‹ Le Parthénon: l'histoire, l'architecture et la sculptureChapitre 25 sur 32 · PARI III KO · texte numérisé non relu

PARI III KO

du fronton occidental n'avaient été terminées ei mises en place qu'après son exil (i). Mais que telle <>n telle main ail tenu le ciseau, il importe peu, si cette main était dirigée par l'intelligence créatrice qui seule avait conçu pour le Parthénon ce magnifique décor. El telle est, en effet, la conclusion qui s'impose, quand on se rappelle le mot de Plutârque : « Phidias dirigeait tout. C'est bien l'art <ln maure que nous saluons devant ces marbres, les seuls a vrai dire qui nous permettenl de l'approcher d'aussi près.

Revenons à l'un des ir.iiis les plus saillants, à la composition des frontons telle que nous l'entrevoyons. I ne comparaison précise avec ceux d'Egine et d'OIympie Ferait facilement comprendre tout ce que Phidias \ a introduit de nouveauté (2). Ici. plus de figure centrale, étrangère à l'action, séparant les deux ailes par sa silhouette rigide. An milieu de chaque tableau, l'attention se concentre sur le prodigieux miracle qui s'accomplit, rapide, instantané, provoquant la stupeur et l'émotion des spectateurs les plus proches. Ensuite, par une sorte de cadence savante, qui se répète dans chaque aile, le mouvement s'atténue, s'affaiblit, et vient comme mourir dans l'altitude nonchalante des figures d'angle. Et cette sorte d'apaisement progressif se poursuit sans heurt, sans secousse, grâce au groupement des figures, debout, puis assises, puis couchées, si bien que l'œil perçoit avant tout un rythme harmonieux de lignes, réglé a\ ec une souveraine aisance.

Assurément, on ne saurait apprécier avec exactitude la part revenant à l'invention de Phidias que si l'on considère ce qu'avaient l'ail ses devanciers. On l'a dit justement :

mi Puchstein, par exemple, s'est refusée reconnaître l'art de Phidias «tans les sculptures du Parthénon (Arch. Jahrb., V, 1890, ]>. 19-117). Klein lui attribue seulement le fronton esl (Griech. Kunst, 11. p. 103).

(2) Cf. l'tui w 1 \(.i 1 11. Ëgina, |>. ;-s

Face nord, XXVIII, Cavaliers (British Muséum.

Face sud, XL, Théores et victimes (British Muséum.)

FRISE DE LA CELLA

(( Phidias n'est pas un isolé; il a derrière lui toute la tradition de Fart athénien, et près de lui, sous sa main, tout l'acquis de cet art; sa mission est d'assurer au long travail antérieur son couronnement, de fixer en un aspect définitif ce qui était jusque-là inachevé et incertain (1). » Mais, s'il est vrai qu'il n'a rien ignoré de l'effort accompli par ses précurseurs, il reste vrai aussi que, par un coup de génie, par une vision large et claire d'un idéal supérieur, il a dégagé de ces éléments encore mêlés d'archaïsme la plus achevée des formules d'art. Ce n'est pas rendre suffisamment justice à la perfection absolue dont il revêt la forme humaine, ou tout au moins c'est n'en définir qu'un des aspects, que de le considérer comme un génie « éminemment conservateur » (2). N'est-ce pas créer que de réaliser ce que d'autres ont seulement ébauché P Où trouver avant Phidias cet équilibre heureux entre les qualités diverses et parfois opposées de l'esprit grec, cette incomparable fraîcheur de modelé qui donne à ces beaux corps divins une si intense plénitude de vie, ces attitudes à la fois vraies et empreintes d'une noblesse surhumaine, où le naturel le plus aisé s'allie à la plus sereine dignité? Avec Phidias, l'art a atteint la plus haute cime, et dans un moment unique, sans précédent ni sans lendemain, il l'illumine d'un incomparable éclat.

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