Ibid., p
.S. A. Bf.Rxabd, op. cil., p. ^i4 et sq.
fi. Sur ces oscillations du sol ou plus exactement sur ces déplacements des lifjnes de rivage dans le Pacifique, voir Suess, op. cit.. H, p. 889.
pellent tout à fait \es fjords norvégiens. Leurs couloirs étroits et longs s'insinuent entre des parois verticales, hautes parfois de I ooo mètres, et qui plongent à de telles profondeurs que les navires ne peuvent jeter Tancre mais doivent s'amarrer, au moyen de cables, aux arbres du rivage *. Le Milford Sound est célèbre entre tous, avec son encadrement de montagnes dont les fissures laissent échapper de bruyantes cascades, et où la glace étincelante des cirques alterne avec le feuillage sombre des tolaras ou les ileurs empourprées des ratas.
Ailleurs, dansTOcéanie équatoriale, c'est-à-dire dans la zone où les conditions de température sont favorables au développement des polypiers, les côtes des îles continentales et volcaniques sont presque toujours accompagnées de récifs, tantôt accolés directement au rivage sous forme de récifs frangeants, tantôt situés à quelque distance du littoral, sous forme de récifsbarrières. Ni les récifs frangeants, ni les récifs-barrières ne sont d'ailleurs continus sur de grandes distances ; et leur interruption — dont on n'a pas encore expliqué les causes de façon satisfaisante * — détermine des canaux ou des passes fort utiles aux navires.
Quant aux îles proprement coralligènes, elles offrent un littoral peu élevé dont le tracé affecte, sur la carte, des formes d*autant plus bizarres el plus capricieuses (harpes, navettes, triangles, cornes de bœuf, etc.) que ces îles sont l'œuvre d'êtres vivants. Ces côtes coralliennes constituent à la fois un redoutable danger et une protection précieuse pour la navigation. S'ils ne sont pas sûrement pilotés, ou pour peu que le temps soit mauvais, les navires, les voiliers surtout, courent de grands risques dans ces parages. La liste n'est pas close encore des naufrages qui se produisent sur les récifs du Pacifique : celui de La Pérouse est un des plus illustres ; il n'est mal-
1. De Skgur, Une saison en ^Nouvelle-Zélande [Paris, 1901], p. ii4; Wallace, Australasia, I, p. 43o-i.
a. Lire sur ce point la discussion inléressanle de A. Bernard, op. cit., p. 37-38.
LES ARCHIPELS OCÉANlE?IS 25
heureusement pas le seul*. Par contre, il est vrai, lorsque les récifs forment autour des îles une barrière, ils abritent un chenal intérieur particulièrement propice au cabotage, car la houle du large s*y fait à peine sentir.
Pour le voyageur peu soucieux ou inconscient des dangers qu'elles présentent, les côtes coralhennes sont, en tout cas,run des plus merveilleux spectacles que la Nature, pourtant si prodigue de ses beautés en Océanie, offre aux yeux de l'homme. Sous un ciel dont lazur n'est nulle part aussi intense ni aussi profond, il peut contempler sans cesse le combat prodigieux que rOcéan immense livre aux polypiers minuscules.
« Par les temps les plus calmes, écrit le P. Hartzer, quand « Teau bleue et immobile à perte de vue n'est soulevée par « aucun souille, ni moirée d'aucune ride, l'Océan fait entendre « les grondements de son tonnerre lointain et n'abandonne « pas la lutte. Les lames sourdes se succèdent avec une pério- « dicité aveugle contre la muraille de corail. A quelques toises « de recueil, la mer s'enfle et se boursoufle ; elle arrive en « ondulations, puis éclate tout à coup avec furie et jaillit en (( gerbes blanches qui se versent comme une pluie d'orage sur (( le récif, où l'écume tourbillonne, se broie et se déchire. Et (( la houle toujours obstinée et furieuse revient battre en brèche « ce mur qui s'oppose à elle. Sa lourde masse s'avance comme « un cylindre bleu foncé ou vert glauque ; elle roule sur la <( mer, arrive en rugissant, noie toute la plage, pénètre le « corail spongieux, mord toutes les pointes et ruisselle dans « toutes les crevasses... De très petites fleurs vertes et carce minées, qui sont des polypiers, s'ouvrent sous l'avalanche (( comme des étoiles, ... s'épanouissent dans le tournoiement « de cet amas d'écume, puis se referment quand la vague se
I. Sur les dangers do cette navigation parmi les coraux, lire, par exemple, Ansoiv, Voyage autour du monde fait dans les années 1740-^ [traduit de l'anglais, Paris, 17^9], p. 3^9; CooK, Voyage dans l'hémisphère austral et autour du monde ... [traduit de Tanglais, Paris, 1778, 5 vol.], II, p. 270; III, p. la; Festetics de Tolna, Vers l'écueil de Minicoy [Paris, 1903], p. 33-5o et passim, etc..
« relire... C'est la lulle de Têtre vivant contre la destruction et (( la mort. Ici la vie Temporle ; la vague elle-même qui se « brise en ses assauts furieux contre ces branches si ténues et (( si frôles n'est pas stérile : elle arrive toute chargée d'infu- (( soires et d'animalcules microscopiques, dont se nourrissent « les polypiers * . »
Cependant, si séduisant que soit un pareil spectacle, inoubhablc pour tous ceux qui en ont été une fois témoins, le géographe ne saurait s'y attarder. Celte vie dont il admire l'épanouissement jusque dans les infiniment petits que sont les polypiers, il la cherche au delà de la hgne blanche des brisants, dans ces îles dont il n'aperçoit do loin que le relief. Il ne lui suffit pas de connaître les matériaux, minéraux ou organiques, dont elles ont été constituées, il veut savoir encore si Thommc peut y vivre, s'il peut, en d'autres termes, s'y acclimater et y trouver des ressources sufïîsantes.