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LA FRISE

Tandis qu'à l'extérieur du temple, les frontons glorifiaient la naissance d'Athéna et le miracle qui lui avait donné la possession de l'Attique, autour du mur du sécos se déroulait

(1) Lechat, Phidias, p. 109. La même idée a déjà été exprimée par J. Lange, Darstellung des Menschen in der œlteren griech. Kunst, p. 391.

(2) Pottier, Bull, de corresp. hellén., XXI, 1897, p. 509.

une suite ininterrompue de bas-reliefs où apparaissait la cité athénienne, rendant hommage à la déesse protectrice. Dans cette frise qui enserrait le sanctuaire, comme un riche collier au cou (Tune statue de culte, Phidias avait représenté la procession solennelle des Panathénées.

Tous les quatre ans, dans la dernière décade du mois I lécatombaion, la fête des grandes Panathénées était célébrée avec éclat. Des jeux hippiques et gymniques, des concours musicaux occupaient les premières journées. Mais l'acte essentiel, c'était la remise à Athéna des offrandes, un péplos jaune et violet, tissé et brodé par les Errhéphores, et une couronne d'or, le prix de la vaillance (<xçi<rreïov) mérité par la déesse dans la lutte des dieux contre les géants. Ces hommages, Athéna les recevait dans son temple. Pour les lui apporter, une procession solennelle montait à l'Acropole. Dans la clarté limpide d'un jour d'été, le cortège se formait au Céramique extérieur. Derrière la petite trière, portée à bras d'hommes, au mat de laquelle le péplos était attaché en guise de voile, suivaient les magistrats de la cité, les jeunes filles portant les vases sacrés, les théores conduisant les victimes destinées au sacrifice, les vieillards tenant des rameaux d'olivier, les chars qui avaient pris part au concours, et les rangs pressés des cavaliers. En un bel ordre que maintenaient des commissaires, la procession traversait le Céramique intérieur, l'Agora, passait près de rÉleusinion, contournait les pentes méridionales de l'Acropole, et venait déboucher au pied du pyrgos d'Athéna Niké. Là, on détachait le péplos ; les gens à pied et les victimes gravissaient seuls le sentier rocheux, et, après la remise des offrandes, la fête s'achevait par une hécatombe.

Le spectacle vivant, réel, du cortège en marche par les rues, et offrant à l'admiration de la cité sa magnifique ordonnance, voilà le tableau que Phidias a immortalisé dans le

marbre de la célèbre frise (1). On est tenté d'oublier, tant la composition en parait aisée et facile, les difficultés qu'il avait à vaincre. Disposer cette foule de figures dans un champ coupé en quatre tronçons par les angles du sécos et mesurant 1 mètre en hauteur et 160 mètres en longueur, y répartir environ trois cent soixante personnages humains, sans parler des animaux, les entraîner dans un mouvement régulier et uniforme, tel était le problème à résoudre. Phidias en a trouvé

Cavaliers

apobates, spondophores, théores

S O Cavaliers

Face ouest

Face est

Face sud

apobates, spondophores, théores

Fig. 67. ■ — Plan de la frise de la cella.

Ergastines

magistrats

dieux

prêtre

et prêtresse

dieux

magistrats

ergastines

une solution simple et claire. Du point de départ, qui est exactement l'angle sud-ouest du temple, la procession aboutit à un point d'arrivée qui est le centre de la face orientale. Mais comment, sur les longs côtés, la diriger dans une marche parallèle? Pour donner au cortège cette unité de direction, l'artiste l'a pour ainsi dire dédoublé et divisé en deux files séparées par la largeur du sécos. Qu'on supprime celle-ci par la pensée ; il semble dès lors que la procession s'avance sur

(1) Pour la bibliographie relative à l'ensemble de la frise, voir notre Histoire de la sculpture grecque, II, p. 52. Cf. en outre : Lange, Darstellung des Menschen in der celteren griech. Kunst, p. 81-91 ; Murray, The Sculptures of the Parthenon, p. 82-125, avec une planche d'ensemble (pi. XIII); Peter Hertz, Studien over Parthenons Kvindefigurer, p. 55 et suîv. ; A. -H. Smith, The Sculptures of the Parthenon, p. 50-67; S. Reinach, Répertoire de reliefs grecs et romains, p. 3 1-4 1 .

deux rangs, les mêmes groupes se répétant sur chacune des faces latérales. Ainsi le spectateur qui commençait l'examen de la frise par le coté ouest, la voyait se poursuivre dans un développement continu, soit sur le coté nord, soit sur le côté sud, suivant le chemin qu'il prenait pour arriver à la façade orientale (Fig. 67).

La frise ouest (1). — Considérons d'abord le coté ouest, celui qui se présentait au visiteur, lorsqu'il avait franchi les Propylées, et prenons notre point de départ à l'angle sudouest. Le lieu de la scène est le Céramique extérieur, et voici les derniers cavaliers qui se préparent, aidés de leurs serviteurs. L'un d'eux revêt sa chlamyde; un autre, le pied posé sur une pierre, attache sa chaussure, près de son cheval tenu en main par un jeune garçon. Le suivant, avec le secours d'un camarade, maîtrise sa monture qui se cabre, tandis que le cheval laissé libre piaffe et s'ébroue. Ce sont les épisodes pittoresques qui accompagnent le départ d'une troupe de cavaliers. Le sculpteur n'a pas reculé devant les détails les plus familiers, témoin le cheval qui frotte ses naseaux contre sa jambe pour chasser les mouches dont il est harcelé.

La composition est si habilement agencée que ces retardataires semblent occuper le premier plan. Au centre, en effet, s'éloignant du Céramique, des cavaliers galopent pour rejoindre le gros de la troupe. Toutefois, comme le rythme de la composition exige dans la partie gauche un rappel des préparatifs du départ, on les voit reparaître, mais dans des motifs plus espacés. C'est un cavalier corrigeant sa monture (Fig. 68), un jeune homme casqué se chaussant, un éphèbe

(1) La frise ouest est encore en place au Parthénon, sauf les plaques I et II qui sont à Londres (Michaelis, Der Parthénon, pi. 6; Guide, n° 326, p. gS ; A. -H. Smith, The Sculptures of the Parthénon, pi. 61-71, p. 60-61 ; Arndt-Bruckmann, Denkmœler der griechisch.-rœm. Skulptur, nos 5<>3, 522, 553, 571, avec texte).

debout auprès de sou cheval, un autre nouant une bandelette autour de sa tête (1), tandis qu'un écuyer et un homme d'âge mûr causent entre eux, près du cheval impatient de partir. Cependant, derrière eux et comme au second plan du tableau, des cavaliers déjà montés passent en petits pelotons et se

Fig. 6S. — Frise de la cella. Face ouest, VIII. Préparatifs de départ (En place au Parthénon).

hâtent pour tourner l'angle nord-ouest, sous le regard d'un ordonnateur.

Les frises nord et sud (i). — ■ Sur les longs côtés, où le

(1) Passow, Arch. Jahrbuch, XV, 1900, p. Ai et suiv.

(2) Frise nord (Michaelis, Der Parthénon, pi. 12-13; Guide, p. 83-98, n° 235 et fig. 29-32; A.-H. Smith, The Sculptures of the Parthénon, pi. lo-Go et 55-Go, avec la mise en place des fragments). En partant de la plaque I, la plupart des morceaux conservés sont à Athènes. Il y a des lacunes qui se complètent avec le dessin attribué à Carrey, celui de Stuart, et des fragments conservés à Londres et à Athènes. La plus grande partie de la cavalcade (plaques XXIV à XLII) se trouve au British Muséum. Frise sud (Michaelis, pi. 10-11 ; Guide, p. 101-112, n° 327; The Sculptures of the Parthénon, pi. 72, 91, p. Gi-65). Une partie de la plaque I et la plaque II sont en place au Parthénon. Le reste de la cavalcade (plaques III-XIII) se répartit inégalement entre Londres et Athènes. Lacunes au centre. La fin de la frise se trouve au British Muséum et au musée de l'Acropole.

cortège est dédoublé, les mêmes groupes se répètent dans le même ordre, séparés comme nous l'avons dit par l'épaisseur du temple (1). Toutefois, les deux frises gardent chacune leur physionomie personnelle, attestant ainsi l'aisance et la fertilité de l'invention. Ne pouvant ici nous attarder à ces différences, nous ne considérerons que l'ensemble de la composition.

Fig. 6g. Frise de la cella. Face nord. M. II. Préparatifs de départ (British Muséum).

Notons cependant un fait essentiel, qui fait bien comprendre le rythme général de la frise. Sur les deux longues faces se continue le défilé de la cavalcade; mais comme c'est vers l'angle nord-ouest (pie se dirige tout le mouvement, il a fallu relier étroitement les deux sections ouest et nord. Voilà pourquoi, sur celte dernière, le sculpteur a rappelé un des motifs principaux de la précédente. Au retour d'angle reparaissent les préparatifs du départ ; un jeune homme contient son

(1) De là vient que sur une planche où les reproductions des deux frises seraient juxtaposées, les personnages de ta frise nord se dirigeai vers la gauche, ceux de la frise sud vers la droite. Ci'. Murray, The Sculptures ofth Parthenon, pi. XIII.

cheval; un autre achève de s'équiper, aidé par un serviteur qui ajuste les plis de sa tunique (Fig. 69). Du coté sud, au contraire, point de transition. Les cavaliers partent directement de l'angle.

Est-il besoin de décrire longuement une des œuvres les plus populaires de l'art grec, la cavalcade immortelle des Panathénées? Et ne risque-t-on pas de tomber dans les redites, si Ton prétend traduire l'impression de vie intense et harmonieusement réglée qui s'en dégage ? Regardez ces cavaliers défilant à flots pressés, et dont les montures semblent, au rythme des foulées, marteler le sol de leurs sabots avec une cadence régulière. Pour la plupart, ce sont des jeunes gens imberbes, presque des adolescents. Charmants de grâce juvénile et de fierté modeste, le buste droit, la tête parfois légèrement inclinée, ils manient avec aisance leurs chevaux qui s'enlèvent dans une courbette, et dont les formes fines, l'encolure large, la tète nerveuse et sèche, rappellent la description faite par Xénophon du cheval de guerre idéal (1). La réalité a ici une large part. Voici en effet des costumes et des équipements que les Athéniens pouvaient voir tous les jours. Tel cavalier porte le pétase thessalien, la chlamyde et les bottines de cuir à retroussis flottants que les peintres de vases du cinquième siècle ont si souvent reproduits. Tel autre est coiffé du bonnet en peau de renard emprunté aux Thraces. Çà et là apparaissent des cavaliers militaires, reconnaissables à leur cuirasse et à leur casque surmonté d'une aigrette. D'autres enfin sont complètement nus ou vêtus seulement d'une chlamyde qui flotte derrière leurs épaules (Fig. 70 et pi. 19-20).

On s'est demandé pourquoi Phidias avait attribué dans

(1) Xénophon, Traité de VÉnuitation, I. Cf. sur le type du cheval du Parthénon, Cherbui.iez, A propos d'un cheval, Paris, 1S60; Passow, Studien zum Parthénon, 1902, p. 42 et suiv.

la frise cette importance prépondérante à la cavalcade. Voulait-il rappeler que Périclès avait récemment réorganisé la cavalerie athénienne, en portant son effectif de 600 à 1.000 hommes (1) ? 11 est certain que la cavalerie militaire a sa place dans le défilé. Mais ce que l'artiste a représenté,

Fig. 70. — Frise de la cilla. Face nord, XXXIX. Détail. Cavaliers (British Muséum).

avec l'acception la plus largo, c'est l'élite de la jeunesse dont Athènes admirait l'élégance et la belle tenue, et dont elle saluait dans la frise l'image à la fois vraie et idéalisée ; c'est, suivant le mot de Périclès, le « printemps de l'année ».

En avant des cavaliers s'avancent les chars qui ont pris part aux concours panathénaïques. Ils sont conduits par des

(1) Helbig, Les 'Ir.Kiîi athéniens, p. 90.

auriges, et montés par des personnages portant le casque et le bouclier. Plusieurs de ces derniers accomplissent la manœuvre prescrite dans la course des apobates, sorte de voltige consistant à descendre du char et à y remonter en pre-

Fig. 71. — ■ Frise de la cella. Face nord, XVII. Apobates (Athènes, musée de l'Acropole).

nant une roue comme point d'appui (Fig. 71). Plus près de la tête du cortège marchent les thallophores, des vieillards tenant des rameaux d'olivier; les musiciens, joueurs de flûte et de cithare; les spondophores, des jeunes gens drapés dans leur himation, portant sur l'épaule une hydrie qu'ils maintiennent d'un bras relevé (Fig. 72); les shaphéphores recrutés parmi les métèques, chargés des bassins d'argent et de bronze que men-

donnent les inventaires du Parthénon, et (jiii contiennent les gâteaux de miel et de farine destinés aux offrandes. La partie

des deux frises la plus rapprochée de la face orientale est remplie par le défilé des théores et des victimes, taureaux, vaches et moutons, offertes pour l'hécatombe soit par la cité, soit par les colonies athéniennes. Vêtus du manteau, quel-

Fig. 7'2. — Frise de la cella. Face nord. VI. Spondophores (Athènes, musée de l'Acropole).

ques-uns strictement drapés jusqu'au menton, les théores marchent cà coté des victimes, non sans avoir parfois à réprimer l'élan d'un taureau qui mugit, le mufle relevé, essayant de j (rendre le galop (PI. 20).

Frise est (1). — A droite et à gauche de la face orientale débouche la tête du cortège, comme si chacun des rangs

(1) Michaelis, pi. il; Guide, p. 71, n° 32e; The Sculptures of the Parthénon,

dédoublés sur les longs côtés venait de tourner les angles nord-est et sud-est. A l'extrémité sud, cette idée est nettement traduite par la présence d'un ordonnateur, qui, avec un geste d'appel, semble inviter le reste de la procession, encore en marche sur le côté sud, à presser le pas. De chacun des angles de la frise orientale, un gracieux défilé se dirige vers le centre. Ce sont d'abord des jeunes filles en costume de fête, portant des ustensiles sacrés, phiales ou œnochoés, ou de lourds brule-parfums. Tout à fait en tête du cortège, un groupe distinct est formé par des jeunes filles, au nombre de quatre de chaque côté, marchant les mains vides. Du côté droit, elles vont deux par deux, séparées par un ordonnateur, tandis qu'un second, tourné vers elles, tient une corbeille. Un autre attend; un quatrième, le bras levé, annonce l'arrivée de la procession. Ces jeunes filles auxquelles est réservé le premier rang, ce sont les ergastines, choisies dans les meilleures familles athéniennes pour travailler au péplos d'Athéna. On sait, par des témoignages certains, qu'elles prenaient part au cortège panathénaïque. Un décret du peuple leur décerne des éloges pour « leur beauté et leur belle tenue » (1). Quel meilleur commentaire de l'inscription que les charmantes figures de la frise? S'avançant d'un pas mesuré et lent, avec une démarche à la fois solennelle et réservée, la tête un peu inclinée, portant avec une grâce pudique le chiton aux longs plis droits qui leur donne l'apparence de nobles statues vivantes et animées, elles sont bien les sœurs des élégants cavaliers de l'arrièregarde, et comme la fleur exquise de la jeunesse féminine d'Athènes (Fig. 73).

Encore plus près du centre, deux groupes symétriques se

pi. 30-39. La plus grande partie est à Londres. Le Louvre possède la plaque VII, et le musée de l'Acropole un fragment de la plaque II, avec une partie de la plaque VI, dont le reste est perdu et n'est connu que par un moulage.

(1) Koehler, Athen. Mitfkeil., VIII, 1SS3, p. 57; P. Foucart, Bull, de corresp. hellénique, XIII, iSSy, p. 170.

répondent de chaque côté. A droite, quatre personnages, les uns imberbes, les autres barbus, quelques-uns s'appuyant sur leur bâton, dans l'attitude que les peintres de vases et les sculpteurs de stèles funéraires prêtent si souvent à l'Athénien, tous vêtus de riihnation de laine qui laisse le buste à

Fig. 73. — Frise de- l.i rdla. Face est, VII. Ordonnateur et ergastines (Musée <lu Louvre).

découvert. Si leur costume et leur type les désignent clairement comme des citoyens, on peut hésiter sur le nom qui leur convient. Faut-il reconnaître ici des archontes, des magistrats de la cité ou des athlotètes, chargés d'organiser les concours panathénaïques (1)? Quelle que soit l'interprétation adoptée, il faut, croyons-nous, renoncer à y voir, suivant une hypothèse récemment émise, les héros éponymes des dix tribus attiques (2). Ces personnages ne se séparent pas

(1) Aristotc, 'ASrjvaJuv IIoliTsfa, p. 60, éd. Kenyon.

(2) Arvanitopoullos, Athen. MitteiL, XXXI, 190G, p. 38 et suiv. ; Weissmann, Hermcs, 1906, p. G19 et suiv.

du reste du cortège dont ils attendent l'arrivée, parvenus au lieu de la halte.

La fête célébrée en l'honneur d'Athéna est l'occasion d'une théôxénie; en d'autres termes, la déesse reçoit les dieux de l'Olympe dans son sanctuaire. La prêtresse a fait préparer pour cette assemblée les douze sièges sacrés conservés au Parthénon, et les hôtes divins prennent leur part du sacrifice offert à la déesse du temple. Cette idée, le sculpteur de la frise l'a traduite en plaçant au point d'aboutissement de la procession le groupe des dieux assis, scindé en deux parties symétriques par les figures centrales (1). Les Olympiens sont à la fois présents et invisibles pour les yeux des humains. Un peintre, usant des ressources de la perspective, les aurait représentés au second plan, formant un demi-cercle continu, regardant la tête du cortège qui débouche devant la façade du Parthénon.

A n'en pas douter, les douze grands dieux de l'Olympe sont réunis là, et l'on ne peut discuter que sur leur identification.. Examinons d'abord le groupe de gauche. Dans la partie la plus rapprochée du centre, Zeus se reconnaît sans peine au trône d'honneur sur lequel il s'accoude, vêtu, comme les deux autres dieux, d'un himation qui recouvre seulement le bas du corps. Près de lui, assise sur un siège plus simple, le tabouret ou diphros également attribué aux autres Olympiens, Héra se retourne vers le maître des dieux, écartant son voile avec le beau geste déjà esquissé souvent par les vieux maîtres archaïques, et qui prend ici une ampleur et une dignité souveraines (PL i\). A la suite, une jeune femme debout, rajustant d'une main la lourde masse de sa chevelure, ne peut être qu'Iris, la messagère de l'Olympe (q). Plus loin,

(1) Furtw^ngler, Meisterwerke, p. i85 et suiv.

(2) La tête a été retrouvée "dans les fouilles de l'Acropole (Waldstein, A mericun Journal of Archœology, îSSy, p. 1-2, pi. II).

Ares est assis dans la pose la plus familière, les pieds ne touchant pas le sol, les mains nouées autour de son genou relevé. Et ici Phidias n'a rien inventé, car la peinture lui avait fourni un modèle; telle était, en effet, l'attitude d'Hector attristé dans la fresque de la Nehyia, œuvre de Polygnote. Viennent enfin Déméter, tenant la torche des initiations éleusiniennes, soutenant d'une main son menton, avec un geste un peu las. pensive comme une figure de deuil, et, à l'extrémité du groupe, deux jeunes dieux réunis dans une intimité affectueuse, Dionysos et Hermès, ce dernier reconnaissable au pétase posé sur son genou.

A droite, la figure la plus voisine du centre est celle d'Athéna. La déesse est, pour ainsi dire, en costume civil; elle a dépouillé l'égide, déposé le casque et la lance, et à la voir ainsi, vêtue seulement du chiton dorique, elle apparaît comme la sœur divine des jeunes filles attachées à son culte. Appuyé sur son bâton placé sous Faisselle gauche, Héphaistos se tourne vers elle. Plus majestueux, Poséidon troue avec dignité, le buste droit, la main gauche levée vers son voisin. Celui-ci, un jeune dieu imberbe, est sans doute Apollon; sa chevelure était ceinte (rime couronne de bronze doré. Des trois ligures qui font suite, la première seule, celle d'une déesse assise, est en partie conservée (PI. 21). Les deux autres, aujourd'hui perdues, ne sont connues que grâce à un moulage du Louvre pris en 1787 par Fauvel et rapporté par Choiseul-Goumer (1); il est aisé d'y reconnaître Aphrodite et Eros. Aussi a-t-on souvent proposé pour la ligure placée à gauche d'Aphrodite le nom de Peitho, dont le culte était associé sur l'Acropole à celui de la déesse (2). Mais Peitho, la

(1) Miciia] us. Nuovi Memorie </<//* Inst., II, i865, p. iS;., pi. VIII. Amelung (Rœm. MittheiL, VIII, îSyj, p. 76) a signalé un petit fragment conservé à Païenne.

(2) Voir, en dernier lieu, Pottier, La Peitho du Parthénon et ses origines (Bull, de corresp. hellénique, XXI, 1S97, p. 497-509). M. Pottier n'en a pas inoins établi

Persuasion, n'est que la compagne d'Aphrodite, et les grands dieux seuls ont droit à un siège dans la théoxénie. Cette déesse ati type virginal, dont la coiffure est serrée dans un large bandeau d'étoffe (1), doit être plutôt identifiée avec Artémis, assise auprès de son frère Apollon. C'est donc un groupe indépendant que forment plus loin Aphrodite et Eros, la déesse désignant du doigt quelque détail de la procession

Fig. 74. — Fragment de la frise du Trésor de Siphnos (Musée de Delphes).

à Éros, qui regarde attentivement, tenant d'une main le long manche d'une ombrelle, et s'appuyant de l'autre sur les genoux de sa mère.

Phidias n'a pas prêté aux dieux de la frise une majesté froide et solennelle; il les a, pour ainsi dire, humanisés. Dans leurs attitudes aisées, pleines de naturel, parfois d'une fami-

avec certitude la filiation du type figuré sur la frise avec une plaquette de terre cuite, de style archaïque, trouvée sur l'Acropole.

(1) Cf. les rapprochements faits par M. Pottier avec une tête en marbre du Louvre, exécutée entre les années 45o et 44o, et antérieure par suite au Parthénon (Bull, de corresp. hellénique, XX, 1896, p. 445-448, pi. XVII-XVIII).

liarité abandonnée, ils sont de plain-pied avec les hommes. Mais faut-il rappeler que cette conception, an vieux maître

grec l'avait jadis réalisée, et que les fouilles de Delphes nous ont rendu le prototype du groupe des dieux ? Dans la frise du Trésor dit de Guide et qui parait être plutôt celle du Trésor de Siphnos, un sculpteur ionien du sixième siècle avait déjà montré les dieux ainsi réunis, conversant entre eux, avec des gestes amicaux, empreints d'une délicieuse naïveté (i)(Fig. 74). Au moment de la découverte qui éclairait d'un jour si imprévu la filiation artistique du groupe du Parthénon, un savant archéologue laissa échapper celte boutade: « Phidias n'a qu'à bien se tenir! » Et Phidias « se tient » très bien. Qu'il se soit souvenu du modèle delphien. on n'en saurait douter. Mais entre la frise du Trésor des Siplmiens et celle du Parthénon. il v a toute la distance qui sépare une esquisse charmante dans sa gaucherie archaïque, et le tableau achevé qui garde la fraîcheur de style, l'accent libre et spontané d une création originale.

La procession se termine par la remise du péplos, sans doute dans l'intérieur du temple. Tel est, en effet, le sujet qui occupe exactement le milieu de la frise. A gauche, deux jeunes filles, presque des fillettes, apportent chacune un tabouret muni de son coussin, posé sur leur tête. La prétresse d'Athéna s'apprête à décharger de son fardeau celle qui s'est déjà arrêtée devant elle. Ce sont les diphrophores, et elles accomplissent une fonction rituelle en apportant les sièges réels, visibles, qu'on disposera dans le temple pour les dieux invisibles. A droite, un prêtre, portant le costume sacerdotal, une longue tunique à courtes manches, vient de recevoir le péplos soigneusement plié; un jeune serviteur, sur l'épaule duquel est jeté le manteau que le prêtre a quitté,

(1) Homoi.le, Lis Fouilles de Delphes,, t. IV, pi. XI-XII.

— iSS —

Pl. 21

Face est, V. Groupe de dieux

Face est, VI. Groupe de dieux

FRISE DE LA CELLA

l'aide à tenir la précieuse pièce d'étoffe (1). Athéna reçoit l'offrande de la cité (Fig. 75).

Si l'on ne considère la frise que comme une suite de basreliefs, empruntant leur coloration uniquement au jeu des ombres et des lumières, on s'en fait une idée incomplète et inexacte. Il faut lui restituer sa polychromie sans doute très

Fig. 75. — Frise de la cella. Face est, V. La remise du péplos (British Muséum).

abondante, rehaussée encore par l'éclat des accessoires métalliques, couronnes, bandelettes, détails du harnachement des chevaux. En réalité, c'était une sorte de peinture en relief. La place qu'elle occupait l'exigeait ainsi. Est-il vrai que le choix n'en fut pas très heureux, les -colonnes de la péristasis empêchant de voir du dehors la composition dans son développement continu? Ceux qui ont formulé cette critique

(1) Cf. pour l'interprétation, Michaelis, Festschrift fur J. Owrbeck, p. 178.

ont trop oublié qu'il s'agit ici d'une frise intérieure, se rattachant étroitement à la décoration des portiques, reliée par un bandeau peint aux soffites et aux caissons du plafond, eux-mêmes richement enluminés de peintures où l'or étincelait parmi les tons rouges et bleus. La polychromie des parties hautes se prolongeait par celle de la frise courant comme un bandeau peint à la partie supérieure du mur du sécos. C'est vu du péristyle que cet ensemble décoratif prenait toute sa valeur.

Ajoutons que la place de la frise était comme imposée par une tradition ancienne, puisque l'ancien Hécatompédon, le précurseur du Parthénon, avait possédé une frise intérieure. Il y a plus. On a pu conjecturer, non sans vraisemblance, que dans ces bas-reliefs du vieux temple de Pisistrate était déjà esquissé le sujet traité par Phidias. Les fragments que nous avons signalés plus haut, un aurige montant en char, un personnage coiffé du pétase, des chevaux, permettent de songer à une procession panathénaïque (1). S'il en esl ainsi, nous voyons qu'il faut faire dans la frise une part aux souvenirs suggérés par l'art des maîtres archaïques, pour le sujet d'abord, ensuite pour des détails empruntés soit aux grandes peintures murales, comme celles de Polygnote, soit h des sculptures décoratives, comme celles du Trésor de Siphnos.

Mais qu'importent ces réminiscences, si Phidias les a faites siennes par la perfection de son style et la nouveauté de son inspiration? La frise du Parthénon reste une œuvre unique et sans précédent. Elle esl née de la réalité, vue par les yeux d'un grand artiste, et transfigurée par la puissance de son génie. Ce spectacle qu'offrait Athènes en fête, Phidias l'a, pour ainsi dire, dégagé de tout ce qui est la vérité purement matérielle; il ne lui a laissé que sa vérité supérieure,

(1) Schrader, Athcn. Mitteil., XXX, igo3, p. 305 et suiv., pi. XI. Voir plus haut, pagis 1 3-i 5.

et comme symbolique. Aussi voyons-nous dans la frise voisiner les dieux et les hommes sans que l'unité en soit altérée, tant la dignité des premiers se tempère d'aisance familière, tant les seconds sont enveloppés d'un rayonnement de beauté. C'est bien là l'image de la cité, telle que pouvait la rêver Athènes, image de gloire et de noblesse, créée en une heure unique de triomphe et d'orgueil patriotique. Elle reste pour nous la plus fidèle, et Périclès ne se trompait pas lorsqu'il disait fièrement : « O Athéniens, nous serons dans les temps à venir, comme nous le sommes dès maintenant, l'objet de l'admiration du monde (1). »

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