‹ Le partage de l'OcéanieChapitre 230 sur 234 · De Varigny, L'Océan Pacifique, p · texte numérisé non relu

De Varigny, L'Océan Pacifique, p

inégales, que, dès aujourd'hui, ces partages apparaissent comme tout à fait instables, et que, déjà, se pose un problème nouveau : celui de (( l'Empire du Pacifique » ', dont on peut donner cette autre formule : à qui appartiendra, dans l'avenir, la prépondérance en Océanie? — Sans doute, il serait prématuré de vouloir apporter dès maintenant la solution d'un tel problème, mais l'histoire du passé et, en particulier, l'étude des conditions de la mise en valeur des archipels océaniens nous permettent d'indiquer, sans excès de témérité, quelques pronostics.

Un premier fait indiscutable est que la prépondérance sera fatalement réservée à une puissance maritime. Il ne saurait en être autrement, puisque le théâtre des compétitions est le Grand Océan et qu'en outre l'objet des convoitises consiste en lies dont la plupart n'ont d'autre valeur que d'être d'utiles points de relâche sur les routes qui, bientôt, par le canal de Panama, conduiront d'Europe ou d'Amérique en Extrême-Orient et en Australie.

La situation de la France se présente donc dans des conditions assez peu favorables, malgré les illusions patriotiques de quelques-uns. L'infériorité numérique de notre marine marchande, très marquée si on la compare à celle des autres puissances ', est plus accentuée encore si l'on envisage, en particulier, notre commerce en Océanie. Non seulement la plupart des archipels ne voient qu'à peine ou même jamais notre pavillon \ mais nos colonies elles-mêmes reçoivent plus souvent la visite

I. C*est le litre même du livre, déjà cite, de Golqhoun (The Maslery oj ihe Pacific) .

a. Son tonnage brut est évalué environ au dixième de celui de la marine anglaise et à la moitié de celui des marines allemande et américaine qui sont à peu près égales entre elles. Cf. les diagrammes comparatifs de Scobel, Handels-Atlas [Leipzig, 190a], p. 3.

3. Voir les rapports consulaires commerciaux français ou anglais, passim.

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de navires étrangers que de navires français\ Certes, au point de vue militaire, la France possède en Océanie quelques positions stratégiques de premier ordre, comme Nouméa et Port-Phaeton (dans Ttle de Tahiti), choisis comme points d'appui delà flotte, ou Râpa, si jalousement convoitée par l'Angleterre"^ ; mais leur importance est singulièrement atténuée par la faiblesse de notre division navale du Pacifique, qui compte à peine trois ou quatre petits navires de bois, faiblement armés et filant tout au plus une dizaine de nœuds ^. Sans même envisager l'éventualité d'une guerre et en ne se plaçant que sur le terrain de la lutte économique, il y a tout lieu de craindre que nos colonies océaniennes, trop éloignées de la France, trop isolées dans le Grand Océan, ne subissent les fatalités géographiques qui pèsent sur elles.

Nos établissements polynésiens sont dans la dépendance immédiate et presque exclusive de San Francisco : el, si le percement de l'isthme de Panama modifie un peu celte situation, ce sera certainement à l'avantage des ports américains de T Atlantique, plutôt qu'au profit de la France. Il y a quelque soixante ans, on pouvait parler, sans trop d'exagération, de la possibilité pour Tahiti de devenir « l'entrepôt de toute TOcéanic » * d'où

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