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Le partage de l'Océanie

Après avoir eu pour théâtre d'abord les grandes vallées fluviales, puis le bassin de la Méditerranée, et, lorsque le Nouveau Monde eût été découvert, celui de TAtlan tique, l'activité des peuples civilisés semble se porter aujourd'hui plus intense que jamais sur le Grand Océan : on peut même dire que l'expansion des nations modernes en Océanie est un des faits les plus considérables de notre histoire contemporaine.

Avec sa remarquable perspicacité, Elisée Reclus, un des premiers, il y a une quinzaine d'années déjà, indiquait en ces termes « la grande portée » des conséquences de l'occupation des archipels du Pacifique. (( Du coup, le monde, incomplet jusqu'alors, s'est achevé, et l'histoire vraiment universelle pour toutes les races et tous les peuples a commencé... La Terre est désormais sans limites, puisque le centre en est partout sur la surface planétaire et la circonférence nulle part. Mais, dans l'ensemble des régions connues et habitées, il en est qui, par la beauté de leurs paysages, la douceur de leur climat ou d'autres privilèges, attireront tout spécialement les hommes. Et parmi ces lieux d'élection, en est-il qui dépassent certaines îles du Pacifique par la merveilleuse harmonie des contours, le charme des eaux, la suavité de l'atmosphère, la fécondité du sol, le cours paisible des saisons, le rythme gracieux de tous les phénomènes de la nature ? » Et l'éminent géographe concluait, avec le naturaliste Bâtes, que « si l'humanité a pu atteindre un haut degré de culture grâce à sa lutte contre l'inclémence des régions froides, c'est dans les contrées cquatoriales seulement que la race parfaite de l'avenir pourra jouir complètement de son magnifique héritage*. »

I. É. Reclus, Nouvelle géographie universelle [19 vol., Paris, 1876-1894]. t. XIY (Océan et terres océaniques), p. 5-6.

VIH INTIIODUCTION

Depuis quinze ans, des événements nouveaux se sont produits qui tendent de plus en plus à faire du Pacifique le centre véritable de la politique internationale : c'est l'entrée en scène de nouvelles puissances coloniales, l'Allemagne et les États-Unis, redoutables aussi bien par leur jeunesse que par leurs ressources ; c'est l'idée française du percement de l'isthme de Panama, reprise, pour ainsi dire, au compte de la grande République américaine ; ce sont les progrès, dangereux même pour l'Angleterre, de la Fédération australienne, à peine née d'hier ; ce sont enfin les ambitions du Japon dont le duel farouche avec la Russie effraie aujourd'hui le' monde.

Le choix de cette étude sur Le Partage de t'Océanie se justifie donc suffisamment par l'importance et l'actualité du sujet. Le cadre et le plan adoptés demandent, par contre, quelques explications.

De l'ancienne Océan ie classique, caractérisée par sa quadruple division en Malaisie, Mélanésie, Micronésie, Polynésie, on a résolument retranché l'Australie et la Malaisie. L'Océanie se trouve ainsi réduite à la partie comprise entre la côte orientale d'Australie, les Moluques, les Philippines, le Japon à l'Ouest ; les archipels de Revillagigedo, Galapagos et Juan Fernandez, appartenant déjà au continent américain, à l'Est*.

Bien que ces limites restent, par endroits, flottantes et arbitraires, et que nulle part ni la distinction du climat, ni celle de la flore, de la faune ou des races ne permettent le tracé d'une frontière naturelle très précise', on peut les légitimer en faisant observer, d'une part, que les Philippines et les Moluques constituent en réalité, au point de vue géologique, l'extrême bordure orientale du continent asiatique^ ;

1. Vivien de Saint-Martin, Nouveau dictionnaire de géographie universelle [7 vol.. Paris, 1879- 1895], IV, p. 366. Cf., dans le même sens, Sirvers und Kûkentiial, Auslralient Ozeanien und Polarlànder [Leipzig, 1902], p. 32-3. Los deux premières parties de ce livre dues à Sieveks sont la réédition du livre qu'il a fait paraître en 190a sous le titre plus caractéristique de Australien und Ozeanien. — Il faut noter cependant que de grandes profondeurs marines séparent les archipels Galapagos et Juan Fernandez du continent américain. C'est sous cette réserve que É. Reclus les comprend dans Tétude de 1* Amérique du Sud.

a. Lire à ce sujettes réserves très justes formulées in Wallace and Guillemard, Australasia^ [a vol. London, 1893-1894]! au début de chaque volume; et in Sievers, op. cit., p. 3a. (On se référera toujours pour Sievers à l'édition de 190a.)

3. Les études récentes du professeur japonais Kot6 ne sauraient plus laisser de doute sur ce point. Voir Kotô, On the géologie structure of the Malajan Archipelago, in The Journal of the collège of Science (Impérial University of Tokyo), XI (1898- 99), p. 83 et sq. L'article est suivi d'une carte très nette.

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