Dii Quatrefages, Les Polynésiens... , p. io
ER. — Partage d
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LES POPULATIONS n^DIGÈNES
concours important à la colonisation, pour plusieurs raisons. D'abord leurs aptitudes, infiniment précieuses pour des sauvages, sont beaucoup moins appréciables et même très insuffisantes pour des civilisés. Nos procédés de construction, nos objets manufacturés divers, nos armes, nos tissus ont très vite
SCFNK DE LA VIK QUOTIDIENNE EN OcKANIF.
supplanté les leurs. Leurs qualités nautiques elles-mêmes, qui font d'eux d'excellents équipages de voiliers, ont moins de prix à une époque où la navigation utilise de plus en plus les bateaux à vapeur. De plus, ils sont devenus d'une extraordinaire paresse au contact de notre civilisation. Quand ils n'avaient d'autres outils que des os, des arêtes, des morceaux de bois et d'écaillé, fait très justement observer É. Reclus, leur vie était une existence de labeur : la fabrication de leurs poteries, la construction de leurs cases et de leurs canots, l'entretien de leurs cultures en terrasses et l'irrigation de leurs tarodières
84 CONDITIONS GlÊOGRAPHIQUËS i3E LA ViE âUMAINE EN OCEANlË
exigeaient des efforts soutenus et faisaient du travail une loi absolue à laquelle même les chefs étaient soumis. Aujourd'hui la hache, le couteau, le rabot, la charrue ont rendu faciles les travaux indispensables et le loisir s'est accru d'autant \
Couchés la moitié du jour sur le plancher de leurs « maisons communes », ou devant leurs cases, à Tabri des cocotiers, ou sur le bord de Teau où de temps en temps ils pèchent quelques poissons, les Océaniens réduisent toujours leurs efforts à un minimum. Souffrir pour souffrir, disent-ils, nous aimons mieux avoir faim que travailler*. Aux Tonga, lorsque les indigènes veulent vous donner le salut le plus aimable, ils vous abordent par ces mots : a courage à dormir » ; vous rendent-ils visite ? ils s'endorment et restent sur votre natte '\ Quand ils font preuve de quelque vigueur physique, ils la dépensent tout entière dans les sports, surtout dans le canotage et Téquitation ^
Enfin — et c'est là un inconvénient plus grave encore, car il est sans remède — le nombre des indigènes ne cesse de décroître avec une inquiétante rapidité. 11 serait assez puéril de vouloir préciser avec des chiffres, comme on Ta fait quelquefois, les progrès de cette disparition depuis un siècle ou deux. Les évaluations faites à ce sujet par les navigateurs et les missionnaires ne sont que des calculs d'approximation, qu'il ne faut accepter, par suite, qu'avec de grandes réserves. Cependant, le fait de la disparition est incontestable : on en trouve une des preuves les plus manifestes dans le grand nombre de villages
I. É. Reclus, op. cit., p. ôg^. Cf., dans le même sens, Hochstbttbr, ioFriedel, art. cité, p. ia4.
3. Déclaration des Canaques de la Nouvelle-Calédonie aux premiers missionnaires qui évangélisèrcnt leur île, citée in A. Bernard, op. ci7., p. 3o4. — D'ailleurs, s*ils ont besoin de quelque chose, les Océaniens ne se gôncnt pas pour le voler. Depuis Magellan, il n*est pas de relation de voyage de navigateurs ayant visité rOcéanie, qui n'abonde en récils de vols commis par les indigènes.