Henry, la Magie, p
sairement qu'elle soit la même d'où les brahmanes d'aujourd'hui extraient leur jus sacré*, et les descriptions qu'en donne le Véda sont si encombrées de détails mystiques, poétiques ou de haute fantaisie, qu'on n'en saurait induire aucune caractéristique même approximativement sûre*. Tout ce qu^on en peut affirmer, c'est qu'elle ne croissait pas dans 1 Inde même, et que les prêtres se la procuraient en l'important des districts montagneux du Nord habités par des populations anâryennes. llienàcelaquede naturel: le pays de production de la plante à sôma n'a pu être que le plateau d'Eran, où les Aryas Tout connue et utilisée avant leur scission en deux peuples. Dans l'Avesta aussi, le Itaoma (pehlvi hôm) est dit « montagnard », et l'on énumère les cimes où l'oiseau divin l'a déposé pour le salut des hommes •\
Tout conspire à faire éclater la haute ancienneté du culte de ce végétal mystérieux, et le zoroastrisme en a lui-même si parfaite conscience qu'il l'objective en une légende généalogique : Zoroastre est fils d'un prêtre de llaoma, qui ne vient que le 4'^ dans la série des grands
1. Ilaug, à qui Ton en fit goûter, déclare n'avoir pu absorber qu'un tiers de cuillerée à café de ce répugnant liquide ! Mais un brahmane a-t-il bien commis le sacrilège d'administrer le vrai sôma à un laïque ? bien plus, à un infidèle ? Il est permis d'en douter.
2. La question a été traitée au large par M. Ilillebrandt,. Vedi^che Mytholofjù', I (1891), p. 1-6S.
3. Ys. 10 (Hôm Yasht, 2), 10-11. — Récemment, en se fondant sur l'homophonie de hôm avec humulus (bas-latin) « houblon », on a imaginé que cette boisson pouvait être une sorte de bière : original, mais bien peu vraisemblable.
LE SÔMA 19
adorateurs de ce dieu préhistorique. Départ et d'autre, les mornes mythes l'entourent : c'est un aigle qui le ravit au ciel pour en faire part à la terre ; les premiers pressureurs du sôma se nomment Vivasvant, Yama son fils et Trita Aptya;ceux duhaoma sont Vîvanhant {p(TC de Yima). Athwya et Thrita Bien entendu, il est déifié partout, sous la simple réserve de la nuance qui toujours sépare du monothéisme théorique de la Perse le polytliéisme indistinct des Védas, et les louanges hyperboliques que lui décerne l'interminable livre IX du Rig-Véda retentissent comme un écho plus sobre et non moins banal dans le II ôm Yasht, où il se manifeste à Zoroastre sous les traits d'un Génie d'une merveilleuse beauté.
Dans l'Inde, toutefois, Sôma ne prend guère forme humaine : l'aspect sous lequel on se le représente le plus volontiers est celui d'un taureau, dont les cornes étincelantes symbolisent le croissant lunaire ; car, par un de ces jeux bizarres de mots et de pensées où elle se complaît, elle en est venue plus tard à identifier si complètement cet astre au dieu Sôma, qu'en sanscrit postérieur sôma signifie couramment « lune ». Rien de pareil dans l'Avesta, mais une sorte de trinité hômique ^ : le haoma d'or, qui est le végétal terrestre et son extrait; le haoma invigorant qui fait croître le monde, c'est-à-dire le dieu Haoma ; et celui qui écarte la mort,
1. Ys. 10 (Hôm Yasht, 2), 21. — « Jaune, d'or », etc., ce sont aussi, dans le Véda, les épithètes favorites du sôma, soit que telle fût la couleur de la plante, soit plutôt que le liquide se parât de reflets ambrés et chatoyants.
OU liaoma blanc, qui, bu par les hommes après la résurrection, leur conférera l'immortalité. Ce dernier est le produit de l'arbre Gaokerena, qu'Ahura a fait -croître dans les profondeurs de la mer Vourukasha. Pour le détruire, le démon, à son tour, a créé la grenouille ; mais Ahura a placé en sentinelle deux poissons, qui sans cesse tournent autour de l'arbre et dont l'un ou l'autre ne quitte pas de l'œil la grenouille guetteuse\ Telle est la forme qu'a prise dans l'Avesta la fable, bien connue de l'Inde, de l'ambroisie mêlée aux eaux de l'Océan *. Continuellement aussi, le Véda compare l'un à l'autre le sôma et l'ambroisie (amrta), ou même emploie l'un des mots pour l'autre ; l'Avesta n'a fait autre chose, dans ce dernier mythe, que para- <îhever la confusion et la sceller de son empreinte dualiste.
En tant que boisson réelle, le suc divin est entouré, par les prêtres des deux pays, de la même vénération jalouse : bien que les fidèles laïques aient le droit et le devoir de prendre leur part des diverses oblations, •celle de sôma-haoma est exclusivement réservée aux •officiants, qui en hument quelques gouttes dans un
esprit de religieuse ferveur *. Cependant, en Perse, à l'article de la mort, on en fait couler un filet entre