LE PLAN DE LA CRÉATION
ses attaques ; alors Ormazd rengagea fixer un terme pour la lutte, soit neuf mille ans, et, sur son acceptation, il se met à créer.
Voilà qui n*est point clair, et Darmesteter semble parfaitement autorisé à reconnaître dans un semblable récit rincohérent illogisme du mythe. Autant qu'on puisse entrevoir la pensée du rédacteur, la création serait le premier acte, l'acte nécessaire de la lutte de Dieu contrôle Démon; mais pourquoi il en est aiuî?i, pourquoi Dieu ne pourrait lui tenir tête qu'en créant le monde matériel, il ne parait même pas se le demander. Cela est d'évidence, cela ne se discute pas, cela s'impose avec la force irrésistible d'une tradition qu'on n'a jamais critiquée.
C'est que c'en est une, dit Darmesteter : le combat d'Ormazd et d'Ahriman, c'est, transposé dans le milieu éranien, le vieux combat mythique du héros de lumière contrôla nuée d'orage. Or, il y avait longtemps qu'on avait dit — et le Véda le répète à satiété — qu'en dissipant les ténèbres le soleil créait le monde, c'est-à-dire, tout simplement, le faisait apparaître à nouveau, émerger du chaos noir. Cette formule, redite d'âge en âge, s'est figée, ici et là, sous diverses formes : la forme qu'elle a prise dans la pensée de Zoroastre est devenue la création d'Ormazd.
Admettons cette explication, très plausible en effet pour le fond. Reste toujours la forme qui nous tient en suspens : que pensait le rédacteur de l'acte de son Dieu? car il est évident qu'il avait entièrement dé-
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passô ot oublié lo point de vuo mythique, et que la prétendue explication (ju'il apporte n'échappe point par Hon mysticisme ii la puérilité. — Omniscient, Orma/d savait, dit-il, qu'au bout de neuf mille ans de ce régime Ahriman serait vaincu : c'est pourquoi il lui tendit ce piège, et le Malin y tomba. — A la bonne heure; mais pourquoi devait il être vaincu par cette voie plutôt que par toute autre?
11 serait aussi oiseux qu'illicite, bien évidemirient, de suppléer une réponse que le théologien n'a point faite : on ris(iuerait trop de tomber à faux. Kt toutefois Ton se demande si l'on est en droit de taire celle qui vient si naturellement à l'esprit qu'il semble impossible qu'il ne l'ait pas eue en vue. Qu'on se représente le monde avant cette création: Ormazd au plus haut des cieux; Ahriman au plus profond des enfers, mais se ruant à Tescalade du ciel ; quoi de plus concevable, que la pensée de tracer une limite k mi-chemin des deux domaines et de la couvrir d'un solide rempart? Cette idée si simple, est-il mAme vrai do dire que la science avestéenne l'ait conçue sans l'exprimer? ne la donne-t-elle pas au moins k entendre? Le récit se termine par cette pliraso : (( On bâtit le boulevard du ciel pour emp6clier les réactions d'Ahriman. » Le boulevard du ciel dans le récit primitif, et peut-être encore dans celuici, ne serait-ce pas tout uniment la terre ?
. Une fois ce point admis, tout ledualisme de TAvesta s'en déduit avecî une rigoureuse netteté. A ce rempart il faut des défenseurs: Ormazd y place, do leur con-
sentement*, les hommes, sains et vigoureux; Aliriman les accable de maladies et de fléaux. Il les a faits pieux et vaillants; Ahriman lâche sur eux la tourbe des péchés et des vices. Il leur a donné, pour les nourrir et les assister, les plantes et les animaux utiles ; Ahriman sèmera les poisons et propagera les espèces nuisibles. Pas un acte de l'un qui n'ait dans un acte de l'autre sa nécessaire répercussion : le premier branle donné, la création tout entière se poursuivra sur un plan dualiste d'une implacable logique.
Et ce dualisme s'est si bien ancré dans la pensée du mazdéen qu'il l'a transporté jusque dans sa langue usuelle. Les mêmes choses, et les moins complexes, ne portent point les mêmes noms, selon qu'elles concernent Ormazd ou Ahriman, des êtres ormazdiques ou des êtres ahrimaniens : des premiers, « fils » se dira puthra, et de ceux-ci, huntish ; « épouse », vanta eij'ahl; « mourir », vî-tai' etfra-mîr, et ainsi de suite*. Il semble, comme le ciel et l'enfer séparés par la terre, deux lobes du cerveau entre lesquels une cloison étanche fasse le départ des idées et des expressions qui les formulent.
§ 1*^^. — Cosmogonie.
Depuis trois mille ans Ormazd avait créé le monde