‹ Le partage de l'OcéanieChapitre 232 sur 234 · ViNCENDON-DuMOULIN. Op. cit., p. lO · texte numérisé non relu

ViNCENDON-DuMOULIN. Op. cit., p. lO

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les marchandises françaises se répandraient au milieu du Paci- , fique sud; mais il était difficile de prévoir alors l'expansion prodigieuse dont les Etals-Unis ont donné le spectacle à l'Europe. La situation a bien changé depuis un demi-siècle. Aujourd'hui, Tahiti est ardemment convoitée parles Américains, qui y arrivent chaque année plus nombreux, soit pour admirer la beauté de ses sites, soit pour y fonder des entreprises commerciales. Les journaux californiens ne cachent même pas Fespoir de voir, un jour, la France « vendre » aux Etats-Unis ses possessions polynésiennes \

De la même façon, les journaux de Melbourne et de Sydney affirment que la Nouvelle-Calédonie deviendra colonie australienne ; et, en fait, on est obligé de reconnaître que notre île dépend très étroitement de TAustralie. C'est avec Sydney que Nouméa a les relations les plus actives ; et, ce qui n'est pas sans péril pour l'avenir, ces relations ne sont pas uniquement commerciales. A la jeunesse calédonienne qui a quitté l'école primaire ou le collège, Sydney seul, en effet, peut offrir, à quatre jours de mer, les ressources de ses écoles spéciales et de son enseignement professionnel. Aussi, chaque année, voit-on s'accroître le nombre des jeunes gens, dont quelques-uns sont d'origine française, qui vont faire ou achever leurs études en Australie, d'où ils reviennent plus familiers avec la langue anglaise qu'avec la nôtre, et, par suite, plus imbus des idées britanniques que des idées françaises.

Devons-nous donc nous résigner à nous voir définitivement évincés du Pacifique ? Nous ne le croyons pas. S'il faut se garder des exagérations d'un chauvinisme aveugle et reconnaître que nos colonies océaniennes ne seront jamais appelées à un grand

I. Il nous parait superflu de discuter ici celte éventualité, qui — n'en déplaise aux Californiens — n'est pas près de se réaliser ; en tout cas, il convenait de citer, en passant, cette nouvelle preuve des visées américaines sur notre colonie.

avenir pour la France*, il est incontestable, cependant, qu'elles possèdent, soit dans les richesses minières du sol de la Nouvelle- Calédonie, soit dans Tattrait, pour les touristes, de la nature toujours luxuriante et de la pureté du ciel de Tahiti, des ressources capables d'assurer la prospérité économique de Tune et Tautre colonies ; et cela devrait suffire à y attirer les capitaux français. Mais, même en admettant que des revers de fortune, ou simplement la concurrence commerciale de rivaux mieux armés, nous fassent perdre, un jour, nos possessions océaniennes, nous devons nous efforcer « d'y laisser quelque trace de notre passage, d'y implanter notre langue et nos usages, comme nous l'avons fait à Maurice et au Canada* », de façon que, quoi qu'il arrive, elles restent toujours « comme un centre de rayonnement de notre civilisation et de notre génie' ».

U Allemagne occupe, en Océanie, une situation économique qui semble devoir être, dans l'avenir, plus importante que la nôtre, par le seul fait qu'elle y entrelient une marine marchande beaucoup plus puissante. On sait l'intérêt très marqué que l'on porte, aujourd'hui, de l'autre côté du Rhin, aux questions maritimes \ Les comparaisons que nous pouvons faire à cet égard entre la France et l'Allemagne sont bien affligeantes pour nous^. Dans le Pacifique, où notre pavillon est si faiblement

I. Il y a un peu d'utopie dans Tarticle de Mohiceau, I^es moyens d'accroître le commerce français dans les îles du Pacifique, in liullet. Soc. géofjr. comm. de Paris, XVllI (1896), p. 64i-65i, 788-799: il y en a plus encore dans celui de Renk PiRON, La France aux Antipodes, in Revue des Deux Mondes, i5 avril 1900.

a. À. Bernard, op. cit., p. 890.

3. Cf. Fbillet, in Revue pénitentiaire, 1908, p. ia6; et Dubief» Rapport sur le budget des Colonies (exercice 190^), in Doc. parlem. Ch., sess. ordin. 1908, p. 1699.

4. Lbhmann-Felskowski, En avant! à toute vapeur! La marine marchande et les constructions navales en Allemagne [Traduit de rallemand, Paris, 1900]. A. Poisson, La marine marchande allemande, in Annales des sciences politiques, 1901, p. 691 etsq.

5. Blondbl, Les progrès de la marine allemande, in Questions diplomatiques et coloniales, XI (1901), p. 4 16-43 !•

représenté, les Allemands possèdent deux lignes de navigation régulières. De plus, un certain nombre de leurs navires, des voiliers surtout, visitent les autres archipels à des intervalles plus ou moins rapprochés.

La supériorité des Allemands tient, en second lieu, à leur méthode. On Ta dit bien souvent : « au lieu de s'emballer au hasard sur quelques phrases creuses et sonores, ils travaillent patiemment et scientifiquement en toutes circonstances. C'est moins brillant, mais plus sûr. C'est un Français qui a écrit le Discours sur la méthode, mais ce sont les Allemands qui l'ont mis en action*. » Les Allemands ont compris notamment à merveille que la prépondérance commerciale appartient à ceux qui s'efforcent de se mettre aux ordres de leurs clients plutôt que de chercher à écouler les stocks en magasin ^ Cette politique, constamment suivie, leur a réussi à peu près invariablement partout ; et elle explique la prospérité du commerce de l'Allemagne, même dans les pays qui ne lui appartiennent pas, mais où ses nationaux sont en nombre *.

Enfin, à ces causes générales de succès pour sa politique coloniale, l'Allemagne voit s'ajouter les avantages particuliers de la situation géographique de ses colonies océaniennes. Si les Samoa, faute de bons ports, ne }>araissent pas destinées à une grande prospérité commerciale, du moins les Marshall et les Carolines offriront d'utiles points de relâche aux navires qui traverseront le Pacifique d'Est en Ouest \ En tout cas, le groupe

I. ScHwoB, cité in Ch. Uorx, Notre marine marchande |Paris, 1898J, p. Saô.

3. Sur la comparaison des méthodes commerciales allemandes et anglaises, voir Moniteur officiel du commerce, 1896, II, p. 1379, ®^ tcNOTUS, L* Angleterre et le Péril allemand, in Fortnightly Revieu\ mai 1901.

3. Sur ces colonies allemandes « spontanées », c'est-à-dire en pays étrangers, cf. supra, p. 179; Marcel Dubois, La colonisation allemande et ses caractères, in Quinzaine Coloniale, 1898, I, p. 70.

\. Sur l'importance de l'acquisition des Carolines et des Mariannes, lire les déclarations très nettes du comte de Buiow au Reichstag, rapportées in H. Pensa, Les

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mélanésien de la Terre de l'Empereur Guillaume et de rarchipel Bismarck, situé entre TAustralie et TExtreme-Orient asiatique, c'est-à-dire entre deux régions de très grand avenir, constituera une solide base d'opérations pour le commerce germanique, surtout lorsque l'Allemagne, comme on peut le supposer, aura ajouté à son empire colonial les possessions hollandaises de la Nouvelle-Guinée et de l'Insulinde. I^es visées de l'Allemagne sur la Hollande et ses colonies ne sont depuis longtemps déjà un secret pour personne ' : on peut douter de la réalisation de ses convoitises en Europe ; il n'en va pas tout à fait de même aux colonies, et le jour est peut-être plus prochain qu'on ne croit où une a plus grande Allemagne » prendra naissance dans le Pacifique*.

Le développement colossal de sa marine marchande, l'ancienneté de ses établissements, l'importance capitale des positions qu'elle a su acquérir assurent à V Angleterre une influence plus considérable encore que celle de TAUemagne, dans la vie économique de l'Océanie. Grâce à la multiplicité de ses lignes de navigation, à ses câbles sous-marins, dont un traverse le Pacifique tout entier, de la Colombie britannique à l'Auslrahe, l'Angleterre occupe la première place, au point de vue commercial ; en même temps que, par ses nombreux dépôts de charbon, établis aux endroits les mieux choisis, elle conserve son hégémonie stratégique.

Il faut noter, cependant, que l'expansion de la Grande-Bre-

Carolines à rAllemagne, Questions diplom. et colon. y Vil (1899), p. 3()'i : « Ces îles n'étaient plus, pour l'Espagne, que les débris d'un édifice écroulé. Pour nous, au contraire, elles sont des piliers cl des conlreforls pour notre nouvel édifier colonial qui, avec la volonté de Dieu, aura un réel avenir. »

I. Ainsi la carte de la Hollande figure dans V Atlas colonial de Langhans, et même elle est marquée comme possédant plus de caractères germaniques que l'Allemagne elle-même.

a. GoLQHOUîf,op.ct(.,p. 344; Saint-Yves, L'Océame [Tours, s. d. (190a)], p. 896.

tagne se heurte à la rivalité de ses propres colonies, Y Australie et la Nouvelle-Zélande. L'enthousiasme — dont nous avons été témoin nous-même — avec lequel les colonies australiennes ont offert leur concours à la métropole lors de la guerre duTransvaal a fait quelquefois illusion sur le véritable patriotisme des Australiens et des Néo-Zélandais. En réalité, si les Australasiens se rappellent, avec orgueil, leur origine britannique et ne négligent aucune occasion de témoigner à l'Angleterre leur loyalisme, ils entendent conserver toute leur liberté d'action et leur indépendance, sans être enchaînés par aucune obligation vis-à-vis de leur mère-patrie'. Ils sont, avant tout, des Australiens et des Néo-Zélandais. La manifestation la plus forte, la plus éclatante de ce sentiment national, c'est la constitution de la Fédération (Commonweallh) , qui a groupé dans une même organisation à la fois politique, financière, commerciale et judiciaire les cinq Etats du continent australien (Queensland, Nouvelle-Galles du Sud, Victoria, Australie du Sud, Australie de TOuest) et la Tasmanie*.

Au point de vue économique, la jeune Fédération a affirmé ses intentions souveraines en élevant une barrière de douanes contre les produits étrangers, même anglais, et en interdisant l'immigration des individus de couleur, même des Indiens, qui sont cependant des sujets britanniques. — Au point de vue politique, la Commonwealth exagérera certainement les prétentions, déjà anciennes, de l'Australie à la domination exclusive dans tout le Pacifique occidental'. La Nouvelle-Zélande, il est vrai, a refusé d'entrer dans la Fédération; mais c'est pour des

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