PARTIES HAUTES
servait officiellement à désigner une des divisions du temple, le Parthénon, c'est-à-dire la chambre occidentale qui n'avait rien de commun avec la statue, puisque celle-ci se trouvait dans la cella de l'est. Ce nom, formé comme les mots <xv8çwv, ou Y'jvaixuv, qui signifient l'appartement des hommes ou celui des femmes, se traduit exactement ainsi : « la chambre des vierges ». Ces « vierges » les TraçG&vot., c'étaient les jeunes filles des premières familles d'Athènes, auxquelles était dévolue la mission de tisser le péplos offert à la déesse Poliade, aux fêtes des Panathénées (1). Aussi bien, le nom de Parthénon n'est pas spécial au grand temple de l'Acropole; on le trouve employé ailleurs, à Magnésie du Méandre, à Cyzique, à Hermione en Argolide, à Apollonia de Carie, pour désigner soit le logement des prêtresses vierges attachées au culte d'une divinité féminine, Artémis, Déméter ou la Mère des dieux, soit la partie du sanctuaire réservée spécialement aux jeunes filles. Il n'a donc pas été créé pour le monument d'Ictinos. On verra plus loin comment cette dénomination passa d'une des divisions du temple au temple tout entier. Mais on peut affirmer qu'elle avait été donnée à la cella occidentale bien avant que l'on songeât à qualifier de Parthénos la grande statue chryséléphantine. A quel moment cette épithète lui futelle attribuée? Nous l'ignorons, et l'on ne saurait conclure avec certitude d'un vers d'Aristophane que ce fut dès le cinquième siècle (2). Peut-être la popularité acquise assez vite à ce surnom explique-t-elle que la désignation de Parthénon, d'abord réservée à une des parties du temple, ait facilement passé au temple tout entier. Mais peut-être aussi est-ce à ce changement que la statue dut de s'appeler ainsi,
(1) Furtwa?ngler proposait de reconnaître dans ces « vierges » les filles de Cécrops et d'Érechthée, qui étaient l'objet d'un culte à Athènes (Meisterwerke, p. 172). MM. Dœrpfeld et Th. Reinach ont établi la véritable interprétation.
(2) Aristophane, Les Oiseaux, vers 670: Voir, sur ce point, les réserves de Petersen, Arch. Jahrb., XXII, 1907, p. i4.
et il est permis de supposer que si elle prit le nom de Parthénos, c'est parce qu'elle était dès lors L'Athéna du Parthénon (1).
Le plan et les divisions. — Il y a lieu d'examiner dès maintenant les divisions du temple, et d'en définir l'affectation.
Le Parthénon est un temple dorique, périptère, amplriprostyle, avec huit colonnes de façade, et dix-sept colonnes sur les longs cotés. Le stylobate mesure 30™ 86g en largeur
Kig. si. — Plan du Parthénon de Périclés.
sur (')<)'" 54 en longueur. Le temple est donc, comme on le sait déjà, plus long et plus large que l'ancien Parthénon. Les divisions sont les suivantes (Fig. 21) : à l'est s'ouvre sur le péristyle un portique à six colonnes donnant accès à une cella qui mesure entre les murs igmig de largeur sur 2gm8o de longueur, et qui est divisée en trois nefs par une double colonnade intérieure. A cette cella fait suite, sans qu'il y ait d'ailleurs aucune communication entre les deux divisions, une chambre de 19'" 19 de largeur sur 13'" 37 de longueur, dont la porte, ouverte dans le mur occidental, donne accès à un
(1) Dœrpfeld, Athen. Mittheil., XV, 1890, p. 431.
portique d'arrière, construit sur le même plan que le portique d'entrée. Il est aisé de constater, au premier coup d'œil, que ce n'est pas là le plan habituel des temples doriques à trois divisions, comme le sont par exemple ceux d'Egine, d'Olympic, et le soi-disant Théseion d'Athènes. Il dérive très directement du plan de l'ancien Parthénon, avec lequel il présente de grandes analogies, signalées plus haut.
La différence réside surtout en ceci, que la largeur a été augmentée, pour donner plus d'ampleur à la cella principale qui devait abriter la statue colossale d'or et d'ivoire. Cependant le stéréobate en pôros préparé pour l'ancien temple étant construit de longue date, il fallait l'adapter au plan du nouvel édifice. On y pourvut, comme on le sait déjà, en l'élargissant du côté nord, et en raccordant avec les assises anciennes des assises nouvelles très facilement reconnaissables, car elles sont faites de blocs de pôros simplement appareillés et de marbres provenant des degrés du second Parthénon, tandis que dans les autres, travaillées avec plus de soin, les joints sont cernés par des refends. Du côté sud, au contraire, le stéréobate dépasse les degrés de marbre du temple actuel, dont l'assiette a été reportée vers le nord. A l'est, la partie inutilisée du stéréobate dépasse également les degrés sur une longueur de 4m2S (Voir fig. ig).
Mais les différences que nous venons de relever entre le Parthénon des guerres médiques et celui de Périclès sont secondaires en regard des analogies. Les dispositions essentielles communes aux deux édifices nous ramènent en effet jusqu'à l'Hécatompédon des Pisistratides qui apparaît ainsi comme le prototype, si bien que l'ancien Parthénon semble être seulement un intermédiaire entre le temple du sixième siècle et celui de Périclès. Considérons dans ses lignes essentielles le plan du Parthénon ; nous y retrouvons, moins les deux petites pièces du milieu, les deux grandes divisions qui
caractérisaient l'Hécatompédon. Chacune d'elles comporte une cella avec son portique. Entre les deux cellas, aucune communication ; elles sont séparées par un mur plein. Tout indique des affectations très distinctes, et un examen plus détaillé va confirmer ce qu'un regard jeté sur le plan nous faisait déjà pressentir.
Dès l'année 43e, on commençait à rédiger les inventaires des objets précieux déposés dans les différentes pièces du Parthénon. Ce sont là des textes officiels qui nous font connaître les noms attribués aux divisions du temple, à savoir : le pronaos, le néôs Hécatompédos, le Parthénon, et Yopisthodonie. Si Ton discute encore sur la signification relative de ces deux derniers noms, aucun doute n'est possible pour les premiers (1).
Le pronaos (xçovéu?, tcçovt^ov). C'est à coup sûr le portique oriental que limitent les antes du mur du sécos et une colonnade intérieure de six colonnes. Il donnait accès par une porte monumentale à la cella principale.
Le néôs Hécatompédos (6 veù; 6 éxa-c^iutsSo;). On n'hésite pas davantage à l'identifier avec la grande cella de l'est. Celle-ci mesure en effet, en longueur, 100 pieds attiques, c'est-à-dire la longueur de l'ancien Hécatompédon qui lui a donné son nom. D'autre part, les inventaires la désignent comme celle où se trouvait « la statue » (àyaAjj.a), c'est-à-dire la statue chryséléphantine, et l'on verra plus loin que l'emplacement de la base y est facilement reconnaissable. C'est là qu'étaient conservées les plus riches offrandes. Ainsi le pronaos et le néôs Hécatompédos formaient la partie de l'édifice réservée à Athéna, et correspondaient très exactement au pronaos et à la cella orientale du temple des Pisistratides.
Le Parthénon (6 Ilaçôevuv). Un mur plein séparait la cella
(1) Cf. Dqerpfeld, Athen. MittheiL, XV, 1S90, p. 427 et suiv. Voir, pour les textes, Jahn-Michaelis, Arx Athenarum, p. 55, 34.
de 100 pieds, YHécatompédos, de la pièce plus petite qui s'ouvre sur le portique occidental, et l'absence de toute communication intérieure indique assez nettement que cette division du temple est absolument indépendante de la première. Cette pièce de l'ouest, c'est le Parthénon proprement dit, « la chambre des vierges ». Mais de ce qu'elle ait été ainsi dénommée par allusion aux jeunes filles athéniennes qui jouaient dans la fête des Panathénées un rôle important, on n'en saurait conclure, avec M. Dœrpfeld, qu'elle leur fut spécialement réservée pour y tisser le péplos de la déesse. Les inventaires nous apprennent que le Parthénon était une chambre destinée à la garde des trésors provisoirement déposés, avant l'achèvement du temple, dans le mégaron de l'ancien Hécatompédon reconstruit après l'invasion perse. C'est seulement au quatrième siècle que le nom de Parthénon passe dans l'usage pour désigner le temple tout entier. Cette transposition est sans doute facilitée par le fait qu'à partir de 385 le Parthénon n'est plus utilisé pour la garde des trésors sacrés, très diminués, et qui figurent dès lors dans les inventaires de YHécatompédos ; il est affecté, jusqu'au temps du gouvernement de l'orateur Lycurgue, au trésor d'Etat. Après une assez courte période pendant laquelle le monument d'Ictinos est appelé tantôt YHécatompédos (1), tantôt le Parthénon, comme si Ton hésitait entre les deux dénominations, ce dernier nom finit par l'emporter, et l'usage le consacre définitivement. L'auteur d'une description d'Athènes écrite au troisième siècle avant notre ère, Hérakleidès, parle du temple « qui est appelé Parthénon » (2).
Uopisthodome (oTUffGoSojj-o?). Peu de questions ont été plus vivement discutées que celle de l'identification de Topistho-
(1) Ainsi dans un passage de l'orateur Lycurgue (Gloses de Patmos, Bull, de corresp. hellénique, I, 1877, p. i4g).
(2) G. Kaibel, Strena Htlbigiana, p. i44, 1, 8 (ô -/.a),ojf/svo; Ilapfkvoiv).
dôme (1). L'opinion courante a longtemps désigné sons ce nom le portique occidental du temple, jusqu'au jour on la découverte de l'ancien Hécatompédon a suggéré des hypothèses nouvelles. Pour M. Dœrpfeld, l'opisthodome n'a jamais été une division dn Parthénon, et il faut le reconnaître dans la cella occidentale du vieux temple d'Athéna reconstruit après 48o. Pour d'antres érudits, c'était un bâtiment distinct à la fois du vieux temple et du Parthénon. Sans entrer ici dans un examen minutieux de ce problème' archéologique, nous ferons un choix parmi les solutions proposées, et nous exposerons celle qui nous parait être le mieux d'accord avec le témoignage des inscriptions.
Il est fort probable que le mégaron occidental de l'ancien Hécatompédon fut en effet utilisé provisoirement pour la garde du trésor d'Athéna. Mais les richesses sacrées durent être transportées au Parthénon dès que l'aménagement intérieur fut terminé. Or, c'est précisément à ce moment qu'apparaît pour la première fois le nom de l'opisthodome. On le trouve dans un décret rendu en 433, sur la proposition de Rallias, pour réorganiser l'administration financière, et adjoindre au collège des trésoriers d'Athéna le collège des autres dieux. Aux ternies de ce décret, « on administrera
(1) Les principales théories qui ont été exposées peuvent se ramener aux suivantes : i° Le Parthénon et l'opisthodome sont identiques. Cette opinion a été soutenue par Furtw.enci.er (Meisterwerke, p. 177) qui, après l'avoir abandonnée (Masterpieces, p. 417), y est revenu depuis (Sitzungsberichte der baver. Akademie, 1S9S, 1, p. 355). Même théorie dans Koerte (Rluiii. Muséum, LUI, 1S9S, p. 239 et suiv.) et Fowi.er (American Journal o/Arclueology, VIII, 1893, p. S); 20 L'opisthodome est la cella occidentale de l'ancien Hécatompédon (Doerpfelu, Athen. Mittheil., XII, 1S87, p. 36, 200; XV, 1S90, p. 4îG ; XXII, 1S97, p. i(>S. Cf. Dummi.er, dans Pauly-Wjssowa, Real Encyklop., II, p. iy54; White, The Opisthodomos on ihe Acropolis at Athens, dans les Ilarward Studies in class. Philology, VI; A. Stoddard Cooley, American Journal of Archœologv, 2e série, III, 1899, p. 345 et suiv.); 30 L'opisthodome est un édifice indépendant, dont l'emplacement doit être cherché dans la partie sud de l'Acropole (Mii.CHHOEFER, Philologue, LUI, i8g4, p. 352, et Ueber die alten Burgheiligthunur in Athen, Programme de Kiel, 1899, p. 255); 4° L'opisthodome est le portique occidental du Parthénon (Michaelis, Arch. Jahrbuch, XVII, 1902, p. 24 et suiv.; Petersen, ibid., XXII, 1907, p. S-iS). C'est la théorie que nous adoptons ici.
les biens d'Athéna dans la partie droite de l'opisthodome, et le bien des autres dieux dans la partie gauche » (1). Qu'on le remarque bien; il n'est point question de la garde des trésors, qui sont conservés dans le Parthénon, c'est-à-dire dans une pièce close aux épais murs de marbre. Il s'agit d'une gestion; celle-ci se fait dans une sorte de bureau, et il est permis de croire que ce bureau est le portique occidental, fermé par de solides grilles de métal. Après cette mention, le nom de l'opisthodome ne se trouve pas signalé dans les inventaires antérieurs à l'année 399/398. A cette date, il figure à côté de celui du Parthénon. On peut donc en conclure avec toute certitude qu'il s'agit de deux divisions très distinctes, qui ont chacune leur désignation particulière dans les actes officiels. Tout au plus, dans le langage courant, commence-t-on à confondre ces deux noms. Un passage du Plu tus d'Aristophane, représenté en 3 S S, fait allusion à 1' « opisthodome de la déesse » comme au lieu où est conservé son trésor (2).
En 385 a lieu la reconstitution des deux collèges de trésoriers, réunis en un seul vers 403. A partir de ce moment, le nom de l'opisthodome ne figure plus dans les inventaires. Les objets qui y étaient conservés, les richesses sacrées gardées dans le Parthénon, sont désormais inventoriés dans 1' 'Hécatompédos, affecté au trésor d'Athéna et à celui des autres dieux. Dès lors, toute la partie occidentale du temple est pour ainsi dire laïcisée, et devient disponible pour le trésor d'Etat. Les clefs de l'opisthodome et du Parthénon ne sont plus détenues par les collèges des trésoriers, mais passent atix mains de l'épistate des prytanes. Après Lycurgue,
(1) Corpus inscr. atticar., I, 32. Cf. Cavaignac, Etudes sur l'histoire financière d'Athènes, p. io4-io5.
(2) Aristophane, Plutus, vers 1193. Scholiaste d'Aristophane, au vers cité; Jahn- Michaelis, Arx Athenarum, p. 56.
il n'y a plus de trésor d'Etat. La cella occidentale et le portique sont sans doute inutilisés depuis plusieurs années lorsque, en 304/303, les Athéniens ayant épuisé toutes les flatteries à l'égard de Déniétrios Poliorcète, jugent à propos de lui décerner un suprême honneur, en lui attribuant comme logement « l'opisthodome du Parthénon » (1). Ainsi ce nom d'abord limité au portique d'arrière, avait fini par s'étendre à toute la partie occidentale du temple, y compris le Parthénon, et rien ne s'explique plus facilement, puisque le Parthénon proprement dit avait lui-même été dépossédé de son nom au profit du temple tout entier.
Un sanctuaire à l'est, une chambre des trésors avec son portique annexe à l'ouest, tel était donc dans l'ensemble le plan du monument d'Ictinos. 11 n'est pas aisé, faute de renseignements positifs, de déterminer dans quelle mesure le Parthénon servait au culte d'Athéna. et quel rôle lui était attribué dans la fête des Panathénées. Pourtant, rien ne nous autorise à croire qu'il fut destiné au culte. La cella de Y Hccalompcdos nous apparaît plutôt comme une sorte de riche écrin de marbre destiné au colossal joyau qu'était la statue chrysélépliantine, et celle-ci, dans la pensée de Périclès. représentait beaucoup moins une statue de culte qu'une réserve d'or en cas de besoin (2). C'est l'Ërechtheion qui restail le sanctuaire religieux d'Athéna Polias dont il abritait la vieille image de bois, objet de la vénération populaire. Le Parthénon était, à vrai dire, le Trésor de la déesse.
Mais c'était aussi le plus beau fleuron de la couronne d'édifices dont Périclès avait voulu orner le rocher sacré de l'Acropole. Que le Parthénon ait été, pendant toute l'antiquité, salué comme une merveille d'art, on n'en saurait
(1) Plutarquc, Déniétrios, 23.
(2) Thucydide, H, 13.
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