n'en voulez pas d'avantage ?

ADrLiNE , has à Thérèse.

Oh non , ma cousine ne mange pas, parce qu'elle a du chagrin... elle s'afflige, parce que son père veut absolument la marier... est-elle singulière?

THÉRÈSE

Serait-il vrai?

ADELI^'E, toujours mangeant.

Eh bien! si j'étais à sa place... im:igine-loi , Thérèse, un jeune hoainie qui n'a phis de parens, ei qui est maître de sa fortune... cinquante nH'le livrt?i, de rente... un château superbe dans les environs... et de plus, uu jeune homme très à la mode.

JULIETTE

Oui... un fat... et un sot...

ADEMNE.

Par exemple... si cela em|>êchait les mariages... il ne faut pas croire d'ailleurs qu'il s'en présente si facilement... Cet liiver j'étais partout... je n'ai pas mancpié une soirée, ni une partie de cheval... j'étais de toutes les cavalcades au bois de Boulogne et cependant je suis encore demoiselle.

THLI\ÈSE.

Voilà qui est incroyable... ( à Juliette. ) Le futur vous déplaît donc beaucoup ?...

JULIETTE

Plus que je ne peux te dire... et si je pouvais rompre ce mariage...

ADELINE

Oh î c'est que ma cousine est très-romanesque... elle fait , même des livres... et puis , elle n'en est pas sure, mais elle croit qu'elle en aime un autre...

JULIETTE, luifaisant signe de se taire,

Adeline!

ADI.LINE

Toutle monde le sait... c'e^t mon cousin Milionse... voilà..

THÉRÈSE

C'esl bien assez... et, j(^ le vois, le prétendu est onnlamné... mais un jeune homtiie à la mode, cinquanle mille livres de rente; je conçois qu'on ne peut «ifiière le Ir.iiler en fnliir de roniéilie... il me semble c*'|'endant , o'il m'élail permi'* de donner mon avis, qu'on pniirr.iit s'arranger p mr (pie le refus vint de lui : el alors M. le comte de Préval^ voiie père, n'aurait ^liis rien à dire...

JULIETTE, se lovant de taile.'

Il serait possibW !.. et par quel moyen ?...

THÉHtSK.

Eh ! mais... avec un peu de coqueilerie... nous n'a\ons point d'autres arme> ; et ipiiind on nans aitupie , il fiint biei se défendre... ( A Juliette. ) Dès que L- fiiliii- se pi éventera , sovez triste, in.uis.side... cela vcis sera diffuMle , je le sens; miis dans une conspiration . il faut savoir dis>imider .. m.idemoi^elle Adeline, au coiitr;iire , si-ra charmante : vive, sémillante, romanesque , selon la circonstance ..

AUELI>E.

J'entends... vous me rhnr^e?, de tourner (a tête a\i prétendu ; \\n projet délicieux! el dès qu'il sera à mes pieds, dès que le mariage sera rompu.. .

THÉRÈSE

Nous nous moquons de lui...

ADELINE

C'esl très-bien.

PIERRE, qui Ole sa serviette.

Oui, que c'est bien... c'est là de l'esprit, et de l'inloquence... Dieux, la Meunière !...

AUELINE.

Mais il faut que Thérèse soit de la partie.

THÉRÈSE

Moi ! Mademoiselle..

PIERRE

Oui , madame Thérèse , faut en élre pour l'achever. La Meunière. a

THÉRÈSE

Allons i lais-loi.

PIERRE

Je me lais... Dieux! la .Meu...

ï HtRÈSE.

El quand vient le prélendu ?

ADELINE

On rallend celle semaine an chàleau de Cernay,». celle terie qui e^l ici pies , el donl il vient d'hériter.

ÏHiÎRtSE.

Ah ! mon Dieu... ce serait M. Alfred de Cernay ?...

Tu le connais !...

THÉBÎiSE.

Oui, c'était le fils de celle dame si riche dont je vous parlais tout-à-l"heure ; et chez qui j'ai passé quelques mois à Paris...

ADELINE

Eh bien ! M. Alfred est-il un ennemi redoutable ?

THÉRÈSE

C'est selon!... il le serait peut-êlre beaucoup, s'il s'élait donné pour devenir homme de mérile la moitié de la peine qu'il se donne pour élie lat... c'était d'abord mon délenseur, nioii thevalier... on m'écrivait même que. tout récemment encore , il avait eu la bonlé de se faire une querelle pour moi.

ADELl>fc.

Ah 1 le pauvre garçon !...

THÉRÈSE

Oli ! ne le plaignez pas.... il sulhl de le connaître pour ne plus le craindre ; elses défauts l'empêclient d èlre danyerenx,

ADELl^E.

J'en suis sûre, il a déjà été amoureux de loi...

THÉRÈSE

Amoureux... vous me laites bien de l'honneur. Avec la demoiselle de compagnie de su mère, monsieur Alfred n'y

faisait pas tant de façons. .. il n'avait pas le temps de ronquérir ma leiidresse; et il auiMJl Irouvi" plus coquin. .de de Pacli •ic.r... c'est un Mouve.iii sy.s(èn)e <|ui a l)eaiiciiii[i dji succès iii.iiiilenanl... il est si dilliciie d'être aimable... et ai aisé d'être riche!

PIKKflE.

Jarnil... v'iù un vilain lionime !...

ADELINL.

Raison de j)!iis pour nous venjjer... pour l'iiurailier... Mais entendons- nous ! je serai pour le >eiiliMieiit,

THiîaisE.

Et moi pour la gaits.

ÀDEtlNE.

Ali I l'excellenle idée !... vous savez , mon clievuî anglais..., je ferai semblant d'être emportée j)ar bii... et ma ^iiit;ire .. et mes romances italiennes... et puis tu saiscjue je me trouve mal quaud je veux.

JULIETTE

Si ce w'e^t que cela , et moi aussi, ^.fais surtout, n'oubliez pas de lui dire beaucoup de mal de moi... ne m'épargnez pas.

ADELINE

Ah ! sois tranquille...

JULIETTE

Que de reconnaissance!... Avec une pareille union, et en nous entendant aussi bien, il est impossible que notre ligue ne réussisse pas.

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