‹ Le partage de l'OcéanieChapitre 5 sur 234 · I. L*orlgine des archipels océaniens · texte numérisé non relu

I. L*orlgine des archipels océaniens

L'hypothèse de la suhmcrsion d'un continent. — Les îles « continentales » de la Mélanésic. — Les îles « parasitaires » de la Micronésie et de la Polynésie.

H. Stmctare actuelle et topographie des archipels océaniens.

Inégale superficie des diflerentes îles. — Variété du relief: îles montagneuses et îles basses. — Le dessin des côtes: soimds et récifs.

H n'est pas sur le globe de région qui offre un plus grand morcellement de terres que l'Océanie. La multitude des îles qui la composent et les distances énormes qui séparent les différent» archipels font songera une poussière jetée d'un geste large à travers le Grand Océan. Si les Anciens, naviguant sur leurs

Pakt. 1)K l'Océanif. I

2 C0:SD1T10NS GEOGRAPIIIQL'FS DE l.A VIE HUMAINE EN OCEAME

lentes trières, au milieu des Cyclades, ne pouvaient jamais perdre de vue la terre, il faut à ceux qui voyagent aujourd'hui en Océanie, sur les plus rapides vapeurs, plusieurs joui's, quelquefois même plus d'une semaine, pour aller d'un groupe d'îles àu«.autrQ./ : : •: • \

Pour expliquer ce prodigieux émiettement insulaire on a souvent voulu voir dans les terres océaniennes les lambeaux d'un immense continent, englouti presque tout entier aujourd'hui, dans les profondeurs du Pacifique. Les plus anciennes légendes polynésiennes elles-mômes en témoignent. L'une d'elles raconte que Taaroa, le dieu créateur, aurait pris un jour l'envie de faire sortir une terre nouvelle du néant. Il confia cette mission à son fils Mahoui, très habile pécheur. Mahoui descendit du ciel sur sa grande pirogue double, au fond de laquelle il avait placé une ligne de fond, de dimension sufiîsante, pourvue d'un solide hameçon,. Parvenu au-dessus du Grand Océan, Mahoui lança sa ligne et presque aussitôt tira : il amenait au bout de son hameçon une grande terre*. Mais, les habitants de ce nouveau continent ayant attiré bientôt sur eux la colère divine, Taaroa, pour les punir, réduisit en miettes, d'un coup de pied, le sol sur lequel ils vivaient ^

Cette hypothèse de la submersion d'un continent dans le Pacifique est même passée, de la légende, dans le domaine scientifi(|ue. Dès le xvnr siècle, navigateurs et savants l'ac-

1. Phtit, in UuUelin de la Société de Géoyrafjhie comnwrcialt' de Paris, VII f, p. 187. On retrouve une trace de cotte légende dans le nom même de l'île du Nord (Nouvelle-Zélande) : les Maoris rappellent Ika-a-Mahoui, c'est-à-dire poiiion de Mahoui.

2. RussELL, Polynesia : or an hislorical aceount of ihe principal islands in ihe South SeUf includiny New Zealand [Edinburgh, i84a], p. 64.

LES ARCHIPELS OCEA?iIE?ïS

cueillent sans hésilalion* : quelques-uns vont jusqu'à parler ((de cités, d'empires, de nations» qui auraient, de ce fait, disparu de la surface de la terre ^ ; et, jusqu'à notre époque, on retrouve des traces persistantes de cette opinion ancienne \

L'étude de la constitution des îles de TOcéanie permet aujourd'hui de déterminer assez exactement le mélange de vérité et d'erreur que contient cette théorie de l'effondrement d'un ancien continent. On rencontre, en effet, dans le Pacifique, les deux types d'îles auxquels la science moderne réduit la diversité des formations insulaires disséminées à travers le globe : d'une part, des îles continentales, ainsi nommées parce quelles sont constituées des mêmes roches que les continents dont elles ont suivi, dans le passé, l'évolution géogénique ; d'autre part, des îles dites /)ara5//ai>e5 *, parce que, dues à l'action soudaine et violente de forces volcaniques sous-marines, ou au travail séculaire de millions d'animalcules infiniment petits, les polypiers constructeurs de coraux, elles conservent toujours le caractère de masses surajoutées, étrangères à la structure fondamentale de Técorce terrestre \

Les îles continentales sont toutes situées dans le Pacifique sud-ouest. Elles forment, pour ne citer que les plus importantes, les groupes de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle- Calédonie, de la Nouvelle-Guinée et de l'archipel Bismarck, des Salomon, des Nouvelles-Hébrides, des Fiji, des Tonga.

I. On trouvera le résumé des opinions professées dans ce sens par les savants du XVIII*' siècle, in Lesson, Les Polynésiens, leur origine , leurs migrations, leur langage [Paris, iS8o*4» 4 vol.], I, p. 891 et sq.

a. Croxet» l\'ouveau voyage à la mer du Sud commencé sous les ordres de M. Marion et achevé, après la mort de cet ojlicier, sous ceux de M. Duclesmeur [Paris, 1783], p. lû'i.

3. Voir, en particulier, pour ne ciler que les auteurs les plus récents, le P. IIaktzek, Les îles Blanches des mers du Sud [Paris, 1900J, p. 207; et A. Colqholn, The Maslery of the Pacific [London, 190a), p. 3 cl sq., etc.

4. On appelle aussi quelquefois ces îles iV^s océaniques, parce qu'elles ne se rencontrent, d'ordinaire, qu'en plein océan.

5. Sur celte classification des Iles, lire in A. Behnard, op. cit., p. 3 et sq., un bon résumé critiqne des difierentcs théories proposées par Waliacf, Peschei.,

KiRCHHOFF, F. -G. HaHN, Jl'KF.S BrOWM-: cl RiCIITHOFEN.

Tous ces archipels sont orientés du S.-O. au \.-E., ou du S.-E. au N .-0. » c'est-à-dire que leur direction générale reproduit, dans ses grandes lignes, le contour même des côtes orientales de l'Australie: et ainsi, par le seul examen de la carie, on est

Bouquet de corail.

(llccueilli à l'ilol x\niciJcc, Nouvelle Calédonie.)

Un nVif corallien n'est autre chose qu' « une association d'êtres vivants », sécrétant un abondant wjuelette calcaire. Tantôt ramifiées en arborescences, comme chez les madrépores, tant<)t masî^ives, comme chez les astrées. les |)orites ou les méandrines, leurs colonies ne peuvent se dévclopju'r que sous cerliûnes conditions de profondeur, de tcmi)érature. de nutrition. Elles doivent reposer sur un soubassement s'élcvant à i>eu <Ie distance du niveau de la mer («io ou Ho mètres au maûmum) ; la tem|)ératurc superficielle de l'eau doit être de i8 à 20 degrés: la mer, enfin, doit leur fournir une alimentation al)ondante : aussi les coraux selèvent-ils de préférence dans les mers agitées, où les courant» apportent les innombrables organismes nécessaires à leur croissance. — Pour plus de détails, du reste, lire M. Caullery, Les récifs coralliens, in Annales de Géographie, X, p. i et sq. ; 198 et sq.

conduit à présumer qu'ils doivent être le rebord externe de la (]()nlillcro australienne, de la mcme façon que les Kouriles, l'anliipol du Japon, les Philippines et les Moluques constituent, vers l'Kst, la véritable bordure du continent asiatique'.

Page 1