SCÈNE V
Les Mêmes, M. DE PLIN VILLE.
If M. DE plinville , à la cantonnade.
C'est égal... c'est égal... qu'on prépare toujours son appartement... Ces inibécilles... il faut tout leur dire... Donjour, ma chère Aglaé.
AGLAÉ
Qu'avez-vous donc, mon oncle ?
M. de plinville.
Ce n'est rien, mon enfant, ce n'est rien... on ne songeait plus à la chambre de Pichard ; et parce que je ne suis pas certain du jour de son arrivée , on aur?ilt attendu au dernier moment... Je les ai un peu grondés pour me tenir en haleine.
JtTLIENNE.
Monsieur , vot' déjeuner est prêt.
M. DE PLINVILLE.
Eh bien, déjeunons ; viens, ma chère enfant. Ils s'asseyent. Julienne les sert.
M. DE PLINVILLE , regardant Aglaé.
Je vois avec plaisir , que , depuis que nous attendons un prétendu, nous soignons notre toilette du matiu.
AGLAÉ
Oh ! mon oncle , je vous jure...
M. DE PLI?; VILLE
Il n'y a pas de mal , mon eiifant , il n'y a pas de mal... il ne faut pas se laisser surprendre à l'improviste , et c'est même pour cela que je suis l)ieii aise de causer avec toi , de ton futur j et de te prévenir d'une petite circonstance...
ÀGLA.K.
Comment ! est-ce que ce mariage ne vous conviendrait plus?
- M. DE PLIN VILLE
Si fait, parbleu ! c'est un parti fort conveoaLle... mais le père de Pichard , mon vieil auii , qui est à Paris dans ce moment, vient de ni'écrire une particularité dont il est bon que tu sois instruite... et dont je suis fâché qu'on ne jn'ait pas prévenu d'abord.
ACLAÉ.
Qu'est-ce donc , mon oncle ?
M. DE PHN VILLE.
Presque rien... une misère... pour toi qui es raisonnable, et qui ne tiens pas infiniment aux avantages extérieurs.
AGLAÉ
Je devine... il est affreux.
M. DE PLIN VILLE
Du tout, du tout... son père assure qu'il est fort bien... figure agréable., mais... [Jt part.) Le diable m'emporte si je sais comment lui dire cela. {^Jlaiit. ) Mais , vois-tu, sa taille...
aclae;.
Sa taille...
M. DE PLIN VILLE
Est fort Lien aussi., quand on le voit en face.», et c'est le principal.
ACLAÉ.
Comment, mon oncle, est-ce qu'il serait?....
M. DE PLir\ VILLE.
Non pas... précisément... mais il paraît qu'il se tient mal... ce qui ferait croire au premier coup-d'œil...
JULIENNE, vii'enie/it.
Ah ! mon Dieu! il est bossu.
M. DE PLINVIT.LE.
Tu l'as dit , Julienne,.. {A /i(jlaé.) Mais il y a bossu»
«"t bosstis : l'on m'assure que celui-ci n'est pas des plus désagréables.
aclaé , à part.
Et Cdlicour qui ne sait pas cela... quelle aventure !. . . Julienne-..
JULIENNE
Je VOUS entends^ mainzelle , et je n'en ai pas une goutte de sang dans les veines, ( Faisant un mouvement pour sortir. ) Si je pouvais...
M. DE PLIN VILLE
Julienne^ où vas-tu donc?
JULIENNE
Rien , monsieur... j'allais cliercher... de la crème...
M. DE PLINVILLE.
Nous venons de la prendre... allons, reste-là.. Eli Lien , Aglaé, qu'as-tu donc? te voilà toute eft'rayée de cette idée-là. On ne veut pas te contraindre., tu verras M. Pichard , tu l'entendras surtout... je ne sais pas pourquoi on n'estime pas les bossus.
Air du Pot de fleurs.
Oui , le mépris dont on les enveloppe Ne porte enfin que sur de vains deliors;
Il sut/irait tlu nom d'fl.sope ,
Pour soutenir Plionneur du corps :
Car du destin la clémence infi'iie Presque toujours sait réunir chez eux,
Aux délaiits qui choquent ies yeu.x,
L'esprit, qui lait qu'on ies oublie.
JULIENNE
Dieux? quel embarras. . . si mantenant M. de Célicour pouvait ne pas venir.