‹ Le partage de l'OcéanieChapitre 114 sur 234 · DeVarig?iy, L'Océan Pacifique, p · texte numérisé non relu

DeVarig?iy, L'Océan Pacifique, p

gressive des indigènes, les Hawaii seraient « vacantes et sans maître », les intérêts mêmes de TUnion lui faisaient un devoir de s'opposer à tout prix à ce qu*un point stratégique aussi important tombât entre les mains d'une autre grande puissance, qui eût été libre, alors, d'intercepter à son gré les relations commerciales des Etats-Unis avec l'Extrême-Orient.

On s'explique aisément ainsi que, dès la mort de Kamehameha V, les Etals-Unis aient adressé au gouvernement hawaïen une demande de cession de l'embouchure de la Perle, à l'ouest d'Honolulu. A vrai dire, il n'était question que d'y établir un bassin de radoub et un dépôt de vivres et de charbon ; mais c'était « le premier pas vers une occupation ultérieure, un droit de préemption dans l'avenir*. » — Les Hawaïens le comprirent bien; et l'élection de David Kalakaua, qu'on croyait disposé à accueillir favorablement la demande des Etats-Unis, provoqua une certaine effervescence populaire*. Cependant, malgré ces résistances de la part des indigènes — ou peut-être à cause de ces résistances mêmes, — le mouvement vers l'annexion, dès lors, se précipite.

C'est d'abord, le 3o janvier 1876, la signature, entre les Etais-Unis et le gouvernement des îles Hawaii, d'un nouveau traité de commerce, stipulant l'entrée en franchise aux Étals- Unis des sucres hawaïens^ Puis, le 7 juillet 1887, Kalakaua promulgue une constitution nouvelle, plus favorable aux étrangers que celle de i864*. Cette constitution provoque bientôt

I. De Varigny, L'Océan Pacifique, p. a^a. Cf. aussi Garpbntkr, op. cit., p. i46. a. De Varigny, L'Océan Pacifique, p. a'io; Whitney, op. cit., p. aga.

3. De Martens, Nouveau Recueil général, a* série, 1, p. 72. Sur l'impulsion donnée à Tindustric sucrière à Hawaii par ce traité, cf. infra, chapitre x.

4. Black M AN, op. cit., p. 127. — Kalakaua se rendait parfaitement compte qu'il faudrait un jour subir l'hégémonie des Etats-Unis. M. de Varigny rapporte à ce sujet un mot très curieux de ce roi. Lui ayant demandé un jour son impression sur les États-Unis, il obtint celte réponse : « Un pays dont la traversée est de sept jours en train express, qui s'appuie sur deux Océans, où chaque citoyen a sa valeur, 011 la richesse est sans limites ; c'est un géant avec lequel les grands comme les petits doivent compter. Vous et moi, nous sommes le passé ; lui, c'est l'avenir. » De Vauign'», art. cité {Bévue des Deux Mondes, 1898, II, p. 189).

LES COMPÉTITIONS OTER^CATIONALES (iSyO-IQOi) I77

le mécontentement populaire. Les indigènes prétendent qu elle a été imposée au roi sous la menace des baïonnettes — d'où son surnom de Bayonel Constitution^ — ; ils se soulèvent dans Tété de 1889 et ils réclament le rétablissement de la constitution de 1864. Leur protestation n'aboutit, d'ailleurs, à aucun résultat: ils durent se contenter de l'acquittement par un jury indigène de l'instigateur de la rébellion, Wilcox, poursuivi sous rinculpation de trahison*.

De nouveaux troubles se produisirent en janvier 1898, lorsque la reine Liliuokalani annonça son intention d'abroger la constitution de 1887 et de revenir, suivant le désir du peuple, à celle de i864. Aussitôt les étrangers constituèrent un Comité de Salut public (Citizens Commitee oj Sajety) composé en majorité d'Américains, qui prononça la déchéance de la reine'. Il annonçait, en même temps, son intention formelle de gouverner les îles jusqu'à ce que leur union avec les Etats-Unis eût été acceptée (17 janvier 1898)*. Peu après, le président Harrison soumettait au Sénat un traité d'annexion (i5 février iSgS). — Ce traité ne fut pas ratifié , et même le successeur d'Harrison, Cleveland, essaya, au contraire, de rétablir la reine dans ses droits *. Mais le gouvernement provisoire des Hawaii s'y refusa respectueusement, sous prétexte qu'une telle mesure provoquerait fatalement une révolution ; et le- Congrès américain dut finalement reconnaître la république hawaïenne, qui

Page 1