C. CoNANT, The United States in the Orient. Boston, igoo
ment avec autant d'ardeur qu'ils s'y sont autrefois opposés, achèvera de consolider, consacrera même définitivement leur prépondérance en Océanîe*. Il est, en effet, hors de doute que ce sont les Américains qui tireront le plus de profits de celte entreprise dont la France n'aura eu — hélas ! — que la glorieuse initiative. Peut-être eût-on pu prévenir ce danger par une sorte de fédération économique des Etats européens ! Mais l'Europe a préféré « tarir elle-même la source de ses richesses au gouffre de ses haines et de ses rivalités* », et aujourd'hui, il est trop tard pour arrêter Tessor des Etats-Unis.
Le seul obstacle auquel pourront se heurter les Etats-Unis dans leur expansion jamais ralentie viendra sans doute du Japotiy dont le développement économique est peut-être plus étonnant encore que celui de la grande république américaine. Sans doute, ce danger n'est pas près de se réaUser : la population et les ressources infiniment plus considérables des Etats-Unis leur assurent, pour de longues années encore, une sensible avance sur leurs rivaux nippons : d'autre part, la guerre actuelle, d'où le Japon, quoi qu'il advienne, sortira très affaibli, n'est pas de nature à rapproclier les distances. Mais il ne faut pas oublier que les nations qui se sont partagé TOcéanie ont à résoudre un grave problème : celui de la main-d'œuvre. Devant l'impossibilité pratique d'utiliser les indigènes, trop paresseux et en voie de disparition, et même les ouvriers blancs, on s'est adressé au dehors ; et c'est naturellement aux a grands réservoirs d'hommes » d'Extrême-Orient qu'on a eu recours. Malheureusement, des complications sont nées, qui résultent toutes, pour
I. Cf. P. Leroy-Beauliru, L'Expansion américaine dans le Pacifique et les projets d'an canal interocéanique, in L'Économiste français ^ i'^'' juillet 1899.
a. A. L\i.an(:e, L'Europe et les Etats-Unis après l'ouverture du canal de Panama^ in ibid., 5 décembre 1903.
ainsi dire, de la concurrence désastreuse que le Chinois — ou le Japonais — fait aux ouvriers blancs; et ainsi, à Theure actuelle, le problème de la main-d'œuvre se réduit à celte formule bizarre : « Comment éloigner le travailleur asiatique et que faire sans lui*? »
Il est peu probable qu'on puisse le tenir indéfiniment à l'écart, et alors on ne peut mesurer les conséquences qu'aurait sur l'avenir de TOcéanie cette nouvelle migration de peuples jaunes conduits par les audacieux Nippons à travers le Pacifique, où ils se sont toujours un peu considérés comme chez eux*; de sorte qu'en définitive le problème de « TEmpire du Pacifique » se ramène dans une certaine mesure à la « question chinoise » qui parait bien devoir être, au w*" siècle. « le critérium suprême de la valeur politique et économique des grandes puissances du monde ^. » — L'avenir nous dira le résultat de Tépreuve qui s'engage sous nos yeux : il serait téméraire de vouloir, aujourd'hui, pousser plus loin nos pronostics.