II. Les Océaniens et la mise en valeur de rocéanie
Insignifiance de leur concours. — Leur disparition progressive. — La répartition actuelle des populations indigènes.
Dans l'ensemble de nos connaissances géographiques sur rOcéanie, celles qui sont relatives à Tethnographie sont certainement les plus anciennes et les plus abondantes, quoique très incomplètes encore et même, sur bien des points, tout à fait insuffisantes.
Les grands navigateurs du xv!!!** siècle, Cook surtout \ nous ont donné, les premiers, sur la vie des indigènes de la plupart
I. II existe plusieurs traductions françaises dos relations des voyages de Cook. On pourra consulter, notamment: pour le premier vojage, le recueil d'HAWKEswoRTH, intitulé Relation des voyages entrepris par ordre de Sa Majesté Britannique, actuellement régnante ^ pour faire des découvertes dans l'hémisphère méridional^ et successivement exécutés par le commodorc Byron, le capitaine Carteret, le capitaine VVallis et le capitaine Cook... [Paris, 177^» 4 vol.] ; — pour le second voyage. Voyage dans Vhémisphhre austral et autour du monde, fait sur les vaisseaux du Roi, l'Aventure et la Résolution, en 1772, 177S* ^774 ^' ^77/» ^^'*'' P^'' Jacques Gook, commandant de la Résolution, dans lequel on a inséré la relation du capitaine Furnkaux et celle de MM. F0R8TER [Paris, 1778, 5 vol.] ; — pour le Iroisième voyage. Troisième voyage de Cook ou voyage à l'Océan Pacifique, ordonné par le Roi d'Angleterre, pour faire des découvertes dans l'hémisphère nord... [Paris, 1785, 4 vol.].
6o CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES DE LA VIE HUMAINE EN OCEANIE
des archipels du Pacifique, des renseignements d'autant plus précieux qu'ils datent d'une époque où ces populations insulaires n'avaient subi encore aucune des transformations que devait produire, par la suite, le contact des races civilisées. — Puis à leur tour, les missionnaires de toute nationalité et de toute confession ont apporté leur contribution à l'étude de l'ethnographie océanienne* : et leurs nombreux travaux, complétant les observations antérieures, ont permis, d'assez bonne heure, la pubUcation d'ouvrages d'ensemble, très importants, comme ceux de Meinicke, de Quatrefages et de Lesson^. — Mais c'est surtout depuis une vingtaine d'années que la Hltérature ethnographique océanienne s'est le plus enrichie, en particulier grâce aux travaux allemands \
Tous ces travaux ethnographiques ont permis, d'abord, de distinguer en Océanie deux principaux groupes de populations : les Mélanésiens, dont l'aire géographique comprend la Nouvelle-Guinée, les îles de l'Amirauté, l'archipel Bismarck, les Salomon, le groupe des Santa-Cruz et des îles Banks, les Nou-
I. Les plus imporlanls do ces travaux de missionnaires, et par leur date ancienne et par leur étendue, sont ceux de W. Ellis et de Russell (déjà cité), dont voici les titres complets : W. Ellis, Polynesian Researchcs during a résidence of nearlj eighlyears in ihe Society and Sandwich /s/a/irfs(2nJ éd. [London, 4 vol., i83i]; Russell, Polynesia, or an hislorical account of the principal islands in ihe Soulh sea^ including New Zealand, the introduction of christianity ; and the actual condition ofthe inhabitants in regard to civilisation^ commerce and the arts of social life [Edinburgh, iS^aJ.
3. Meinicke, op. cit. ; de Quatrefages, Les Polynésiens et leurs migrations [Paris, s. d., i86/|] ; Lesson, op. cit.
3. Il ne saurait être question de donner ici une bibliographie étendue de cette littérature. Il convient cependant de citer ou rappeler les ouvrages essentiels suivants, publiés en ces dernières années : Guppy, The Solomon Islands and their natives [London, 1887] '» Einsch, Ethnologische Erfahrungen und Belegstûcke aus der Siidsee [Wion, 1888-1893] ; Ratzel, Die Volkerkunde [Leipzig und Wien, 189^, a vol.), I, p. i35-3o6; Stair John, op. cit. ; Bastian, Die mikronischen Kolonien aus ethnologischenGesichlspunkten, a vol. [Berlin. 1899-1900]; Christian, The Caroline islands^ Trauels in the Sea of the Utile lands [London, 1899] ; IIagen, Vnter den Pnpua's [Wiesbadcn, 1899] *» I^fe"-» Studien und Beobachtungen aus der Siidsee [Braunscliwcig, 1899]; Demker, Races et peuples delà terre [Patis, 1900J; H kddov, Studies in the anthropogeography of British New Guinea, in The Geographical Journal, 1900, II, p. a65, 4i4; Kramer, Die Samoa Insein [Sluttgard, 190a]; Abel, Savage life in New Guinea [London, s, d. (i90a)J; et Sievers, op. cit.t passim.
LES t>Ot>t;LAtIONS INDIGÈNES 6l
velles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie, les Loyalty, les Fiji; — et les Polynésiens, qui peuplent la Nouvelle-Zélande et la multitude d'îles parasitaires, disséminées dans le Pacifique central et oriental.
Types M^:lanésiei<I8 (Nouvelle-Calédonie.)
On remarquera le caMC-této que rhomme porte sur son épaule droite. Faite ordinairement de bois très dur, avec une extrémité arrondie en forme de masse ou effilée comme un bec d oiseau, cette arme est éminemment propre à assommer, ou à fendre des crânes. Toutefois si les Mélanésiens ont conservé l'babitude du casse-téte, ils n'en font pas, aujourd'hui, un plus dangereux usage que nous, de nos cannes.
Au physique, ces deux groupes présentent des dissemblances caractéristiques. De taille au-dessous de la moyenne (i*", 62)*, les Mélanésiens sont dolichocéphales, ont la peau foncée, d'un noir brunâtre, les cheveux crépus, le nez large, les arcades sourcilières proéminentes. Certains typés, surtout chez les Papous de Nouvelle-Guinée, sont d'une repoussante laideur. Les Polynésiens, au contraire, sont grands (i'",74)*, brachycéphales, ont le teint clair (jaune chaud ou brunâtre), les cheveux droits ou ondes, le nez droit le plus souvent, les arcades sourcilières peu prononcées, la face elliptique. Ce sont, en général, de très beaux individus : à Tahiti, aux Samoa en par-
I. Deniker, op. cit., p. 5-5 (moyenne de 31)5 mensurations), a. Ibid., p. 57 '♦ (moyenne de ao/i mensurations^.
02 CONDITIONS GEOGRAPHlQtËS DE LA VIE HUMAINE EN OGEANIË
ticulier, en Nouvelle-Zélande même, les femmes passent, avec raison, pour remarquablement belles. — Quant aux populations réparties dans les archipels delà Micronésie (Mariannes, Palaos,
Carolines , Marshall , Gilbert) et considérées quelquefois comme une race à part*, il semble bien qu'il faille les rattacher au type polynésien, dont elles ne diffèrent que par une peau I plus velue, une taille plus petite et une tête plus allongée ^
Il ne faudrait pas exagérer cependant ces dissemblances. Ni les Mélanésiens ni les Polynésiens ne sont des races pures ; des métissages fréquents se sont produits entre eux, et Ton a même pu se demander si, en dépit des plus fortes différences apparentes, il ne serait pas possible d'établir une transition lente des uns aux autres '\
La pénétration de ces deux groupes ethniques distincts s*explique par des migrations incessantes à travers le Pacifique, qui ont conduit les Polynésiens jusqu'en Nouvelle-Guinée, et les Mélanésiens jusqu'à l'île de Pâques. Leurs déplace-
1. On trouvera dans Sievehs, op. cit., p. ^35-6, un résumé des opinions diverses émises à ce sujet par les voyageurs et les savants, a. Demkek, op. cit., p. 679.