II
* Ici encore, on ne comprend, sous la rubrique « Exportations » que les produits du cru de la colonie.
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lÉS COLONIES FRA!fÇAIS£â 2^1
Si la part du commerce français est plus considérable en Nouvelle-Calédonie qu'à Tahiti, cela tient à la fois à notre régime douanier protectionniste et aussi à Texistence de communications maritimes régulières entre la métropole et sa colonie : tous les 28 jours, un navire de la Compagnie française des Messageries Maritimes part de Marseille à destination de Nouméa, via l'Australie*. Mais la dépendance économique de la Nouvelle-Calédonie vis-à-vis de TAustralie, à laquelle elle est également reliée par une ligne de VAuslralasian United Sleam Navigation Company, n*en est pas moins très étroite. Il suffit de considérer la nature des importations, et Ton note, par exemple, en 1902, que près de i 5ooooo fr. de farineux alimentaires (froment, farine de froment, pommes de terre, etc.) et près de 600000 fr. de viandes salées ou conservées, de beurre, fromages et autres produits dérivés deTélevage ont été importés directement d'Australie.
Cette situation vraiment étrange d'un pays qui produit ou pourrait produire toutes les denrées nécessaires à sa consommation et, cependant, fait venir chaque année du dehors pour plus de deux millions de vivres s'explique simplement par l'insuffisance des voies de communication dans la colonie même.
Depuis dix ans, grâce en partie à l'activité du gouverneur Feillet, 'qui a réussi à obtenir le concours eflectif de la maind'œuvre pénale, le réseau de routes, jusque-là à peu près insignifiant S s'est considérablement accru; près de Goo kilomètres de routes carrossables ou de pistes susceptibles de devenir, par simple élargissement, d'excellentes routes charretières, ont été achevés. En même temps, la colonie a été dotée d'un service de vapeurs qui, tous les 28 jours, desservent les principales localités de la côte est et de la côte ouest. Mais tous ces progrès sont encore insuffisants. Si la >ouvelle-
I . Il esk question, du reste, de supprioier cette ligne, pour la remplacer par une nouvelle ligne mensuelle de Marseille en Indo-Chine, avec une ligne annexe de Saigon à Nouméa par Singapore, Brisbane et Sydney. Sur les multiples avantages de celle combinaison, voir La Quinzaine Coloniale, lo avril IQO^.
a. Lire sur ce point, A. Bbrnard, op. cit., p. 38i-a et 4i3-3.
pABT. DE l'OcÉANIE.
2^2 La mise E!« YALEtft
Calédonie, au point de ^-ue de son alimentation, ne cesse pas d*être tributaire de l'Australie pour des sommes importantes, c'est que « les commerçants calédoniens trouvent plus avantageux de faire leurs achats à Sydney, marché toujours approvisionné à jour Cxe..., que de s'adresser aux centres agricoles restreints de l'intérieur de Tlle, ne communiquant pas entre eux et n'étant en relation avec Nouméa, centre de consommation, qu'à des intervalles de quinzaine, pendant lesquels les récoltes se gâtent ' . » Pour remédier à cette situation tout à fait anormale, il n'y a qu'un moyeu : établir un chemin de fer reliant la (( brousse » à Nouméa. On a commencé la construction d'une ligne allant de Nouméa à Bourail ; le premier tronçon, Nouméa- Dumbéa, est à peu près achevé. Malheureusement, il a fallu arrêter les travaux, peut-être trop imprudemment engagés, et Ton ne prévoit pas quand ils seront repris.
Outre l'insuffisance des voies de communication, il est un autre gros obstacle auquel se heurte la colonisation en Nouvelle-Calédonie : c'est le « manque de bras»". Notre colonie est, en effet, à peine peuplée. Le dernier recensement (3 novembre 1901) évalue sa population totale à un peu moins de 55 000 habitants, répartis à peu près de la façon suivante : population blanche et libre (y compris les troupes), i3ooo ; population pénale (condamnés, libérés, relégués), io5oo: population indigène (y compris les engagés originaires d'autres archipels océaniens ou d'Asie), 3i 000 ^.
Comme à Tahiti, cette population, peu nombrcuse, est très disséminée. On ne compte qu'une agglomération de plusieurs
1. Delig?iy, Discours prononcé à la distribution des récompenses obtenues à l'Exposition de i\'oiunéa (septembre 1899).
a. Sans doute, à l*heure actuelle (1905) la crise financière que traverse la colonie a amené la cessation des grands travaux publics et, par contre-coup, a réduit au chômage bon nombre d'ouvriers ; mais l'état de cette population de « sans travail » est accidentel, et, la crise une fois passée, le problème de la main-d'œuvre se posera de nouveau, avec toute son acuité.
3. Voir le détail des cliiffrcs in Journal ol)îcifl de la Xouvellc- Calédonie et dépendances, 5 avril 190a.
Le quai de Nouméa.
Le départ du a Pacifique », des Messageries maritimes, pour Svdney.
La rade de Noumka. En face, l'île Nou, dont on voit à droite le pénitencier.
a 44 LA MISÉ GN VALEUft
milliers d'habitants (7 715 habitants): c'est la capitale, Nouméa V La situation de Nouméa, très importante au point de vue stratégique, à cause de sa rade bien abritée, derrière TUe Nou, est beaucoup moins favorable au point de vue économique , dans cette région sans eau et presque sans végétation. La ville, cependant, est assez coquette d'aspect ; ce n'est plus, comme autrefois, « un assemblage de caisses d'absinthe, couvertes en tôle ». Les maisons, construites le plus souvent en bois, sans étage et presque toujours entourées de jardins, s'ahgnent, nombreuses et élégantes, le long des larges rues tracées à l'américaine, et prolongent les faubourgs de Nouméa dans toute une série de petites vallées qui rayonnent autour du centre de la ville. Quelques constructions en pierre, les casernes, la prison, les écoles, la cathédrale, le temple, dues à la main-d'œuvre pénale, font regretter, malgré leur caractère un peu massif, que la Transportation n'ait pas été utilisée davantage à l'embellissement de la ville. — Boureil (2 5o8 habitants), dans l'intérieur, est le grand centre de la colonisation pénale. Thio (2 7^7 habitants), sur la côte est, est le siège principal de l'exploitation des mines de nickel. Ganala (i 609 habitants), près de Thio, admirablement situé dans un district à la fois agricole et minier, pourvu d'un très beau port naturel, méritait de devenir le chef-lieu de la colonie. Les autres localités ne sont que de gros villages, ou même de simples hameaux: les uns rappellent par leur origine l'établissement d'un camp de la Transportation ou d'un centre de condamnés concessionnaires (la Foa, Bouloupari, etc.); les autres, plus récents, sont des centres de colonisation libre en voie de création. — Sur bien des points enfin, le colon vit isolé, sur sa station de bétail ou sur sa plantation. La comparaison du recensement de 1901 à celui de 1891 révèle une augmentation très sensible de la population libre,
I . Ce chiffre, qui ne comprend pas les troupes, se décompose ainsi : population libre, 5 Ii4i population pénale, i 36a ; immigrants réglementés et indigènes hors tribu, I aSg.
Lb « QUARTIER LATIN ».
(Nouméa.)
Au premier plan, une allée de « flamboyante » ; le feuillage de ces arbres, à Tépoque de la floraison, les fait ressembler à de magnifiques ombrelles rouges. Au fond, sur la colline, des niaoulia*
BOURAIL.
LA MISE EN VALEUR
dont le chiffre est passé, dans ces dix dernières années, de 85i5à 132 53 habitants* ; mais cet accroissement continu de la population, en Nouvelle-Calédonie, est dû beaucoup moins aux progrès de l'immigration qu a Texcédent des naissances sur les décès dans celle colonie, où « quatre familles, au bout de lo ans, donnent plus d'enfants que huit, en France, au bout
Une habitation dans la « brousse ».
(Nouvelle-Calédonie.)
de i5 ans. » Mais, si ce développement de la natalité constitue pour l'avenir la plus sûre garantie de prospérité, du moins il ne peut fournir encore la main-d'œuvre dont les entreprises agricoles ou minières ont le plus urgent besoin.
Certes, dans ces dernières années, la variété de la main-d'œuvre n'a pas manqué aux Calédoniens * : ils ont eu à leur disposition des indigènes (Canaques), des condamnés et des libérés, des Néo-Hébridais, des Tonkinois, des Annamites, des Java-
1. Cf. Journal officiel de h Nouvelle-Calédonie.. ., 5 avril 1902.
a. OïL. trouvera de très -bonnes -pages sur la question -de la main-d*omvrc en Nouvelle-Calédonie, in Jean Carot., op. cit., p. 58 cl s<|. et Gi.assei», rapport cité {y\nnale$ des Mines, lo*^" série, V, p. O57 et sq.).
LA MISE EN VALEUR
nais. Mais les Canaques ne veulent pas s'engagera long terme, soit parce qu'ils ont leurs propres travaux à assurer, soit parce que leur paresse native reprend le dessus, dès qu'ils ont gagné un peu d'argent pour satisfaire à leurs habitudes modernes de
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Engagés Néo-Hébrioais.
luxe. Les condamnés et les libérés n'ont fourni, jusqu'à présent, qu'une main-d'œuvre de très médiocre valeur ; et les pétitions récentes d'une partie des colons calédoniens, relatives à la reprise de la Transportation, ne peuvent s'expliquer que par l'intensité de la crise que traverse aujourd'hui le pays.
Les travailleurs asiatiques, dont la Nouvelle-Calédonie a fait venir plusieurs convois*, sont bien préférables; mais leur
I. Ces diflcrcnts convois do travailleurs asiatiques introduits en Nouvelle-Calédonie, du i^^ janvier 1898 au i*^** janvier iQoS, se répartissent ainsi :
Nombre des con\ois
Nombre des individus.