COSMOGRAPHIE
divise en sept zones, dont chacune est dite un karsliratr (kêshvar)\ Seul le karshvar du milieu, Ilvaniratha, est accessible et habitable. La migration des hommes dans les six autres fait pourtant l'objet dun récit mythique, trop obscur pour qu'on s'y puisse arrêter
Entre ces cercles et tout autour de la terre court en mille canaux le grand fleuve Océan, la mer Vourukasha, « le Large Abime », dont le concept recèle en
sa substance tout ce que les Aryas savaient de la mer terrestre, qu'ils ne connaissaient guère que par ouïdire*, et tout ce qu'ils se figuraient de la mer céleste, qui distille par ses filtres les eaux de la pluie. Mais, plus exactement, cette dernière est représentée dans l'Avesta parle Pûitika, « le Clarifiant », le réservoir où Ormazd assemble, par des voies mystérieuses, les eaux du Vourukasha, pour les filtrer et les lui renvoyer ensuite pures de toute souillure et de toute amertume. Ainsi les Éraniens se représentaient-ils la transformation de l'eau salée en eau douce, le cycle constant de rOcéan à la nuée, de la nuée à l'Océan.
Ce Vourukasha est le théâtre de bien des scènes miraculeuses. Nous y avons vu descendre le cheval blanc Tishtrya, pour y puiser les eaux, dans sa lutte
1. Exactement, sans doute, sept îles, comme celles de la géographie hindoue, dont la médiane est Jamhudvîpa. la zone où est située l'Inde. Nériosengh traduit />arf<hrare par le sanscrit cfcipn.
2. Ils avaient vu pourtant, au moins, la Caspienne et l'Aral. J
contre Apaosha. Nous y avons épié la croissance de l'arbre au haoma blanc, menacée par la grenouille'. Là aussi se cache le llvarenô, — l'éclair dans le nuage, — et Apam Napât, son double, l'y va conquérir*. Là nagent ou volent, dans la lumière fluide, les belles Pairikas, que le démon envoie pour s'emparer des étoiles descendues à la recherche de la pluie attendue par la terre altérée. Là enfin se tient, sur ses trois pieds, l'une des plus étranges créatures qu'un folklore de sauvages ait pu léguer à une religion relativement raffinée, « l'Ane Saint » (Khara)', grand comme une montagne : il a six yeux, une corne d'or, à mille andouillers, dont il perce toute bête malfaisante; son oreille couvrirait toute une province, et son sabot abriterait un troupeau de mille moutons ; s'il plonge le col ou les oreilles dans la mer, il la fait bouillonner sur toute son étendue jusqu'aux plus lointains rivages ; lorsqu'il y urine, il la clarifie de toutes ses souillures; c'est lui qui a absorbé les venins qu'Ahrimany avait jetés pour faire périr la création d'Ormazd, lui encore qui aide Tishtrya à en puiser les flots. Sa nourriture est invisible; et lui-même, l'a-t-on jamais vu? qui est-il^?
1 Cf. supra p. 20.