Vdd
immonde de brûler un cadavre ou le moindre fragment de charogne : elle consiste à allumer à sa flamme un nouveau feu, à éteindre le premier, à en allumer un troisième au feu du second, à éteindre le second, et ainsi de suite neuf fois ; au dixième feu, la matière nocive est censée épuisée, et une offrande de combustible odoriférant achève l'exorcisme. Il ne doit pas y avoir de contact direct entre ces divers feux : à cet effet, on dispose, à un empan en avant l'un de l'autre, des faisceaux de brindilles qui s'enflamment successivement par voisinage\ Comme tous les objets, non seulement contaminés, mais à tort ou à raison suspects de l'être, devaient passer par des rites analogues, nous sommes amenés à conclure qu'en Perse la fonction de prêtre exorciste n'était ni une sinécure ni un médiocre gagnepain.
§ 2. — Ordalie et Serment.
L'Inde ancienne, qui certainement connaissait l'ordalie, mais n'a point pris la peine d'en rédiger le code dans ses manuels magiques, nous en a du moins légué la théorie sous une forme assez originale.
« On amène un homme prisonnier : « Il a volé, c'est un
1. Vdd. 8. 73-80. — Aujourd'hui on procède un peu autrement: on tient au dessus du feu souillé un plateau métallique, percé de petits trous, sur lequel on a disposé des copeaux mêlés de poudre de santal; les copeaux s'enflamment par voisinage, et à ce nouveau feu on en allume de môme un troisième ; ainsi neuf fois. — Cf. dans l'Inde antique la lustration du Kravyâd ; Henry,©/), cit., p. 216 sq.
ORDALIE ET SffilMSNT 143
voleur : chauffez-lai la hache. » S'il est coupable, alors [en niant] il se fait mensonge : articulant le mensonge, couvrant son &me de mensonge, il saisit la hache brûlante ; il se brûle et on le tue. Mais, s*il est innocent, alors il se fait vérité^ : articulant vérité, couvrant son âme de vérité^ il saisit la hache brûlante; il ne se brûle pas et on le lâx^he. Ce qui empêche qu'il ne se brûle, c'est le Grand Tout âme du monde, c'est l'Essence, c'est l'Être unique; et Cela, c'est toi-même, mon enfant*.
Sagement monothéiste, le mazdéen n'a garde de se perdre en spéculations et en jeux de mots aussi raffinés. Mais, au fond, sa raison de croire à la vertu de l'ordalie est bien la même que celle du théosophe hindou : c'est Ahura qui divinement, au moyen du feu ou de toute autre épreuve, fait éclater la vérité entre les deux adversaires en lutte\ De ces épreuves, rendues infaillibles par les prières et les rites qui les accompagnent, Zoroastre est dit en avoir institué trente trois* ; mais, en supposant même que nous les connussions toutes, comme le principe en demeure toujours
1. Semi-calembour sur le mot satga^ qui signifie « vérité » et « essence réelle » : en se faisant vérité, il s'identifie avec l'Être en soi, l'Être unique dont la hache n'est également qu'un mode, et dès lors la hache, c'est lui, et lui il est la hache ; elle ne peut plus lui faire de mal.