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recrutement présente toutes sortes de difficultés, le plus souvent d'ordre administratif. Les colons calédoniens auraient tout avantage à pouvoir aller régulièrement chercher leurs ouvriers aux Nouvelles-Hébrides, dont les indigènes constituent une excellente main-d'œuvre \ Mais il faudrait, pour cela, annexer cet archipel, et Ton sait Texcessive timidité de nos diplomates sur ce point ^
Cependant, l'annexion des Nouvelles-Hébrides par la France s'impose pour des raisons de justice, d'intérêt et de défense '\
Nos droits dans cet archipel sont plus anciens que ceux de l'Angleterre; ils y sont aussi, plus solidement établis. La Société française des Nouvelles-Hébrides, qui, en 189/4, avait succédé à la Compagnie calédonienne des Nouvelles-Hébrides, vient d'être reconstituée sur des bases plus stables, avec l'appui du ministre des Colonies et le concours financier du Comptoir d'Escompte. Elle possède environ 900000 hectares de terres, soit les deux tiers de la superficie totale des îles, et des factoreries ou stations à Port-Vila (Franceville) et Port-Havannah dans nie Vaté, à Port-Sandwich dans l'île MalUcolo, etc., etc. Elle commence l'exploration et la mise en valeur de la grande île d'Espiritu Santo ^ Les colons français, plus nombreux que les colons anglais (300 environ, contre un peu moins de 100) et établis surtout comme planteurs, secondent la Société avec la plus rare énergie. On ne saurait donc admettre que cette énergie ait été dépensée en pure perte, ou du moins que, par une renonciation de la part de la France, ou même un partage, tant d'efforts n'aient abouti qu'au profit d'étrangers.
I. De i8g3 à iQoS on a fait venir en Nouvelle -Calcdonie i '1^9 Néo-Hébridais, répartis en 35 convois, a. Supra, p. 189 et sq.
3. On trouvera tout l'essentiel sur nos intérêts économiques aux Nouvelles-Hébrides dans les travaux déjà cités de Politis, Davillé et Lemike.
4. Lemirk, La sUuation aux Nouvelles- Hébrides t in Annales Coloniales, i5 octobre
25o LA MISE EN VALEUR
D'autre part, les intérêts économiques de la Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides elles-mêmes militent en faveur de l'annexion. Les deux archipels se complètent très heureusement l'un l'autre. La Nouvelle-Calédonie, essentiellement minière, doit pouvoir compter, pour se procurer les ressources alimentaires dont elle a besoin, sur la richesse agricole des Nouvelles-Hébrides, dont le sol prodigieusement fertile permet toutes les cultures coloniales (café, caoutchouc, banane) et les cultures potagères d'Europe \ Inversement, le climat plutôt insalubre des NouvcUos-IIcbrides rend indispensable l'existence, à proximité, d'un sanatorium où les colons puissent réparer leurs forces : or, on ne saurait trouver de meilleur sanatorium que la Nouvelle-Calédonie ^
Mais il y a plus encore : Toccupation française des Nouvelles- Hébrides est la garantie nécessaire de l'indépendance delà Nouvelle-Calédonie. L'extraordinaire richesse minière de notre île et, surtout, son éloignement de la métropole l'exposent, tout particulièrement, aux convoitises des Anglais, dont les colonies l'entourent comme d'un cercle d'investissement, et qui, depuis plusieurs années déjà, l'inondent de leurs marchandises et même do leurs capitaux \ Le seul moyen d'empêcher le cercle d'investissement de se refermer tout à fait et de restreindre l'invasion des produits étrangers, c'est de nous établir définitivement aux Nouvelles-Hébrides, avant que la Fédération australienne n'y ait une situation trop forte. Et il faut d'autant plus se hâter d'agir que cet Etat fédéral vient d'acheter récemment
1. Davillé, op. cit., |i. 19-23 et '10-58; IjEmire. op. cî(., p. ^2 et sq. Les Nouvelles-Hébrides ont aussi de grandes richesses minières (soufre), mai» Texploration de Tarchipel est encore trop peu avancée pour qu*on puisse affirnier Texistcnce de minerais analogues à ceux de la Nouvelle-Calédonie (nickel, cobalt, chrome, etc.).
3. Il convient de noter d'ailleurs que, depuis quelque temps, les relations deviennent plus étroites entre les deux archipels : le Pacifique, de la Compagnie des Messageries maritimes, qui jusqu'à présent reliait seulement Nouméa à Sydney, fait, en outre, chaque mois un voyage de Nouméa aux NouvelleR-Hcbrides. En même temps, les principales maisons do commerce de Nouméa multiplient leurs stations dans Tarchipel néo-hébridais ((Juimainc Coloniale, 10 juillet iyo4).