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Chapitre XIL — Histoire sommaire du Parsisme

§ 1"— Les Achéménides 239

§ 2. — Les Arsacides 246

§ 3. — Le Mithriacisme 249

§ 4. - Les Sâssânides 260

§ 5. — Après la conquête musulmane 275

Conclusion 281

Indkx des textes 287

Index'des mots 291

La religion très antique, et toujours vivante, quoique bien déchue, dont on se propose de décrire en ce livre les dogmes et les rites essentiels, a porté dans rhistoire et porte encore aujourd'hui diverses dénominations : — Mazdéisme, du nom de son Dieu principal, dont les autres dieux ne sont que les créatures et les glorieux servants; — Avestisme, du titre de son canon liturgique; — Magisme, du nom si réputé de ses grands-prètres, qui pourtant, par une singularité assez déconcertante, ne se lit qu'une seule fois dans tout l'Avesta* ; — Parsisme, du nom de ses adhérents actuels, qui tous sont, sinon de nationalité, au moins d'origine persane; — Zoroastrisme, enfin, de la forme

1. Et encore, seulement dans un composé, mof/hu-tblshâ a à celui qui nuit au mage », Ys. 65. 7. Le nom usuel est âthraoariy cf. infra p. 17. Mais le terme, bien connu par ailleurs, survit encore dans la dénomination commune du prêtre parsi, maubacl ou mobed, qui équivaut au zend ^moghupaUi a chef des mages ».

ui prise chez les efoadateur'. — I arist' au XVIIl» s «si d'origine i ar ■< Adorateurâ [uet iiiusulman r tomber dans l'o^ rent qu'un seul JDH sanctuaires la [ on qu'ils lui i des rigides moi»

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qu'avait prise chez les historiens grecs le nom de son célèbre fondateur*. — Le terme moderne de « Guèbres », popularisé au XVI II® siècle par la tragédie de Voltaire, est d'origine incertaine' ; et, quant à sa traduction par (( Adorateurs du Feu », qui correspond au sobriquet musulman âtashparast, il vaut mieux la laisser tomber dans l'oubli. Les Zoroastriens, en fait, n^adorent qu'un seul Dieu ; mais le feu occupe dans leurs sanctuaires la place d'honneur, et la pieuse vénération qu'ils lui témoignent a pu aisément, aux yeux des rigides monothéistes du Coran, passer pour une idolâtrie.

Si l'on mesurait l'importance historique ou morale d'une religion au nombre actuel de ses fidèles, aucune peut-être ne mériterait moins que le parsisme d'arrêter le regard ; car ses rares communautés, composées surtout de négociants habiles et probes, sont aussi réduites en nombre que d'ailleurs riches et prospères. On ne compte pas en tout 100.000 mazdéens, dont le

1. Aussi parfois, mais moins exactement, « Dualisme», non seulement parce qu'il a existé d'autres systèmes dualistes, mais surtout parce que le mazdéisme n'est dualiste qu'en sa cosmologie, en tant que l'opposition des deux principes ne s'est manifestée, selon lui, qu'à dater du jour de la création de l'univers \isible; sa théologie, au contraire, est très nettement monothéiste.

2. On a proposé de voir dans le persan (jheber un emprunt arabe, soit kdjir a inQdèle » ou hhabâr « sorcier ». Récemment, M. Jackson {Grundriss cler Iran. Pldlolorjie^ II, p. 697) a suggéré le rapprochement du pelilvi gabrd, qui serait un emprunt araméen (gebar « homme »), en sorte que l'appellation équivaudrait à peu près au terme biblique « les gentils».

dixième ou un peu moins dans leur pays d'origine' ; le reste, issu d'émigrés échappés à Tintolérance mahométane, s'est répandu le long de la côte occidentale de THindoustan, notamment à Surate et à Bombay.

C'est à eux surtout, grâce à la sécurité dont ils ont joui dans leur nouvelle patrie, que l'on doit la conservation partielle de la Bible de Zoroastre et le maintien traditionnel du rituel appauvri à travers lequel il nous est donné d'entrevoir quelque chose de la ferveur et des pompes de l'ancien culte mazdéen. Mais le zèle tenace dont ils s'attachent à l'Église des ancêtres ne Tempêche pas de n'être plus qu'une ruine imposante, et il est vrai de dire qu'à cette heure aucune religion civilisée ne se voit réduite, à beaucoup près, à un nombre aussi infime de sectateurs.

Les religions humaines passent comme des ombres, ombres qu'elles sont de l'éternelle vérité ; mais celles qui le mieux l'ont reflétée méritent de vivre au moins dans la mémoire des hommes, et de celles-là le parsisme est sans conteste un des types les plus parfaits. Ses bizarreries, ses puérilités, ses incohérences, legs d'un âge de barbarie que nous nous donnerons garde de dissimuler, ne doivent point nous rendre insensibles à la beauté morale de ses doctrines : il est, avec

1. Surtout dans la vieille ville de Yezd, située à peu près au centre géométrique de la Perse actuelle, et dans le Kirmàn, au S.-E. Mais il s'en rencontre également dans toutes les grandes villes, Shîrâz, Ispahan, Téhéran, ainsi qu'en Tianscaucasie russe, à Bakou, où leur foi est avivée par le miraculeux spectacle des sources de naphte enflammé.

le brahmanisme, et à un bien plus haut degré que lui, un exemple frappant de la façon dont l'homme, par-

venu à un certain stade de maturité et de réflexion passe de l'adoration des forces brutes de la nature à un concept éthique de la vie de l'univers, détrône les dieux de chair dont jadis il croyait se faire obéir, pour les soumettre, eux et lui, aux ordres du Vouloir infini dont il se sent une parcelle, et, dégageant la religion de la gangue mythologique qui l'enfermait, la fait reluire comme un pur joyau, la contemple, l'admire, s'éblouit à ses propres clartés. Nulle prédication n'a poussé plus loin le souci de la pureté sous toutes ses formes, l'horreur du péché, le pieux désir d*en éviter ou effacer les souillures ; nulle n'a su mieux fondre les deux notions, parfois difficilement conciliables, d'un Dieu national, qui protège et exalte son peuple fidèle, et d'un infaillible Souverain, dispensateur-né de toute justice et de toute miséricorde'.

Môme abstraction faite de sa valeur morale, le mazdéisme, à ne l'envisager que comme un simple fait, occupe une place considérable dans l'évolution intellectuelle des trente derniers siècles de l'humanité. Prèhistoriquement, d'abord, il est un des rares chaî-

1. On sait et l'on verra que, dans l'Avesta, Éran et Touran supposent constamment l'un à l'autre, comme le bien et le mal. C'est dans ce livre pourtant qu'on lit : « Si, parmi les fils ot les petits-fils d'un Touranien, la vertu se manifeste..., avec eux réside Vohu Manô, et Mazda Ahura leur réserve le honheur » Ys. 46. 12 ; et tout ce morceau, un des plus anciens du livre (Gâthâ Ushtavaiti, 1) est d'un ton général qui rappelle d assez près la noble inspiration des Prophètes dlsraël.

nons, et peut-être le plus sûr, par lesquels nous remontons aux origines de notre race ; car les Ëraniens étaient, comme nous, des Indo- Européens, beaucoup moins mélangés que nous ne le sommes, et leur mentalité semble être celle qui avait le moins dévié du type primitif; si les Hindous védiques, restés plus enfants, ont mieux préservé leurs mythes, en revanche, les Aryas de Perse, demeurés au pays d'origine, sous un climat qui convenait mieux à leur tempérament, presque sans contact avec des spécimens d'humanité inférieure, se sont vus entourés de conditions plus favorables au libre déploiement de leur génie. Historiquement, d'autre part, l'influence exercée par les idées perses, à mesure de leur expansion, sur le judaïsme affranchi de la captivité de Babylone, sur l'hellénisme à partir du premier Darius, sur le christianisme naissant, sur le mahométisme conquérant, leur assure, de nos jours encore, à la faveur de ces intermédiaires, une vitalité latente hors de toute proportion avec leur faible diffusion apparente. Le lecteur attentif en rencoatrera plus d'une avec laquelle sa propre éducation lavait familiarisé depuis l'enfance, et il se découvrira, sur bien des points, mazdéen sans le savoir: l'article a passé de main en main, presque sans altération ni dommage; seul a changé le pavillon qui le couvrait.

Mais, à son dam et à celui de l'auteur, ce qu'il ne doit point s'attendre à trouver sous le pavillon avestique, c'est l'agrément littéraire. Bien clairsemés sont les passages où le style relève l'idée, où une image poétique tranche sur la monotone grisaille d'une expo-

sition pénible et redondante. Aucune doctrine n'a moins sacrifié aux grâces. Cette indigence n'est sans doute pas imputable tout entière à l'écrivain sacré : nous ne possédons qu'une minime portion de son œuvre, les extraits spécialement affectés à la liturgie, et il n'est pas probable que ce soient les plus originaux. Mais il ne Test pas non plus que d'autres leur fussent de beaucoup supérieurs : les Perses de l'histoire, — au moins ceux de l'école de Zoroastre, car ils n'étaient pas tous mazdéens, — font l'effet de gens dignes, graves, vertueux, hautement estimables, mais quelque peu pédants et totalement dénués d'élan et de fantaisie. Et puis, et surtout, l'abstraction n'est pas pittoresque; une religion perd fatalement en poésie ce qu'elle a ' gagné en profondeur: lorsque* sa chatoyante mythologie s'est volatilisée en entités nuageuses ou figée en un banal décor, lorsqu'au lieu des aventures infiniment diverses de cent héros, elle n'a plus à célébrer que le concert spirituel de millions d'anges, qui tous, ou peu s'en faut, remplissent la même fonction bienfaisante et imprécise, il lui devient malaisé de satisfaire le goût autant qu'elle parle à la raison et au cœur. Aussi n'aurons-nous guère que faire de citations textuelles: il faut lire l'Avesta pour en extraire le suc ; mais qui l'aura lu d'un bout à l'autre ne sera jamais tenté d'en infliger la lecture à personne.

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