‹ Le Parthénon: l'histoire, l'architecture et la sculptureChapitre 14 sur 32 · L ORDRE EXTERIEUR · texte numérisé non relu

L ORDRE EXTERIEUR

près avoir esquissé l'histoire du monument, nous pouvons l'aborder de plus près, pour en étudier l'architecture et la sculpture (1). On l'a remarqué très justement : en Grèce (( tout temple est un être vivant, qui présente immanquablement les caractères de l'espèce à laquelle il appartient, mais qui a ses traits à lui, sa physionomie propre,

(i) Pour l'étude de l'architecture, voir : Penuose, The Principles of Athenian Architecture, Londres, iS5i ; Beui.é, L 'Acropole d'Athènes, II, p. 1-60; Michaelis, Der Parthenon, p. 13 et suiv. ; Boetticher, Die Akropolis von Athen, p. 97 et suiv. ; M. d'Ooge, The Acropolis of Athens, p. 110 et suiv.; W.-R. Lethaby, Gretk Buildings represented by fragments in the British Muséum, Londres, 1908, p. 71 et suiv. Nous avons aussi mis à profit les observations de M. Lucien Magne (Le Parthenon, Paris. iSg5). Un excellent résumé de la question est donné dans le Guide de Grèce, de M. G. Fougères (Paris, Hachette, 1911), et dans l'ouvrage du même auteur, Athènes (Les Villes d'Art célèbres), 1912, Paris, Laurens. Le livre d'Emile Boutmy (Le Parthenon et le génie grec, Paris, 1S97) est une étude générale où l'auteur se place surtout au point de vue de l'esthétique et de la philosophie de l'art. Quant aux restaurations, nous signalerons surtout celle de Paccard (iS45), conservée à la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts, avec le mémoire manuscrit qui l'accompagne. Elle est publiée en partie : d'Espouy, Monuments antiques relevés et restaurés par les architectes pensionnaires de l'Académie de France, avec notices par M. G. Seijre, I, pi. 20-23. Cf. la restauration de M. Loviot (iSSi), ibid., pi. 16-19.

et ne se laisse confondre avec nul autre, fut-il de la même époque et construit dans les mêmes dimensions » (1). Si cela est vrai d'édifices tels que les temples d'Egine et d'Olympie, à plus forte raison peut-on appliquer cette définition au Parthénon. Préparé par des progrès continus et méthodiques, le monument d'Ictinos, dans sa sévère et robuste élégance, apparaît comme une vraie fleur d'atticisme qui s'épanouit à une heure privilégiée. Sous quelque aspect qu'on le considère, il donne vraiment l'impression de l'achevé, de la perfection dans le fini. Nous ne parlons pas seulement de la noblesse des lignes, de l'harmonie et de la justesse des proportions, mais du choix des matériaux et du soin scrupuleux avec lequel ils ont été mis en œuvre. Ce qui remplace ici le poros des vieux temples archaïques, c'est le plus pur marbre de l'Attique, le pentélique ati grain fin et serré. Tous les membres d'architecture, jusqu'à la moindre assise, sont travaillés avec un soin minutieux, comme si le plus obscur des ouvriers avait haussé sa conscience professionnelle au niveau de celle des maîtres, et nourri l'ambition de concourir pour sa part à la perfection de l'œuvre. C'est pourquoi le Parthénon s'impose à l'admiration comme un monument Unique où tout est d'accord, la beauté de la forme, la qualité de la matière et l'art accompli de l'exécution.

Le soubassement. — On sait déjà que l'édifice est un temple dorique, avec huit colonnes sur les deux façades principales, et dix-sept sur les deux faces latérales, les colonnes d'angle étant comptées deux fois. On sait aussi qu'il est construit sur le stéréobate en poros préparé pour l'ancien Parthénon (Fig. 26), et que, ce massif de tuf ayant été élargi du côté nord par un raccord très apparent, l'axe du temple actuel

(i) Lechat. Le Temple grec, p. 83.

s'est trouvé reporté de ce côté. Pour régler la courbe du stéréobate suivant le principe dont il sera question plus loin, l'architecte a tout d'abord établi une assise basse en marbre qui le couronne, et qui supporte le soubassement ou crépis. C'est l'assise de réglage. Il est à remarquer qu'elle n'est pas continue, mais qu'elle se poursuit seulement sur les faces nord et ouest. Elle était en effet nécessaire pour asseoir le soubassement du côté où celui-ci est supporté soit par

Fig. 2G. — Le soubassement du Parthénon, angle ouest-sud.

le rocher, soit par la partie du stéréobate qui a été raccordée. Sur les faces est et sud, où l'ancien stéréobate offrait une surface parfaitement nivelée, elle fait défaut ; il semble qu'un ravalement de même hauteur, pratiqué dans le degré supérieur de poros, ait pour objet d'en continuer le profil. Le soubassement est formé de trois degrés de marbre mesurant en hauteur, les deux premiers 5g, le troisième 55 centimètres. Celui-ci constitue le stylobate, qui se développe sur une longueur de 6gm5i avec une largeur de 30™ 86. Si les dalles des degrés n'offrent pas des dimensions régulières, tout au moins, sur le stylobate, les axes des colonnes coïncident

avec des joints également espacés. Les dalles sont (railleurs assemblées avec une telle précision qu'il faut quelque attention pour distinguer les joints.

Fig. 27. — Coupe sur le péristyle ci sur le portique intérieur de la façade orientait du Parthénon. Restauration (d'après Niemann). Dessin de Riolet.

Les degrés du soubassement ne sont pas des marches à proprement parler, et leur hauteur a été calculée non pas d'après l'effort à faire pour les gravir, mais d'après les dimen-

sions de l'édifice dont ils constituent le support. Il en est de même dans les temples doriques du cinquième siècle. 11 fallait cependant faciliter aux visiteurs l'accès des portiques, et pour cela les architectes ont usé de procédés variés. A Égine et à Olympie, ce sont des rampes d'accès; ailleurs, ce sont des gradins entaillés dans les degrés de la façade principale. Au Parthénon, des petites marches intercalées entre les degrés de la crépis permettaient d'accéder aisément aux portiques des façades principales (Fig. 27).

Les courbes. — Il convient de signaler dès maintenant une des particularités de construction les plus remarquables, et qui atteste avec quel sens délicat et subtil des nuances l'architecte a réalisé dans les lignes de l'édifice une complète harmonie. Les assises du soubassement ne sont pas rigoureusement horizontales. Elles présentent une courbe convexe qui a été reconnue simultanément en 1837 par l'architecte anglais Pennethorne et par Hoffer (1) et mesurée par Penrose en i846-i847 (2). Cette courbure est destinée à corriger l'erreur visuelle qu'entraînerait, suivant la remarque de Vitruve, l'horizontalité absolue des assises dans le soubassement; une ligne parfaitement horizontale paraîtrait, en effet, fléchir en son milieu. « Si, au moyen du niveau, elle est réglée en surface plane, pour l'œil il semble qu'il y ait affaissement (3). » C'est pour corriger cette erreur d'optique que l'architecte du Parthénon a donné aux degrés de marbre de la crépis une légère convexité, déterminée par l'assise de réglage qui les supporte. La flèche de la courbe, mesurée par Penrose, est de 65 millimètres sur les façades est et

(1) Les remarques de Pennethorne ont été publiées dans Leake, Topography of Athens, 2e éd., i84i; celles de Hoffer l'ont été dans la Wiener Bauzeitung, 1S3S.

(2) Penrose, The Principles of Athenian Architecture, ire éd., iS5i.

(3) Vitruve, trad. Choisy, Livre III, IV, 21. Cf. I, p. 6g, et Choisy, Hist. de Varchitecture, I, p. 4o7-4o8.

ouest, et de 123 millimètres sur les longs cotés. Mais le plateau formé par le stéréobate de pôros est rectangulaire et. par suite, plus long que large. 0 Si les courbes eussent été symétriques par rapport à l'axe de chaque façade, la flèche eut été différente et, par conséquent, le sommet de la courbe eut été plus élevé sur les faces latérales que sur les faces antérieure et postérieure. Pour obvier à cet inconvénient, l'architecte a infléchi de 58 centimètres de l'ouest à l'est le plateau convexe sur lequel repose le temple (1). » Ainsi, sur les longs cotés, le sommet de la flèche ne tombe pas au milieu, niais se rapproche de la façade occidentale. La théorie de Penrose n'a pas été acceptée sans discussion. S'il est vrai que la courbure existe, a-t-011 objecté, n'est-elle pas due à un affaissement du stéréobate de poros (2)? Mais l'objection tombe si l'on considère (pie le niveau le moins élevé est à l'angle nord-est. c'est-à-dire précisément au point où l'édifice pose directement sur le rocher. Et, d'ailleurs, une dépression accidentelle aurait-elle pu produire une courbe aussi régulière P

Les colonnes, d'égale hauteur, transmettent aux lignes horizontales de l'entablement la courbure du soubassement. Elle se reproduit dans les lignes de l'architrave et de la corniche, et l'on a pu dire justement que « les monolithes de l'architrave forment un polygone convexe dont les côtés sont tangents à la courbe » (3). Il en résulte que les colonnes sont comme insérées entre deux arcs de cercle parallèles et convexes.

Ce n'est pas seulement en ce qui concerne les lignes horizontales que les erreurs de vision ont été corrigées. Des

(1) Magne, Le Parthénon, p. 12.

(2) Pour les arguments opposés à la théorie de Penrose, voir Durm, Baukunst der Griechen, 2e édit., p. <j.r>. La question est résumé:1 par M. d1Ooge, The Acropolis oj Athens, p. 1 16.

(3) Magne, Le Parthénon, p. 19.

colonnes absolument verticales sembleraient s'écarter vers le dehors. Pour rétablir l'aplomb, l'architecte les a inclinées vers le centre, de telle sorte que Taxe de la colonne d'angle est incliné d'environ 7 centimètres. Les lignes verticales de l'entablement suivent cette inflexion, et ainsi l'édifice, construit à fruit, affecte la forme d'une pyramide tronquée. Il y a plus. Les colonnes d'angle, baignées de lumière, paraîtraient trop grêles cà côté des colonnes courantes si elles avaient le même diamètre que ces dernières. Leur diamètre a donc été renforcé, et l'entre-colonnement réduit. Remarquons d'ailleurs que cette inclinaison vers le centre se limite aux colonnes de l'ordre extérieur. Celles dit pronaos et de Topisthodome, qui constituent un véritable ordre intérieur, enveloppé par la péristasis, conservent leur axe vertical.

Ainsi, l'architecte du Parthénon a appliqué, à la fois dans le plan horizontal et dans le plan vertical, le principe de la compensation de l'erreur visuelle. Mais les critiques qui, après Penrose, ont repris l'étude des courbes, ont pu faire remarquer qu'il y a là plus qu'une compensation ; il y a une sorte d'exagération des courbes en sens contraire. Les lignes du soubassement, par exemple, ne sont pas strictement ramenées à l'apparence horizontale; elles présentent une convexité qui reste très sensible à l'œil. 11 y a donc lieu de modifier l'explication longtemps admise, et suivant laquelle les courbes auraient seulement pour objet de corriger l'erreur d'optique signalée par Vitruve (1). L'architecte a été plus loin. Par l'accent donné aux courbes, il a manifestement cherché à éviter cette impression de lignes rigides, qui donnent à un édifice, comme l'a dit justement Choisy, « un aspect vulgaire ». En les faisant servir à mettre les lignes d'accord

(1 ) Choisy, Histoire de l'architecture, [, p. I07-10S. Voir, en dernier lieu, W. Henry Goodyear, Greek rejinements, Stjidies in temperamental Architecture, Yale University Press, nji2.

avec la vision normale, il en a par surcroît, et de parti pris, tiré des modulations harmonieuses, suivant un rythme voulu, auxquelles le monument doit sa physionomie propre et son caractère personnel.

La colonne et le chapiteau. — L'implantation des colonnes est faite sur les joints des dalles du stylobate. L'entre-colonnement, qui n'est que de 2ms5 pour les colonnes d'angle, mesure 3m I7 à ?m5i pour les colonnes courantes. Dans son ensemble, avec le chapiteau, la colonne atteint en hauteur iom 43. Le diamètre mesure, à la base, in'(jo4, et à la partie supérieure, im48i. Pour les colonnes d'angle, le diamètre, augmenté comme on l'a vu, est de img68. Aux deux cinquièmes de la hauteur du fût, on observe le renflement caractéristique appelé entasis, qui a pour objet d'accuser d'abord l'élasticité du support, et ensuite de renforcer le galbe de la colonne pour rectifier l'illusion d'optique en vertu de laquelle un contour rigoureusement droit paraîtrait s'amaigrir. Les cannelures du fut sont au nombre de vingt.

Le travail des colonnes doit retenir un instant notre attention, car il trahit ce souci scrupuleux du fini qui est la marque des édifices attiques construits sous Périclès, et qu'on retrouve également aux Propylées. Si l'on examine le lit de pose des tambours que l'explosion de 16S7 a projetés autour du monument, et qui y ont été groupés d'une manière un peu artificielle, on remarque au centre un évidement de forme carrée, ménagé dans une surface circulaire unie (Fig. 28). Autour de celle-ci règne une zone simplement dégrossie. Le reste du lit de pose est soigneusement dressé, et dans le voisinage des cannelures le marbre est d'un poli admirable, si bien que, dans les colonnes encore debout, les joints sont souvent à peine visibles. L'évidement central était destiné à recevoir des goujons en bois dur, dont les uns étaient à

Pl. i)

Lapithe et Centaure.

Métope VII, Face sud.

iBritish Muséum et Musée du Louvre.)

mortaise, les autres munis de tenons, comme on peut en juger par les spécimens conservés au Musée de l'Acropole. Ces goujons servaient à ajuster exactement les tambours au moment de la pose, et sans doute aussi à en assurer la stabilité. Les fûts n'étaient cannelés qu'après la mise en place des

Fig. 2S. — Tambour de colonne vu par le lit de pose.

tambours. Les cannelures étaient amorcées sur le tambour inférieur et le tambour supérieur; les autres étaient posés après avoir été simplement dégrossis.

Les lits de pose étant horizontaux dans les colonnes, comment transmettre à l'architrave la courbure qui correspond à celle du soubassement? L'architecte a résolu le problème de la manière suivante. La transmission se fait par le tambour supérieur dont les lits de pose ne sont pas parallèles, et ce détail s'observe surtout dans les colonnes d'angle. Dans la dernière assise, remarque M. Magne, le lit de pose

supérieur « est taillé suivant la courbure à donner à l'entablement. Ainsi la hauteur de celte assise, à l'angle nord-ouest, varie de 17 millimètres entre les cannelures opposées ». Même procédé de taille pour le tambour inférieur, qui reçoit et transmet la courbure du soubassement, et. par suite. « il suf-

Fig. :i|. — Tambour Je colonne et chapiteau.

nsait d'un ouvrier habile, chargé de tailler la première et la dernière assise pour donner à tontes les lignes de l'édifice les inflexions prévues par l'architecte » (1).

Le chapiteau mesure en hauteur 80 centimètres. Il est sobrement décoré de quatre annelets, et Yéchinos, presque sans galbe, présente des contours fermes et redressés qui

(1) Magne, Le Parthénon, p. 19.

contrastent avec les formes aplaties des chapiteaux du sixième siècle. L'amorce des cannelures étant taillée dans le même bloc que le chapiteau, il fallait éviter que les arêtes ne s'écrasassent sous la charge de l'entablement. Pour y parer, on a dégagé le joint inférieur par une rainure qui isole les cannelures et empêche le contact avec celles du tambour placé immédiatement au-dessous ; véritable raffinement de technique, où se reconnaît l'esprit qui a présidé à l'ensemble de la construction (Fig. 29).

U entablement comprend l'architrave ou épistyle, la frise et la corniche (Voir fig. 27 et 30).

L'épistyle. — Il se compose de larges assises correspondant aux entre-colonnements, et dont les joints, portant sur les chapiteaux, tombent exactement dans Taxe des colonnes. Mais ces assises ne sont pas d'une seule pièce. Préoccupé sans doute d'éviter le maniement difficile de gros blocs d'un seul tenant, soucieux aussi d'assurer la solidité de l'entablement au cas où l'une de ces poutres de marbre viendrait à se rompre, l'architecte a usé d'un procédé assez usité dans la construction des grands temples; il a sectionné les poutres de l'épistyle dans le sens de l'épaisseur. En réalité, l'épaisseur de l'épistyle, qui mesure imSo, est fournie par trois monolithes juxtaposés; chacun d'eux a une hauteur de 1 ni 345, une largeur de 4m2g, avec une épaisseur qui varie de 55 à 65 centimètres. Aux extrémités des deux façades principales, le monolithe extérieur a une largeur de 4m 53, et son parement forme retour d'angle sur les faces latérales. Ce sectionnement n'est donc visible que si Ton regarde d'en bas le plafond de l'épistyle ; on en voit nettement les traces sur la face supérieure des chapiteaux qui ont été détachés du monument. A l'extérieur, sur les faces est et ouest, on aper-

çoit sur l'épistyle les contours des empreintes laissées par les boucliers qu'Alexandre consacra, après la victoire du Granique, et à l'est, il est criblé des trous qui ont servi à fixer les lettres de bronze d une inscription en l 'honneur de Néron, à laquelle nous avons déjà fait allusion.

La frise. — Comme dans tous les temples doriques, la

Fig. 30. — Détail de l'entablement. Partie nord de la façade ouest.

frise se compose de triglyphes et de métopes alternés. On compte quinze triglyphes sur les façades et trente-trois sur les longs côtés. Les métopes sont au nombre de quatorze sur les façades, et de trente-deux sur les faces latérales. Nous reviendrons plus loin à ces métopes qui ont olfert aux décorateurs

du Parthénon un champ utilisé pour la sculpture. La frise a la même hauteur que l'épistyle et s'y rattache par un bandeau plat ou tœnie. Au droit de chaque triglyphe, sous ce bandeau, fait saillie un listel (régula) d'où se détachent six petits appendices de forme cylindrique qui sont les gouttes; ils rappellent le souvenir des chevilles employées dans les anciennes constructions en bois d'où dérivent les éléments de Tordre dorique. Les canaux des triglyphes sont à section

Fig. 31. — Parties hautes du Partit *non. Vue prise de l'ouest.

triangulaire. Sur les côtés de l'assise où ils sont entaillés, on observe des rainures ; c'est là que venaient glisser les dalles sculptées des métopes au moment de la mise en place.

Afin d'alléger la charge qui pèse sur l'épistyle, l'architecte n'a pas employé pour la frise des assises en parpaings. Au vrai, il a fait courir sur l'épistyle deux assises parallèles, entre lesquelles est réservé un vide. Du côté extérieur, l'assise est formée par les blocs des triglyphes, et par ceux en avant desquels s'insèrent les métopes. Du coté intérieur,

LE PARTIIÉNON

c'est une autre rangée d'assises. Grâce au vide ainsi ménagé, une sorte de couloir étroit, haut de 1'" 345, règne entre les

Fig. 32. — Construction de l'entablement et du fronton occidental. D'après Penrose.

deux parois de la frise et se poursuit sur tout le pourtour du monument (Fig. 3 1).

La corniche et le fronton. — Au-dessus de la frise de Tordre, la corniche (yôïaov) se projette en une puissante saillie et protège les triglyphes et les métopes contre le ruissellement des eaux pluviales. Elle a pour élément essentiel le

larmier dont le plafond se relève obliquement du dehors vers le dedans, et offre la décoration qui est de règle dans l'ordre dorique, cà savoir une série de tablettes séparées par des intervalles réguliers. Ce sont les mutules avec leurs trois rangs de gouttes. La face verticale du larmier se creuse d'une rainure profonde, le coupe-larmes, destiné à faciliter l'égouttement des eaux de pluie glissant de la corniche.

Sur les deux façades est et ouest, au-dessus de la corniche, s'ouvre le tympan triangulaire du fronton, qui couronne comme un diadème la noble ordonnance de la colonnade et de l'entablement. Le tympan proprement dit mesure 5 8 '" 35 en largeur, 3'" 46 en hauteur, gi centimètres en profondeur. Il a pour cadre les assises horizontales du larmier et les corniches rampantes qui en répètent la forme, moins les mutules, mais qui s'achèvent par une cymaise lesbienne dont la courbe complète heureusement la silhouette du fronton. Dans certains temples, la cymaise lesbienne en quart de rond se prolonge sur les faces latérales. Ici, elle se limite aux frontons, sauf un petit retour d'angle qui, sur les faces nord et sud, vient buter contre une tête de lion formant chéneau. Celle-ci décore une assise taillée pour recevoir un des acrotères, et dont la face verticale se termine à l'autre extrémité par une palmette sculptée (Fig. 32).

De bonne heure, l'art grec a adopté ce type de gargouille en forme de tête de lion, et il Fa reproduit avec persistance. Ainsi s'explique qu'il lui ait conservé un caractère conventionnel, comme s'il l'assimilait aux éléments immuables de l'ordre dorique, tels que les triglyphes et les mutules. Les mufles de lions du Parthénon offrent donc certaines formes typiques par lesquelles ils s'apparentent aux exemplaires du sixième siècle, témoin ceux de l'Hécatompédon (1). Mais

(1) Voir Schrader, ArchaisChe Marmor-Skulpturen im Akropolis-Museum zuAthen, p. 75.

jusque dans ces morceaux secondaires éclate un art vigoureux et sobre. C'est avec une singulière fermeté que le sculpteur a détaillé la collerette de la crinière, les plis du mufle froncé, et le retroussis des lèvres qui mettent à nu des crocs menaçants. Si les chéneaux du temple de Zeus à Olvmpie offrent, par exception, plus de variété et de fan-

Fig. 33. — Tcii (lr lion Formant chéneau. Angle nord-ouest <lc- la face nord.

taisie. aucun ne peut soutenir la comparaison avec ceux du Parthénon (Fig. 33).

Le fronton se complète par les acrotères : celui du milieu et ceux qui décorent les deux angles. On savait fort peu de chose des acrotères du Parthénon, et on en était réduit à les restituer par conjecture, jusqu'au jour où des études récentes ont permis d'en prendre une idée exacte. Grâce aux fragments conservés au British Muséum et au Musée de l'Acropole, M. Prasclmiker a pu reconstituer les deux acrotères du

Pl. 14

D. Dionysos (British Museur

E. F. Déméter et Coré (British Muséum 1.

FRONTON EST

milieu (i). Hauts d'environ 2m8o, ils se composaient d'un élégant assemblage de tiges cannelées, souples et fortes, de feuilles dentelées, de rinceaux en volute et de demi-palmettes (Fig. 34). Cet ensemble hardiment ajouré formait un décor à la fois svelte et riche, et découpait sur le ciel une fine silhouette. On est moins renseigné sur les acrotères

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Fig. 34. — Restitution des deux acrotères du milieu. D'après Praschniker.

d'angle ; mais tout permet de croire qu'ils étaient en harmonie avec ceux du centre.

La couverture. — Nous ne saurions aborder ici l'examen d'une des questions les plus controversées, celle de la forme des charpentes du comble. Aucune trace n'en est restée sur les pignons des frontons, et le problème ne peut être résolu que par hypothèse. Il est tout au moins certain que la couverture consistait en tuiles de marbre de Paros, dont on possède des spécimens. Les tuiles de recouvrement (auXïjvs;)

(i) Praschniker, Die Akroterien des Parthenon (Wiener Jahreshefte, XII, 1910, p. 5-4o). Cf. A.-H. Smith, Sculptures of the Parthenon, p. 68. Voir aussi Lechat, Revue des Etudes anciennes, 1911, p. 138-142.

loi

mesurent 675 millimètres de largeur. Soigneusement polies au milieu, simplement repiquées à la pointe sur remplacement des couvre-joints, elles sont munies d'un rebord destiné à faciliter la pose. Les couvre-joints (KaXyicrîjpsç), longs de

F«6- 35- — Toiture du Parthénon à l'angle sud-ouest. Restitution de Penr

77 centimètres, larges de 24, sont à deux pentes. Les eaux de pluie qui coulaient sur cette couverture de marbre n'étaient pas recueillies dans un chéneau, car il n'y avait point, sur les longs côtés, de cymaise qui put remplir cet office. Elles se déversaient entre les antéfixes de marbre qui couronnaient

la corniche sans se raccorder cependant avec les couvrejoints dont elles restaient indépendantes (Fig. 35). Ces antéfixes, dont le British Muséum et le Musée de l'Acropole se partagent les spécimens, ont la forme de palmettes stylisées sortant de deux larges volutes, et rappellent, par la sévérité des lignes, celles qui couronnent les stèles funéraires de la première moitié du cinquième siècle (1). On pourrait être surpris du contraste que présentent ces formes avec celles des acrotères où s'épanouit si librement le décor végétal. Mais ici l'architecte avait moins de liberté et comme il avait dû conserver aux têtes de lions des gargouilles un type conventionnel, pour les mettre d'accord avec les éléments doriques de l'entablement, la même nécessité s'imposait pour les antéfixes de la couverture.

La construction et les procédés cl 'assemblage. — Nous ne sommes pas choqués de voir, dans nos édifices modernes, un travail apparent de maçonnerie. Mais rien n'était plus contraire aux habitudes des Grecs. Aussitôt qu'ils mirent en œuvre la pierre appareillée, ils abandonnèrent le procédé de liaison par le mortier, et c'est au moyen d'agrafes de fer qu'ils assemblèrent les assises. A plus forte raison ont-ils appliqué cette méthode dans un temple en marbre, tel qu'est le Parthénon. Ici, le travail d'assemblage est d'une merveilleuse précision, et il est pour ainsi dire intérieur, car rien ne le trahit au dehors. Tous les blocs d'une même assise sont reliés par des agrafes de fer, affectant la forme d'un double T et chaque assise est reliée à l'assise supérieure par des tenons de fer verticaux. Ainsi toutes les parties de l'édifice sont solidaires: toutes les assises forment un chaînage continu

(1) Cf. aussi les acrotères du-sanctuaire d'Aphaia à Égine (Furtwjengler, JEgina, p. 358, fig. 284).

sans que l'œil perçoive autre chose que des joints crime extrême finesse.

On ne saurait trop admirer avec quelle hardiesse heureuse l'architecte a su assurer la stabilité des parties hautes. Qu'on examine, par exemple, le cadre des frontons. (Test sur la corniche horizontale que portait l'énorme poids des statues; or elle est, suivant le mot de M. Magne, « en bascule sur les plaquettes de la frise » (1). Pour parer au danger, ce n'était pas encore assez d'avoir donné aux blocs de la corniche une forte épaisseur; en arrière des grandes dalles dressées qui forment le fond du tympan, un second mur en assises vient doubler le premier, et faire ainsi contrepoids aux statues (Fig. 36 et pi. 8, 1). Quant aux corniches rampantes qui se prolongent à l'aplomb de la corniche droite, « la bascule, ajoute M. Magne, n'était évitée que par le poids même de la partie postérieure de l'assise, reliée par des agrafes de fer aux dalles du fronton et au mur adossé ». A voir une telle perfection technique, on s'explique comment le Parthénon a victorieusement résisté à l'action du temps, et l'on comprend aussi avec quel respect les « tailleurs de marbre » d'Ictinos traitaient les magnifiques matériaux qu'ils mettaient en œuvre.

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