Ys. 42. 4, et la note de Darmesteter sur ce passage
4. Darmesteter {Oniuuif^ p. 148) voit dans cette bète précieuse un double du Taureau mythique (cf. supra p. 87), et en effet tous les attributs de celui-ci s'y retrouvent, mais singulièrement grossis et déformés, tant en eux-mêmes que dans leurs applications : l'urine, par exemple, au lieu d'être fécon-
Le Vendîdâd débute par un chapitre de géographie qui a fait couler beaucoup d'encre : Ilaug, entre autres, et Lassen y avaient hi mieux encore que rénumération des seize provinces de l'Éran au temps de Zoroastre, une sorte de journal de l'immigration âr}'enne à travers le plateau : il leur avait semblé, en effet, que les diverses parties du pays y figuraient dans Tordre précis où les avait occupées la conquête aryenne, et ce court fragment devenait dès lors entre leurs mains un unique et inappréciable document de préhistoire. De plus, comme à chacune de ces contrées, à mesure qu'Ormazd est censé les créer, Ahriman op
pose en contre-partie la création d'un ou de deux fléaux, nous apprenions par là même en quel état les envahisseurs les avaient trouvées, les caractères sail lants, du moins, qui avaient frappé leurs regards au déroulement de ces nouveaux horizons. C'était un beau songe.
Il a fallu en rabattre. M. Bréal, dans une des plus solides et élégantes études dont il ait enrichi la science', a accumulé toutes les raisons de douter, non seulement de l'importance, mais même de 1 authenticité du premier fargard du Vendîdâd : le nom de
dantc, est ici puriliante; car c'est de pureté avant tout que les Mazdéeiis ont affaire, et il n'est pas trop surprenant que ce souci constant domine et altère leur niyUiologie.
1. De la (ri'fjf/rnjt/ife (h l'Arcsta^ in Môla/tf/a:* (h: Mytholof/ie ot ffc LinfjuiMiijto* (Paris, Hachette, 1877), p. 187 sqq.
l'Airyana-Vaéjô, qui ouvre la liste, est celui d'une contrée fabuleuse, à en juger par les détails mythiques que la tradition postérieure nous a légués sur ce séjour, identique, au fond, au pays des morts où règne Yima ; d'autres noms encore ne paraissent correspondre à aucune réalité ; ceux qui sont identifiables apparaissent sous une forme moderne, qui trahit tout au moins une rédaction de basse époque; en revanche, des noms qu'on y attendrait y manquent, à commencer — lacune invraisemblable — par celui de la Perse propre'. Par-dessus tout, il n'y a pas de raison de croire que les fléaux soient endémiques aux pays à rencontre desquels ils sont censés créés : Ormazd crée une bonne chose, et aussitôt Ahriman en crée une mauvaise, voilà tout, et pour la symétrie avestéenne cela est bien suffisant; c'est perdre son temps que d'y chercher autre chose.
La vérité est probablement entre les deux solutions. Le morceau est certainement cousu d'interpolations maladroites ; mais, par cela même qu'elles sont très visibles, le texte primitif demeure sauf. S'il était moderne, on n'y aurait point oublié la Perse ; et même rien n'eût été plus aisé que de l'y interpoler, au lieu de se contenter de pallier la lacune par la gauche addition de la phrase finale* : ce détail, à lui seul, prouve que les interpolateurs ont été discrets. Les
1. Le S.-O. du plateau, le Farsistan actuel, région de Persépolis (jadis) et de Shîrâz (aujourd'hui).
2. Vdd. 1. 21 : « Il y a encore d'autres lieux et d'autres pays, beaux, profonds, aux bons désirs, brillants. »
noms de villes ont pu être modernisés, sans que pour cela le texte laissât d'être ancien. Il n'y a que contra diction verbale à écrire que l'Airyana- Vaéjô est un lieu de délices et qu'il y règne dix mois d'hiver; car, s'il est certain que l'habitat antérieur des Indo-Éraniens avait un climat rigoureux, il ne l'est pas moins, d'autre part, que les hommes gardent un souvenir pieusement reconnaissant et fabuleusement idéalisé de la contrée où vécurent leurs premiers pères, l'eussent-ils échangée contre une terre beaucoup plus clémente. Enfin, il faut bien reconnaître que ce catalogue en partie double n'aurait guère de sens, si, dans la pensée au moins du rédacteur, il n'existait une corrélation entre chaque pays et le fléau qui lui est opposé' ; et il est incontestable que cette corrélation existe, là où nous nous trouvons en mesure de la vérifier*.
Sans plus longue discussion, acceptons la liste, telle que nous la fournit l'Avesta, comme un précieux document sur les principaux foyers de l'expansion mazdéenne au temps où la Perse propre n'y était point encore ralliée.
1 . Airyana-Vaèjô, « le Germe des Aryas » ou pays d'origine (Iran-Véj, Arrân) : probablement l'extrême N.-O., le Karabagh actuel, ou vallées confluentes du Kour et de TAras (Transcaucasie Russe). — Contre-
1. Non pas que l'Avesta ne nous déconcerte souvent par ses incohérences; mais celle-ci serait en vérité par trop violente!