Archives diplomatiques, 2^ série, 1889, XXXI, p
l84 LE PARTAGE POUTIQUB
tages. Successivement, en effet, les Etats-Unis*, l'Angleterre* et TAllemagne ^ obtiennent du gouvernement samoan : la faculté de pouvoir établir un dépôt de charbon et d'approvisionnements sur Tun des points de l'archipel ^ ; la liberté du commerce sous, la réserve des taxes, redevances ou restrictions, établies d'un commun accord et expressément stipulées ; enfin, le privilège de voir trancher les différends de leurs nationaux entre eux ou avec les indigènes, soit par les consuls respectifs, soit par un tribunal mixte où la nationalité des deux parties serait représentée.
Cependant, des froissements étaient inévitables entre les trois puissances établies aux Samoa. Pour les prévenir dans la mesure du possible, elles signèrent avec le gouvernement indigène un traité qui plaçait l'archipel entier sous leur protectorat collectif (2 septembre 1879)*. Tout en maintenant expressément l'intégrité de l'archipel samoan (art. 8), le traité plaçait le district d'Apia sous le gouvernement d'un conseil municipal composé des consuls étrangers, qui avaient le pouvoir de légiférer sur toutes les questions relatives à la police et l'administration du district (articles 3, 4, 5 et 7). La convention, faite pour une durée de 4 ans, pouvait être prolongée si les intérêts des résidents étrangers l'exigeaient (art. 10). Les parties contractantes s'entendirent, en outre, pour reconnaître Malietoa, qui fut proclamé roi, le 28 décembre 1879, à bord de la corvette allemande Bismarck, en rade d'Apia.
Ce premier traité de condominium était à peine signé qu'un
I. Traité du 17 janvier 1878, in de Maktkrs, Nouveau Recueil général..., 2« sérier IV, p. 552-3.
a. Traité du 28 août 1879, ^^ *^'^» ^'ï*» P T^ô.
3. Traité du 24 janvier 1879, in ibid., IV, p. 48i ; cf., en outre, Deschanel» La politique française.. . , p. 280- 1 .
4- Les Américains avaient obtenu le droit de s'installer à Pago-Pago; les Allemands à Saluafata; les Anglais pouvaient s'établir où ils voulaient, sauf sur ces deux points et à Apia (Art. 8 du traité du 28 août 1879).
5. De Martens, Nouveau Recueil général..., 2* série, VI, p. ^09 (texte allemand) ; X, p. 6o5 (texte anglais).
LES COMPÉTITIO.NS l?tTERNATIONALES (iSyOïgO^) l8&
événement grave faillit compromettre très sérieusement les intérêts allemands : la maison Godeffroy, de Hambourg, débitrice pour plus de 3 millions de la maison Baring de Londres, faisait faillite, entraînant dans sa ruine une grande Compagnie coloniale récemment fondée, la Société allemande de commerce et de plantations des îles du Pacifique^. Bismarck eût voulu apporter à la Société en détresse les secours financiers du gouvernement; mais le Reichslag refusa, à une faible majorité, il est vrai, de le suivre dans cette voie*. Le « chancelier de fer », qui se sentait soutenu par Topinion publique', ne se laissa point ébranler dans sa résolution. En i883, à l'expiration des délais fixés, dans le traité du 2 septembre 1879, sur la durée ducondominium, il le fit proroger, par une convention additionnelle du 29 septembre i883, sous prétexte que « la cessation des pouvoirs conférés au conseil municipal d'Apia serait préjudiciable aux intérêts des résidents étrangers à Samoa », et que « le gouvernement samoan n'avait exprimé aucun vœu de revision*. » L'Allemagne conservait ainsi, au point de vue diplomatique, sa part d'influence à côté de l'Angleterre et des Etats-Unis.
C'est alors que Bismarck eut l'idée d'assurer définitivement à l'Allemagne la prépondérance aux Samoa : dans ce but, il combina très adroitement l'action financière et commerciale avec l'action politique. Au moment oix un syndicat de maisons de commerce de Hambourg rachetait à la maison Baring les actions de la Société allemande de commerce et de plantations. . . , Bismarck favorisait la fondation d'une banque coloniale ayant pour siège Hambourg et des succursales dans les principaux