Cf. supra p. 87 et
(ras ils y figuraient côte à côte en bon rang, tout prêts à se donner la réplique si un hasard les mettait en présence. C'est ce que semble avoir fait de bonne heure un folklore sous-jaeent, auquel les allusions voilées ne manquent pas dans TAvesta lui-même'; et naturellement, quand Mithra voyagea, ce fut son folklore, plus qr.eiia théologie, qui Taccompagna. On se le représenta comme un Indra ou un Hercule délivrant les vaches enlevées par Vitra ou par Cacus, et l'imagerie sculptée des temples acheva de populariser les aventures de Mithra et du Taureau, prises à la lettre par la foule ignorante et muées en profonds symboles par les mystes instruits.
Mithra est dompteur de taureaux : on le voit figuré dans toutes les postures qui impliquent l'empire du héros sur la brute, tantôt la tenant par la corne et prêt à la bousculer d'un revers, comme font encore nos patres de la Camargue, tantôt l'entraînant par les pattes de derrière qu'il a jetées sur ses épaules, ou.bien à califourchon sur elle, la gouvernant de ses mains passées dans les naseaux, ou se laissant par elle emporter en un galop furibond.
Mithra est taurophore, soit comme dompteur, suivant la représentation précédente, soit comme guide de la bête volée ou égarée : des bas-reliefs le montrent, la portant sur ses épaules, exactement dans l'attitude
1 . Yt. 10. 86 (Mihir Yasht) : « La vache emmenée captive linvociue [Mithra] à son secours, les mains tendues, soupirant pour retable. » Et cf. les notes de Darmesteter sur ce passage.
LE MITHRIACISME 255
consacrée pour THermès criophore des Grecs et son bélier, pour le Bon Pasteur des chrétiens et sa brebis; et telle iconographie semblé même une allusion assez claire au détail accessoire de l'introduction à reculons des bestiaux dérobés dans la caverne du brigand \ Mais, par dessus tout, — la multiplication extraordinaire de cette image et la place d'honneur qu'on lui réservait au fond du sanctuaire en attestent hautement l'importance dogmatique, — Mitlira est tauroctone* : un jeune homme en bonnet phrygien appuie le genou sur le garrot d'un taureau abattu ; « de la main gauche, il lui saisit une corne, ou plus souvent les naseaux, et lui relève la tête, et de la droite il lui enfonce un large coutelas au défaut de l'épaule ; la queue de l'animal agonisant se redresse nerveusement, et souvent sa langue tuméfiée sort de sa bouche en tr'ou verte ». Les détails peuvent varier, mais le motif est bien toujours le même. Le symbole aussi, et il est très nettement avestique : le taureau est l'emblème de la fécondité et de la vie ; Timmoiation du taureau est l'origine de toute vie sur la terre au premier jour, de même qu'au dernier elle sera le signal du réveil de tous les morts. Dans le sacrifice mithriaque, non plus que dans tout autre, il n'y a antagonisme entre le dieu et la victime : le patient et le bourreau sont mystiquement d'accord; le taureau céleste sait bien que son sang et son sperme sont nécessaires au salut du monde.