‹ Le Parthénon: l'histoire, l'architecture et la sculptureChapitre 30 sur 32 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

coupes façonnées par les potiers du Céramique; ce rythme des lignes dans les colonnes, dont chacune a pour ainsi dire son existence personnelle, fait songer à celui qui règle l'équilibre des statues; de ces fûts creusés de cannelures semblables aux plis d'un vêtement, le regard passe aisément aux Caryatides de l'Érechtheion, toutes voisines, qui font figure de colonnes vivantes et animées. A cette perfection d'ensemble concourent d'ailleurs d'innombrables perfections de détail. Si l'admirable harmonie des proportions, la clarté et la logique de l'ordonnance, l'accord intime entre l'architecture et la sculpture révèlent la pensée maitresse qui a tout conçu, dirigé et gouverné, on se rend compte aussi que cette pensée a été obéie avec allégresse, et que le plus modeste des ouvriers a accompli sa tâche avec amour, avec l'orgueil de participer à une œuvre glorieuse. Ces artisans d'Athènes ont su faire de la moindre assise une œuvre d'art.

Faut-il redire, après tant d'autres, par quelles étroites affinités l'architecture du temple s'adapte à l'incomparable décor qui l'entoure, et ce que le monument doit à la merveilleuse splendeur de son cadre ? On se rappelle le mot de Gustave Flaubert, voyageant en Grèce : « La nature avait tout fait pour ces gens-là. » Elle avait en effet tout préparé pour le Parthénon, le rocher qui formait son piédestal prédestiné, l'horizon de montagnes, de mer et d'îles qui l'enserre de ses lignes précises et pures. Ceux qui connaissent l'Acropole autrement qu'en touristes pressés, et ont pris le loisir d'y promener leurs rêveries, gardent gravés dans leur mémoire les moindres accidents d'un paysage qui défie toute description, tant les couleurs en sont nuancées, subtiles et fugitives. Ils savent atissi à quelles heures le temple prend ses aspects les plus significatifs. Il en est de saisissants et d'imprévus, témoin celui que reproduit une de nos planches, un Parthénon presque tragique, sous un ciel d'orage, où traînent de lourds

nuages livides sur lesquels se détache en vive blancheur la colonnade de la façade orientale. L'impression est aussi singulièrement forte, lorsque, sous la lumière ardente d'un aprèsmidi d'été, des ombres courtes et dures soulignent toutes les saillies, et que de grands pans de ciel bleu se découpent entre les colonnes éclatantes d'or bruni. Pourtant, cette clarté crue ne souligne-t-elle pas à l'excès les blessures de l'édifice ? Ne fait-elle pas apparaître, avec trop de réalisme, son aspect de ruine nettoyée ? Et ces traces de peintures byzantines, cet escalier du minaret nous permettent-ils d'oublier tout un passé de barbarie qui s'interpose entre nous et le temple grec i' Pour que la ruine auguste s'enveloppe d'un charme discret, il faut attendre l'heure chère aux peintres, celle où le soleil commence à baisser, et où les ombres s'allongent, moins violentes et plus doucement colorées. Sur les pentes mauves de l'Hymette, les plis du terrain se dessinent en tons lilas, profonds et veloutés. Le crépuscule descend déjà sur la ville blanche et sur le bois d'olivier, dont le vert pâle se glace de reflets d'argent, tandis que le Parues profile sa ferme silhouette et que, vers le couchant, les îles d'Egine et de Salamine paraissent posées, comme des joyaux d'améthyste, sur la mer étincelante. Bientôt des tons gris et froids envahissent le plateau de l'Acropole. Mais le temple émerge encore de l'ombre naissante, doré par le soleil déclinant, qui met comme une gloire à son front. Sur le rocher sacré, semé de ruines, le Parthénon rayonne de sa beauté indestructible. On sent que l'âme de la vieille Grèce y est toujours vivante.

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